Une rupture programmée dès l'automne 1961.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2011-12-18 07:12:00
Une rupture programmée dès l'automne 1961.
Bonjour et bon dimanche à tous,
Je prends l'initiative de vous renvoyer vers la lecture de "l'Histoire du Concile Vatican II (1959-1965), tome I : le catholicisme vers une nouvelle époque", dirigé par Giuseppe ALBERIGO, plus précisément vers le chapitre III, à partir des pages 263 à 268.
Ces pages racontent comment et pourquoi le projet de nouvelle formule de profession de la Foi, projet d'inspiration anti-moderniste, préparé puis présenté par le Cardinal OTTAVIANI, le 8 novembre 1961, a été rejeté, le 22 janvier 1962, par la Commission centrale de préparation du Concile.
En l'occurrence, le Cardinal OTTAVIANI avait pris appui, pour rédiger son projet, sur Pascendi et sur Humani Generis ; il avait bien compris, dès l'automne 1961, qu'il convenait de faire en sorte que l'expression de l'essentiel de la Foi catholique, en ce qu'elle est, par nature, "contrapositionnelle", face aux approximations et inexactitudes contemporaines, devait être précisé et rappelé EN AMONT et EN SURPLOMB, par rapport au début des débats, au Concile.
Certes, une telle nouvelle formule de profession de la Foi catholique aurait probablement donné l'impression que l'on aboutissait ainsi, d'un point de vue extérieur, sinon fidèle, à l'intention de son auteur, à la dogmatisation du Magistère pontifical, dans sa composante défensive et négative la plus autoritaire.
Mais les approximations et inexactitudes philosophiques et théologiques à déplorer, à dénoncer, à combattre, à condamner, et non à accepter ou à accueillir, n'étaient-elles pas déjà perceptibles, à l'époque, au sein même de l'Eglise catholique ?
Le Cardinal OTTAVIANI voulait que le rappel de l'orthodoxie de la Foi catholique, dans son expression "tridentine", empêche les Pères du Concile de parler et de partir dans telle ou telle direction pastorale innovante qui aurait eu pour effet, par rétroaction verticale, "du bas" (le pastoral), vers "le haut" (le doctrinal), de porter atteinte à la fidélité de l'Eglise au contenu, notamment anti-moderniste, du dépôt de la Foi catholique.
Qui peut aujourd'hui lui reprocher d'avoir été à la fois clairvoyant et prévoyant, compte tenu de ce qui s'est produit, au sein de l'Eglise catholique, depuis un demi-siècle ?
En l'occurrence, et au cas où qui que ce soit penserait puis écrirait : "il est normal que vous citiez ALBERIGO, puisque vous êtes, comme lui, un "rupturiste", et non un "continuiste", alors que le Pape nous a bien dit, il y aura bientôt six ans, que toute herméneutique de la rupture est mauvaise, et que l'herméneutique de la réforme est la seule bonne", je préviens l'objection par avance.
Si je suis "rupturiste", je ne le suis certes pas "comme" ALBERIGO, mais bien plutôt "contre" lui :
- lui, en substance, se réjouit du fait que la rupture ait eu lieu, et il déplore que l'on se soit arrêté en si bon chemin,
tandis que
- moi, je m'attriste du fait que la rupture ait eu lieu, et je déplore le fait que l'on se soit égaré en si mauvais chemin.
Par ailleurs, quand ALBERIGO cite des faits, et cela lui arrive, quand il prend acte des intentions explicites des acteurs, des résultats manifestes des actions, ce n'est pas une question d'herméneutique, d'interprétation, mais de présentation du déroulement de ce qui s'est factuellement passé, en amont puis au moment du Concile.
Certes, l'objectivité absolue n'existe pas en histoire, et je connais suffisamment la problématique de la philosophie de la connaissance de l'histoire, à l'école et à l'écoute de Raymond ARON, pour savoir que, dans le meilleur des cas, ce qui existe, c'est l'objectivité la plus grande possible.
Mais au contact du passé, tout n'est pas avant tout une question d'herméneutique, je dirais même que l'interprétation des faits n'a de sens qu'à partir de la réception et de la transmission, nécessaires et préalables, de la connaissance des faits dont on se propose de donner une interprétation, même si ces faits sont contrariants ou dérangeants du point de vue de celui qui entend en donner une interprétation, aussi "bien intentionnée" soit-elle.
Bon dimanche à tous.
Scrutator.
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