
( 619015 )
Une rupture proclamée et non pas secrète (Jean Madiran) par XA (2011-12-16 14:27:08)
Une rupture proclamée et non pas secrète
Le débat qui, selon les points de vue, a (ou n’a pas) eu lieu, ou plutôt qui a été jusqu’ici refusé sur Vatican II, est très précisément celui qui fut (re)lancé par l’un des premiers actes de Benoît XVI, son discours du 22 décembre 2005 à la Curie : il reconnaissait officiellement qu’il y avait bien un problème entre deux « herméneutiques », c’est-à-dire deux interprétations du Concile, l’une dans un esprit de continuité, et non pas l’autre (la plus courante en fait), dans un esprit de rupture avec la tradition magistérielle antérieure.
Ce test de la continuité interprétative a germé et cheminé lentement dans les hauts lieux ecclésiastiques jusqu’à provoquer le récent article ambigu de Mgr Ocariz (dans L’Osservatore Romano) dont nous parlions jeudi dernier. Mais si la continuité est enfin reconnue comme un critère essentiel, cela contribue à remettre au premier plan le coup de théâtre, ou plutôt le coup d’Etat conciliaire d’octobre 1962.
On l’avait plus ou moins oublié. L’attention publique a été ramenée sur lui par le livre de Robert de Mattei Il concilio Vaticano II, una storia mai scritta (cf. p. 203-208 et la suite, notamment p. 235-238). De son côté Mgr Gherardini en a tiré un argument qui mérite d’être examiné en lui-même.
De quoi s’agit-il ? Le coup d’Etat ecclésiastique avait débuté le 13 octobre 1962, à la première assemblée conciliaire, par une intervention illégale du cardinal Liénart. Il s’ensuivit le rejet, en bloc, sans examen, de tous les schémas annotés et approuvés par Jean XXIII. Ils avaient été rédigés par la Commission préparatoire que Jean XXIII avait instituée en 1959 et qui, par un travail de trois années, avait établi le projet de 54 décrets et 15 constitutions dogmatiques. « La première rupture, dit Gherardini, fut fatale : un refus grossier de tous ces schémas. » Ils étaient destinés à fournir la base et le point de départ des discussions ; ils constituaient le programme que Jean XXIII avait établi pour le concile qu’il convoquait ; ils étaient une synthèse du « magistère pluriséculaire, résumé et actualisé ». La rupture est évidente, elle est massive, elle est un fait total, un fait révolutionnaire : « la révolution d’octobre dans l’Eglise », ainsi définie et approuvée par le futur cardinal Congar, que l’on soupçonna d’avoir imaginé une analogie léniniste avec la « révolution d’octobre » soviétique, la révolution de 1917, alors que, peut-être, il s’agissait simplement de la révolution d’octobre 1962 dans l’Eglise.
Cette rupture, analyse Gherardini, « avant de porter sur des matières déterminées, a porté sur l’inspiration de fond. On avait décrété un certain type d’ostracisme, mais pas envers l’une ou l’autre des vérités révélées et proposées comme telles par l’Eglise » ; « un acharnement particulier contre le thomisme considéré comme dépassé et désormais très éloigné de la sensibilité et des problématiques de l’homme moderne » ; mais « rejeter saint Thomas allait entraîner un effondrement doctrinal ».
La rupture d’octobre 1962 a été manigancée et imposée par une conjuration minoritaire, mais acceptée, approuvée, finalement glorifiée et vécue par une très large majorité. Ce fut une décision conciliaire et non pas une abusive et sournoise interprétation postconciliaire. La totalité du Concile ne se ramène pas forcément à la rupture : cela demande examen et vérification, ce sera le vrai débat, tôt ou tard. Quand Vatican II cite des conciles antérieurs, ces citations n’en sont pas forcément dévalorisées. Il reste seulement la crainte, ou le soupçon, qu’elles aient été faites parfois, qu’elles aient été faites souvent, qu’elles aient été faites surtout pour faire passer le reste.
JEAN MADIRAN
Article extrait du n° 7498 de Présent du Samedi 17 décembre 2011

( 619020 )
Oui mais rupture s'applique à toutes les sauces par Anton (2011-12-16 14:50:06)
[en réponse à 619015]
Il y en a pour tout le monde ceux qui prétendront qu'il y a continuité liront ceci...
Le débat qui, selon les points de vue, a (ou n’a pas) eu lieu, ou plutôt qui a été jusqu’ici refusé sur Vatican II, est très précisément celui qui fut (re)lancé par l’un des premiers actes de Benoît XVI, son discours du 22 décembre 2005 à la Curie : il reconnaissait officiellement qu’il y avait bien un problème entre deux « herméneutiques », c’est-à-dire deux interprétations du Concile, l’une dans un esprit de continuité, et non pas l’autre (la plus courante en fait), dans un esprit de rupture avec la tradition magistérielle antérieure.
La totalité du Concile ne se ramène pas forcément à la rupture : cela demande examen et vérification, ce sera le vrai débat, tôt ou tard. Quand Vatican II cite des conciles antérieurs, ces citations n’en sont pas forcément dévalorisées. Il reste seulement la crainte, ou le soupçon, qu’elles aient été faites parfois, qu’elles aient été faites souvent, qu’elles aient été faites surtout pour faire passer le reste.
Ce qui prétendront qu'il n'y a pas continuité liront cela...
Le débat qui, selon les points de vue, a (ou n’a pas) eu lieu, ou plutôt qui a été jusqu’ici refusé sur Vatican II, est très précisément celui qui fut (re)lancé par l’un des premiers actes de Benoît XVI, son discours du 22 décembre 2005 à la Curie : il reconnaissait officiellement qu’il y avait bien un problème entre deux « herméneutiques », c’est-à-dire deux interprétations du Concile, l’une dans un esprit de continuité, et non pas l’autre(la plus courante en fait), dans un esprit de rupture avec la tradition magistérielle antérieure.
La totalité du Concile ne se ramène pas forcément à la rupture : cela demande examen et vérification, ce sera le vrai débat, tôt ou tard. Quand Vatican II cite des conciles antérieurs, ces citations n’en sont pas forcément dévalorisées. Il reste seulement la crainte, ou le soupçon, qu’elles aient été faites parfois, qu’elles aient été faites souvent, qu’elles aient été faites surtout pour faire passer le reste.

( 619193 )
Une rupture programmée dès l'automne 1961. par Scrutator Sapientiæ (2011-12-18 07:12:00)
[en réponse à 619015]
Bonjour et bon dimanche à tous,
Je prends l'initiative de vous renvoyer vers la lecture de "l'Histoire du Concile Vatican II (1959-1965), tome I : le catholicisme vers une nouvelle époque", dirigé par Giuseppe ALBERIGO, plus précisément vers le chapitre III, à partir des pages 263 à 268.
Ces pages racontent comment et pourquoi le projet de nouvelle formule de profession de la Foi, projet d'inspiration anti-moderniste, préparé puis présenté par le Cardinal OTTAVIANI, le 8 novembre 1961, a été rejeté, le 22 janvier 1962, par la Commission centrale de préparation du Concile.
En l'occurrence, le Cardinal OTTAVIANI avait pris appui, pour rédiger son projet, sur Pascendi et sur Humani Generis ; il avait bien compris, dès l'automne 1961, qu'il convenait de faire en sorte que l'expression de l'essentiel de la Foi catholique, en ce qu'elle est, par nature, "contrapositionnelle", face aux approximations et inexactitudes contemporaines, devait être précisé et rappelé EN AMONT et EN SURPLOMB, par rapport au début des débats, au Concile.
Certes, une telle nouvelle formule de profession de la Foi catholique aurait probablement donné l'impression que l'on aboutissait ainsi, d'un point de vue extérieur, sinon fidèle, à l'intention de son auteur, à la dogmatisation du Magistère pontifical, dans sa composante défensive et négative la plus autoritaire.
Mais les approximations et inexactitudes philosophiques et théologiques à déplorer, à dénoncer, à combattre, à condamner, et non à accepter ou à accueillir, n'étaient-elles pas déjà perceptibles, à l'époque, au sein même de l'Eglise catholique ?
Le Cardinal OTTAVIANI voulait que le rappel de l'orthodoxie de la Foi catholique, dans son expression "tridentine", empêche les Pères du Concile de parler et de partir dans telle ou telle direction pastorale innovante qui aurait eu pour effet, par rétroaction verticale, "du bas" (le pastoral), vers "le haut" (le doctrinal), de porter atteinte à la fidélité de l'Eglise au contenu, notamment anti-moderniste, du dépôt de la Foi catholique.
Qui peut aujourd'hui lui reprocher d'avoir été à la fois clairvoyant et prévoyant, compte tenu de ce qui s'est produit, au sein de l'Eglise catholique, depuis un demi-siècle ?
En l'occurrence, et au cas où qui que ce soit penserait puis écrirait : "il est normal que vous citiez ALBERIGO, puisque vous êtes, comme lui, un "rupturiste", et non un "continuiste", alors que le Pape nous a bien dit, il y aura bientôt six ans, que toute herméneutique de la rupture est mauvaise, et que l'herméneutique de la réforme est la seule bonne", je préviens l'objection par avance.
Si je suis "rupturiste", je ne le suis certes pas "comme" ALBERIGO, mais bien plutôt "contre" lui :
- lui, en substance, se réjouit du fait que la rupture ait eu lieu, et il déplore que l'on se soit arrêté en si bon chemin,
tandis que
- moi, je m'attriste du fait que la rupture ait eu lieu, et je déplore le fait que l'on se soit égaré en si mauvais chemin.
Par ailleurs, quand ALBERIGO cite des faits, et cela lui arrive, quand il prend acte des intentions explicites des acteurs, des résultats manifestes des actions, ce n'est pas une question d'herméneutique, d'interprétation, mais de présentation du déroulement de ce qui s'est factuellement passé, en amont puis au moment du Concile.
Certes, l'objectivité absolue n'existe pas en histoire, et je connais suffisamment la problématique de la philosophie de la connaissance de l'histoire, à l'école et à l'écoute de Raymond ARON, pour savoir que, dans le meilleur des cas, ce qui existe, c'est l'objectivité la plus grande possible.
Mais au contact du passé, tout n'est pas avant tout une question d'herméneutique, je dirais même que l'interprétation des faits n'a de sens qu'à partir de la réception et de la transmission, nécessaires et préalables, de la connaissance des faits dont on se propose de donner une interprétation, même si ces faits sont contrariants ou dérangeants du point de vue de celui qui entend en donner une interprétation, aussi "bien intentionnée" soit-elle.
Bon dimanche à tous.
Scrutator.