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L’Église de France était occupée et tenue par une gauche maçonnique et moderniste que couronnait le trio cardinalice Liénart-Feltin-Gerlier. Les dominicains parlaient, écrivaient, s’éditaient partout, pourvu que ce fût à gauche et pour la gauche, toujours couverts par leurs supérieurs locaux ; mais que le dominicain Calmel ait le dessein d’écrire dans Itinéraires, c’était localement, déjà en 1958, encore sous Pie XII, un intolérable scandale, ce n’était pas possible, ce n’était pas permis. Par la suite les dominicains de la mouvance Chenu-Congar racontèrent qu’ils avaient été martyrisés sous Pie XII : si peu, en vérité, que malgré quelques sanctions romaines leur clan restait le maître en France, où il brimait et persécutait à son gré les dominicains accusés d’ « intégrisme », les empêchant d’écrire et de parler. Si bien que les premiers articles du P. Calmel dans Itinéraires durent paraître sous le pseudonyme de « Roger Thomas ». Il me fallut aller jusqu’à Rome pour obtenir, au plus haut niveau du gouvernement de l’Ordre dominicain et de la curie romaine, l’autorisation. C’est seulement au mois de mai 1959 qu’il put commencer à signer. Jean XXIII s’installait à peine, Rome croyait pouvoir s’en consoler en chuchotant : « Les papes passent, la curie demeure », axiome souvent vérifié dans le passé qui allait bientôt être renversé, mais point trop tant que le cardinal Tardini serait là. Il y avait encore, au début de l’année 1959, des possibilités d’être entendu à Rome, et l’autorisation donnée au P. Calmel d’écrire autant qu’il le voulait dans Itinéraires tombait de si haut que personne, pendant longtemps, n’osa la remettre en question. Jusqu’au moment où ces sortes d’autorisations ayant perdu toute valeur morale, on n’y prêta plus attention.