« L’encyclique de Léon XIV sur l’IA transforme la synodalité en une nouvelle tour de Babel » par Vistemboir2 2026-05-27 15:58:12 |
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Traduction de l’article de Robert Morrison paru le 26 mai 2026 sur The Remnant sous le titre : «Leo XIV’s AI Encyclical Turns Synodality Into a New Tower of Babel »
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L’encyclique Magnifica Humanitas de Léon XIV aborde la question de l’intelligence artificielle et de la synodalité à travers le prisme biblique de la tour de Babel, mais finalement elle transforme Babel en une défense du pluralisme, de la diversité et de l’Église synodale. Ce faisant, l’encyclique de Léon XIV soulève des questions fondamentales sur la vérité catholique, le pluralisme religieux et l’évolution de la doctrine sociale de l’Église après Vatican II.
Léon XIV a ouvert sa première encyclique, Magnifica Humanitas – consacrée à la sauvegarde de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle (IA) – en attirant notre attention sur l’épisode de la tour de Babel dans l’Ancien Testament :
« La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble. » [MH§1]
« Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Étant partis de l'Orient, les hommes trouvèrent une plaine dans le pays de Sennaar, et ils s'y établirent. Ils se dirent entre eux : " Allons, faisons des briques, et cuisons-les au feu. " Et ils se servirent de briques au lieu de pierres, et de bitume au lieu de ciment. Ils dirent encore : " Allons, bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet soit dans le ciel, et faisons-nous un monument, de peur que nous ne soyons dispersés sur la face de toute la terre. " Mais Yahweh descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et Yahweh dit : " Voici, ils sont un seul peuple et ils ont pour eux tous une même langue; et cet ouvrage est le commencement de leurs entreprises ; maintenant rien ne les empêchera d'accomplir leurs projets. Allons, descendons, et là même confondons leur langage, de sorte qu'ils n'entendent plus le langage les uns des autres. " C'est ainsi que Yahweh les dispersa de là sur la face de toute la terre, et ils cessèrent de bâtir la ville. C'est pourquoi on lui donna le nom de Babel, car c'est là que Yahweh confondit le langage de toute la terre, et c'est de là que Yahweh les a dispersés sur la face de toute la terre. » (Gn 11,1-9)
« Dans le livre de la Genèse, le récit de Babel se situe aux origines de l’humanité, juste après les généalogies des fils de Noé. Les êtres humains, une fois établis dans la plaine de Sennaar, décident de construire une ville et une tour « dont le sommet soit dans le ciel » (Gn 11,4). Ils veulent ainsi s’assurer stabilité et pouvoir, et surtout se faire un nom, craignant d’être dispersés sur la terre. L’entreprise semble colossale : une seule langue, une seule technologie, une seule direction. Cependant, le projet cache un danger profond : c’est une œuvre conçue sans référence à Dieu, soutenue par une uniformité qui élimine la diversité et, au lieu de la communion, choisit l’homogénéisation. Lorsque la cité est construite sur l’orgueil et la prétention à se suffire à elle-même, la communication se dégrade, les langues se confondent et les êtres humains ne se comprennent plus. Le résultat n’est pas l’unité, mais la dispersion. Babel révèle ainsi la limite de toute construction qui, aussi grandiose soit-elle, naît de l’absolutisation de l’humain et de sa prétention à l’autosuffisance, sacrifie la dignité des personnes à l’efficacité et aspire à atteindre le ciel sans la bénédiction de Dieu. » [MH§7]
« Évitons donc le “syndrome de Babel” : l’idolâtrie du profit qui sacrifie les plus faibles, l’uniformité qui gomme les différences, la prétention d’un langage unique – y compris numérique – capable de tout traduire, même le mystère de la personne, en données et en performances. C’est là le risque de la déshumanisation – construire l’avenir en excluant Dieu et en réduisant l’autre à un moyen –, une tentation ancienne et toujours nouvelle qui prend aujourd’hui aussi un visage technique. Choisissons plutôt la “voie de Néhémie” mettant en évidence la valeur du travail partagé pour rendre sûre la cité de Dieu pour les exilés de retour. Reconstruire aujourd’hui, c’est reconnaître que, dans la pluralité des voix et des visions rappelant parfois la dispersion des langues, il existe néanmoins une possibilité lumineuse : celle de bâtir ensemble, en transformant la diversité en ressource et en faisant de l’écoute comme du dialogue le terrain d’entente sur lequel faire grandir la justice et la fraternité. Au sein de cette œuvre commune, les chrétiens trouvent leur propre manière de construire : orienter l’action vers Dieu afin que, à sa lumière, le pluralisme ne se disperse pas dans le désordre, mais devienne, dans l’exercice de la synodalité, l’espace où l’humanité retrouve ses fondements solides et sa fin ultime. Dans l’Apocalypse, Jean voit la nouvelle Jérusalem « qui descendait du ciel, de chez Dieu » (Ap 21, 2) comme un don pour toute l’humanité. » [MH§10]
« La compréhension de la vérité, comme un don à partager et non comme une possession à revendiquer, libère l’Église de la tentation de regretter des formes de présence fondées sur le pouvoir. Saint Jean‑Paul II invitait à porter un regard sincère sur les temps où l’on a cédé à « des méthodes d’intolérance et même de violence dans le service de la vérité ».[...] Dans le même esprit, j’ai réaffirmé que l’Église « ne veut pas lever l’étendard de la possession de la vérité », car la vérité n’est pas un territoire à défendre, mais un bien à partager [...] » [MH §25]
Cette attitude d’ouverture à la vérité, à la fois une et multiforme, exprime en profondeur la catholicité de l’Église qui englobe toute la famille humaine et, en même temps, vit immergée dans les réalités concrètes des peuples et des cultures [...] [MH §26]
À la lumière de ce qui a été dit jusqu’ici, la Doctrine sociale de l’Église apparaît sous son jour le plus authentique : non pas un recueil de principes et de normes à appliquer, mais un chemin de discernement communautaire […] C’est pourquoi, lorsque la dignité des frères est bafouée, lorsque la politique ne répond pas aux drames de l’humanité, lorsque l’économie se retourne contre la personne ou que la science dépasse les limites de sa méthode, l’Église – avec les autres confessions chrétiennes et les croyants d’autres religions – doit faire entendre sa voix, non pour dominer, mais pour servir la communion. Ainsi comprise, la Doctrine sociale devient une théologie de la communion. [MH §27] »
« En rejetant la logique de la violence, le dialogue interreligieux joue un rôle décisif, car au cœur des grands itinéraires spirituels se trouve un message de paix. Ceux qui utilisent le nom de Dieu pour légitimer le terrorisme, la violence ou la guerre en trahissent le visage : combattre au nom de la religion revient, en réalité, à porter atteinte à la religion elle-même.L’ “esprit d’Assise”, suscité par saint Jean‑Paul II et poursuivi par l’engagement du Pape François – par exemple dans le dialogue avec le Grand Imam d’al-Azhar –, montre que les croyants peuvent puiser à nouveau aux sources les plus authentiques de leurs traditions spirituelles, où il n’y a pas de place pour la haine sacralisée. [MH §223]
« La voie synodale considère la vérité comme une intrusion. Ces précurseurs synodaux ont réussi à ériger une nouvelle Tour de Babel. Leur dégradation désinvolte du langage, et des mots qui le lient, constitue en fin de compte une parodie provocatrice de la Parole. »
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