« Immuabilité contre œcuménisme : le pape rencontre un évêque anglican… à quel prix ? par Vistemboir2 2026-04-29 16:44:45 |
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Traduction de l’article de Robert Morrison paru le 28 avril 2026 sur The Remnant sous le titre : « Immutability vs. Ecumenism: Pope meets Anglican bishop… at what cost? »
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À la suite de la rencontre du pape avec un archevêque anglican le 27 avril, les catholiques se trouvent à nouveau confrontés à une question pressante : la doctrine immuable de l’Église peut-elle coexister avec l’œcuménisme moderne ? S’appuyant sur l’Écriture, le concile Vatican I et les mises en garde de saint Pie X et de Pie XII, cet article examine si le mouvement œcuménique actuel représente une évolution légitime ou une rupture avec la Foi elle-même.
Dans un article de 1995, feu Mgr Bernard Tissier de Mallerais décrivait ainsi le conflit fondamental entre Rome et la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) :
« La Rome moderniste nous a déclarés schismatiques à cause, soit disant, d’une fausse notion de la Tradition. Or, au contraire, je vais vous montrer que nous avons, nous, fidèles de la Tradition, la vraie notion de la Tradition et que, par conséquent, ce sont eux, ceux qui nous déclarent schismatiques, les néo-modernistes, qui ont une fausse notion évolutive de la Tradition, qu’ils appellent par usurpation “la Tradition vivante”. La Tradition est essentiellement immuable, inchangeable. Cela ne l’empêche pas d’être vivante (…) et de subir un progrès homogène. »
« Car la doctrine de la foi que Dieu a révélée n’a pas été livrée comme une invention philosophique aux perfectionnements de l’esprit humain, mais elle a été transmise comme un dépôt divin à l’Épouse du Christ pour être fidèlement gardée et infailliblement enseignée. Aussi doit-on toujours retenir le sens des dogmes sacrés que la sainte Mère Église a déterminé une fois pour toutes, et ne jamais s’en écarter sous prétexte et au nom d’une intelligence supérieure de ces dogmes. Croissent donc et se multiplient abondamment, dans chacun comme dans tous, chez tout homme aussi bien que dans toute l’Église, durant le cours des âges et des siècles, l’intelligence, la science et la sagesse ; mais seulement dans le rang qui leur convient, c’est-à-dire dans l’unité de dogme, de sens et de manière de voir. » [Ch. IV, §5]
« Mais quand nous-mêmes, quand un ange venu du ciel vous annoncerait un autre Evangile que celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème ! Nous l'avons dit précédemment, et je le répète à cette heure, si quelqu'un vous annonce un autre Evangile que celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème ! En ce moment, est-ce la faveur des hommes, ou celle de Dieu que je recherche ? Mon dessein est-il de complaire aux hommes ? Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur du Christ. Je vous le déclare, en effet, frères, l'Evangile que j'ai prêché n'est pas de l'homme ; car ce n'est pas d'un homme que je l'ai reçu ni appris, mais par une révélation de Jésus-Christ. » (Gal 1,8-12).
« Ainsi, Vénérables Frères, la doctrine des modernistes, comme l'objet de leurs efforts, c'est qu'il n'y ait rien de stable, rien d'immuable dans l'Église. Ils ont eu des précurseurs, ceux dont Pie IX, Notre prédécesseur, écrivait : « Ces ennemis de la révélation divine exaltent le progrès humain et prétendent, avec une témérité et une audace vraiment sacrilèges, l'introduire dans la religion catholique, comme si cette religion n'était pas l'oeuvre de Dieu, mais l'oeuvre des hommes, une invention philosophique quelconque, susceptible de perfectionnements humains. » Sur la révélation et le dogme, en particulier, la doctrine des modernistes n'offre rien de nouveau: nous la trouvons condamnée dans le Syllabus de Pie IX, où elle est énoncée en ces termes : « La révélation divine est imparfaite, sujette par conséquent à un progrès continu et indéfini, en rapport avec le progrès de la raison humaine ; plus solennellement encore, dans le Concile du Vatican. » [§38].
« Je reçois sincèrement la doctrine de la foi transmise des apôtres jusqu’à nous toujours dans le même sens et dans la même interprétation par les pères orthodoxes ; pour cette raison, je rejette absolument l’invention hérétique de l’évolution des dogmes, qui passeraient d’un sens à l’autre, différent de celui que l’Église a d’abord professé. Je condamne également toute erreur qui substitue au dépôt divin révélé, confié à l’Épouse du Christ, pour qu’elle garde fidèlement, une invention philosophique ou une création de la conscience humaine, formée peu à peu par l’effort humain et qu’un progrès indéfini perfectionnerait à l’avenir. »
« La fiction de cette fameuse évolution, faisant rejeter tout ce qui est absolu, constant et immuable, a ouvert la voie à une philosophie nouvelle aberrante, qui, dépassant l'idéalisme, l'immanentisme et le pragmatisme, s'est nommée existentialisme, parce que, négligeant les essences immuables des choses, elle n'a souci que de l'existence de chacun. À cela s'ajoute un faux historicisme qui, ne s'attachant qu'aux événements de la vie humaine, renverse les fondements de toute vérité et de toute loi absolue dans le domaine de la philosophie et plus encore dans celui des dogmes chrétiens. »[§§6-7]
« En quelques semaines seulement, Jean XXIII a instauré un climat nouveau au sein de l'Église, puis vint le concile. Cette avancée majeure est venue d'en haut. Soudain, des forces de renouveau, jusque-là étouffées, ont trouvé le moyen de s'exprimer. Les timides propositions de réforme évoquées dans mon texte de 1950 ont été largement dépassées. Ce qui se produit aujourd'hui, dans la mesure où c'est positif, est certes conforme à mes intentions, mais va bien au-delà de ce que l'on aurait pu espérer en 1950 (…) Mais surtout, deux grands changements caractérisent déjà le climat de l'Église et continueront de le faire : une ecclésiologie centrée sur le “Peuple de Dieu” et l’œcuménisme (…) Quant à l’œcuménisme, il est devenu, ou est en passe de devenir, une dimension qui imprègne toute la vie de l’Église, jusque dans ses affaires internes. Ce changement de perspective impliquera une réinterprétation, un élargissement et une ouverture de notre pensée à un degré que nous ne pouvons mesurer actuellement. Mais ce lien entre l’œcuménisme et l’esprit de renouveau, que j’ai perçu et souligné dès le début, est tout aussi évident aujourd’hui sous un autre angle : le renouveau n’est pas seulement requis par l’œcuménisme comme une sorte de préambule, mais il s’en nourrit également. »
Dans la situation de division actuelle entre les chrétiens et de recherche confiante de la pleine communion, les fidèles catholiques se sentent profondément interpellés par le Seigneur de l'Eglise. Le Concile Vatican II a affermi leur engagement grâce à une ecclésiologie lucide et ouverte à toutes les valeurs ecclésiales présentes chez les autres chrétiens. Les fidèles catholiques abordent la question œcuménique en esprit de foi. Le Concile dit que « l'Église du Christ est présente dans l'Église catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et par les évêques en communion avec lui » et il reconnaît en même temps que, « en dehors de l'ensemble organique qu'elle forme, on trouve de nombreux éléments de sanctification et de vérité, qui, en tant que dons propres à l'Église du Christ, portent à l'unité catholique. » « Par conséquent, ces Églises et ces Communautés séparées elles-mêmes, même si nous croyons qu'elles souffrent de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. En effet, l'Esprit du Christ ne refuse pas de se servir d'elles comme de moyens de salut, dont la vertu dérive de la plénitude même de grâce et de vérité qui a été confiée à l'Église catholique ». Évoquant la division des chrétiens, le décret sur l'œcuménisme n'ignore pas « la faute des hommes de l'une et l'autre partie », en reconnaissant que la responsabilité ne peut être attribuée uniquement « aux autres ». Par la grâce de Dieu, ce qui appartient à la structure de l'Église du Christ n'a pourtant pas été détruit, ni la communion qui demeure avec les autres Églises et Communautés ecclésiales. En effet, les éléments de sanctification et de vérité présents dans les autres Communautés chrétiennes, à des degrés différents dans les unes et les autres, constituent la base objective de la communion qui existe, même imparfaitement, entre elles et l'Église catholique. [§§10-12]
« Et que dire de toutes les initiatives suscitées par la nouvelle orientation oecuménique ? L'inoubliable Pape Jean XXIII, avec une clarté évangélique, posa le problème de l'union des chrétiens comme une simple conséquence de la volonté de Jésus-Christ lui-même, notre Maître, affirmée à maintes reprises, et exprimée d'une manière particulière dans la prière du Cénacle, la veille de sa mort: « Père, ... je prie ... afin que tous soient un ». Le Concile Vatican II a répondu à cette exigence sous une forme concise par le Décret sur l'œcuménisme (...) Il y a des personnes qui, se trouvant devant des difficultés, ou jugeant négatifs les résultats des premiers travaux œcuméniques, auraient voulu revenir en arrière. Certains expriment même l'opinion que ces efforts nuisent à la cause de l'Évangile, mènent à une nouvelle rupture de l'Eglise, provoquent la confusion des idées dans les questions de la foi et de la morale, aboutissent à un indifférentisme spécifique. Il est peut-être bon que les porte-parole de ces opinions expriment leurs craintes, mais, là aussi, il faut maintenir de justes limites. Il est évident que cette nouvelle étape de la vie de l'Église exige de nous une foi particulièrement consciente, approfondie et responsable. La véritable activité œcuménique signifie ouverture, rapprochement, disponibilité au dialogue, recherche commune de la vérité au sens pleinement évangélique et chrétien ; mais elle ne signifie d'aucune manière, ni ne peut signifier, que l'on renonce ou que l'on porte un préjudice quelconque aux trésors de la vérité divine constamment professée et enseignée par l'Église. À tous ceux qui, pour quelque motif que ce soit, voudraient dissuader l'Église de rechercher l'unité universelle des chrétiens, il faut répéter encore une fois : nous est-il permis de ne pas le faire ? » [§6]
« Votre Grâce, que la paix soit avec vous tous ! Dans la joie de ce temps pascal, alors que nous continuons de célébrer la résurrection du Seigneur Jésus des morts, je suis ravi de vous accueillir, avec votre délégation, au Vatican (…) Votre Grâce, en vous remerciant de votre visite aujourd’hui, je prie pour que ce même Saint-Esprit demeure toujours avec vous, vous rendant fructueuse dans le service auquel vous avez été appelée. »
« Parmi les principales causes de ce bilan tragique, comment ne pas ranger au premier plan l’œcuménisme, initié officiellement par Vatican II et promu par Jean‑Paul II ? Dans le but avoué de réaliser une unité nouvelle, au nom d’une volonté de « regarder davantage ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise », on prétend sublimer, réinterpréter ou mettre de côté les éléments spécifiquement catholiques qui apparaissent comme causes de division. Ainsi, méprisant l’enseignement constant et unanime de la Tradition selon lequel le Corps mystique du Christ est l’Église catholique et qu’en dehors d’elle il n’y a pas de salut, cet œcuménisme a comme détruit les plus beaux trésors de l’Église, parce que au lieu d’accepter l’Unité fondée sur la vérité entière, il a voulu construire une unité adaptée à une vérité mariée d’erreur. »
« Or, la Tradition de l’Église, que la Fraternité Saint-Pie X s’efforce d’incarner, représente en elle-même une condamnation de ces dérives, insupportable à ceux qui promeuvent une telle tolérance. Si l’on analyse bien la situation, les sanctions, passées ou futures, qui visent la Fraternité Saint-Pie X, ne s’opposent pas tant à un acte de désobéissance, qu’à la condamnation vivante qu’elle constitue à l’égard de la ligne ecclésiale actuelle. Le rôle que la Providence semble réserver à la Fraternité Saint-Pie X est celui, singulier, d’être un signe de contradiction : ce qui signifie, concrètement, une épine dans le pied des réformateurs. Et la particularité de cette épine est que, plus on cherche à s’en débarrasser, plus elle s’enfonce : ce n’est pas elle qui détermine cet effet thérapeutique, mais les deux mille ans de Tradition qu’elle incarne et représente. La Fraternité Saint-Pie X peut être sanctionnée, la messe tridentine interdite… mais ces deux mille ans ne pourront jamais être supprimés. Telle est la véritable raison pour laquelle, malgré les condamnations passées, la Fraternité n’a jamais cessé d’être une voix qui interpelle l’Église ; et voilà aussi pourquoi il n’est pas si simple d’être tolérant avec elle. Un jour viendra où un pape décidera de retirer cette épine de son pied : il pourra alors l’utiliser comme un instrument docile pour contribuer – tel est notre souhait le plus profond – à tout restaurer en Notre Seigneur Jésus-Christ.
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