Traduction de l’article de Robert Morrison paru le 1er avril 2026 sur The Remnant sous le titre : « Is the Church Betraying Christ? Lefebvre’s Warning Revisited in 2026
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Le Christ est-il encore trahi, non par les païens, mais par ceux qui se trouvent au sein même de son Église ? S’appuyant sur le père Louis Perroy et Mgr Marcel Lefebvre, cette réflexion marquante de la Semaine sainte affirme que les blessures les plus profondes infligées au Christ aujourd’hui proviennent de la hiérarchie elle-même. Soixante ans après Vatican II, la crise n’est plus théorique : elle se déroule sous nos yeux.
Dans son ouvrage The Ascent of Calvary (L'Ascension du Calvaire), le Père Louis Perroy décrit comment les offenses subies par Notre Seigneur durant sa Passion se renouvellent, en un sens, lorsque les autorités maintiennent des lois contraires à l'enseignement catholique :
« Le sang afflua au visage de Jésus. Ce coup marqua le début de sa Passion. L'acceptant en silence, il se soumit en silence à la longue série d'indignités qui suivit. Depuis cette nuit fatidique, le Christ est frappé chaque fois que les autorités maintiennent des lois contraires à l'enseignement de son Église. « Pourquoi ces dogmes étroits ? » s'écrie-t-on. « Pourquoi se soumettre à une Église intolérante ? Le droit de César est suprême ! » Et lorsque son Esprit est bafoué, exclu de notre vie quotidienne et de la société en général, lorsque nous nous révoltons contre certains commandements et commettons des actes honteux, nous outrageons le Christ devant ses anges et ses saints. C'est encore un orgueil secret qui exige la liberté individuelle et la jouissance sans retenue des plaisirs : « M'as-tu donné la liberté d'agir si ce n'est pour la limiter ? » C'est le vieux cri de… Lucifer » : « Non serviam ! » (p. 29)
Lorsque le Père Perroy publia son livre en 1922, il est probable qu'il ait voulu que ces mots s'appliquent aux autorités séculières plutôt qu'aux figures d'autorité de l'Église catholique. Cependant, si on l'avait interrogé sur la possibilité que les dirigeants de l'Église catholique défendent des lois anti-catholiques, il aurait certainement répondu que cela constituerait une insulte infiniment plus grave à Notre Seigneur. En effet, les paroles du Père Perroy concernant la trahison de Judas pourraient également s'appliquer à la possibilité que des figures d'autorité au sein de l'Église défendent des enseignements anti-catholiques :
« Depuis la trahison de Judas, être trahi par un être cher a toujours été la plus vive souffrance que le cœur humain connaisse, et Dieu n'épargne même pas cela à ceux qui aspirent à ressembler à son Fils. » (p. 123)
Ainsi, si l'on devait hiérarchiser les offenses envers Dieu, il apparaîtrait évident que les blasphèmes des païens sont insignifiants comparés aux cas où les prétendus dirigeants de l'Église catholique affaiblissent, voire contredisent, l'enseignement catholique.
Que la hiérarchie de l'Église promeuve des erreurs anti-catholiques constitue sans doute la pire trahison de Notre Seigneur qui soit.Dans cette perspective, nous pouvons méditer les paroles de Mgr Marcel Lefebvre, tirées de sa préface de 1976 à son ouvrage
J’accuse le Concile !, où il évoque la crise de l’Église catholique comme une nouvelle trahison de Notre Seigneur Jésus-Christ et de son Église :
« Rien ne semble plus opportun en ces jours où « l’affaire d’Écône » pose le grave problème des intentions du Concile Vatican II et de son influence sur l’autodestruction de l’Église, que de publier des documents rédigés au cours du Concile (…) La conclusion s’impose, surtout après l’immense désastre que subit l’Église depuis ce Concile ; cet événement ruineux pour l’Église catholique et toute la civilisation chrétienne n’a pas été dirigé et conduit par l’Esprit Saint. C’est rendre à l’Église de Notre-Seigneur Jésus-Christ et au salut des âmes un immense service que de dénoncer publiquement les agissements des hommes d’Église qui ont voulu faire de ce Concile la paix de Yalta de l’Église avec ses pires ennemis, soit dans la réalité une nouvelle trahison de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de son Église. »
Mgr Lefebvre cherchait à « dénoncer publiquement les machinations des ecclésiastiques » qui trahiraient Notre Seigneur Jésus-Christ et son Église. Pour reprendre les paroles du Père Perroy citées plus haut, Mgr Lefebvre ne pouvait rester silencieux face aux attaques et aux railleries dont Notre Seigneur était victime de la part de faux pasteurs. Comment un véritable catholique aurait-il pu laisser les cris d’« obéissance ! » étouffer son instinct de défendre les droits du Christ Roi ?
Mais comment Mgr Lefebvre a-t-il identifié les trahisons dont Notre Seigneur était victime de la part des faux pasteurs ? Un document de l’ouvrage
J’accuse le Concile ! nous offre un aperçu précieux des trahisons que Mgr Lefebvre a constatées quelques années seulement après le Concile. Dans sa lettre de 1966 au cardinal Alfredo Ottaviani, il expose, entre autres réflexions, divers doutes que le Concile et ses « réformes » ont engendrés :
• « Les doutes sur la nécessité de l’Église et des sacrements entraînent la disparition des vocations sacerdotales. »
• « Les doutes sur la nécessité et la nature de la “conversion” de toute âme entraînent la disparition des vocations religieuses, la ruine de la spiritualité traditionnelle dans les noviciats, l’inutilité des missions. »
• « Les doutes sur la légitimité de l’autorité et l’exigence de l’obéissance provoqués par l’exaltation de la dignité humaine, de l’autonomie de la conscience, de la liberté, ébranlent toutes les sociétés en commençant par l’Église, les sociétés religieuses, les diocèses, la société civile et la famille. »
• « Les doutes sur la nécessité de la grâce pour être sauvé provoquent la mesestime du baptême, désormais remis à plus tard, l’abandon du sacrement de pénitence. Il s’agit d’ailleurs surtout d’une attitude des prêtres et non des fidèles. Il en est de même pour la présence réelle : ce sont des prêtres qui agissent comme s’ils ne croyaient plus, en cachant la Sainte Réserve, en supprimant toutes les marques de respect envers le Saint-Sacrement, et toutes les cérémonies en son honneur. »
• « Les doutes sur la nécessité de l’Église catholique source unique de salut, sur l’Église catholique seule vraie religion, provenant des déclarations sur l’œcuménisme et la liberté religieuse, détruisent l’autorité du Magistère de l’Église. En effet, Rome n’est plus la "
Magistra Veritatis" unique et nécessaire ».
Mgr Lefebvre adressa ces observations au cardinal Ottaviani il y a une soixantaine d’années, et pourtant elles demeurent parmi les descriptions les plus justes des plaies douloureuses du Corps mystique du Christ que nous observons en 2026. De plus, tous les autres maux que nous constatons aujourd’hui à Rome – du Synode sur la synodalité à Pachamama – ont été facilités, d’une manière ou d’une autre, par la persistance de ces doutes depuis des décennies. C’est comme si les autorités les plus influentes de Rome avaient, sans relâche, contribué à la Passion de Notre Seigneur pendant soixante ans, non pas en apaisant les souffrances de Jésus, mais en trouvant de nouveaux moyens de les rendre plus douloureuses et plus avilissantes.
Si l’on veut examiner de plus près la trahison de Jésus perpétrée par ceux de Rome, on peut méditer sur les paroles du Père Perroy citées plus haut : nombre des idées qu’il a décrites se rapportent à la soif de liberté individuelle et au rejet concomitant de la loi divine. Comme l’a souligné Mgr Lefebvre dans son ouvrage
J’accuse le Concile !, ce sujet était d’une importance capitale au Concile Vatican II :
« Aucun sujet n’a été l’objet d’une discussion aussi serrée que celui de la « liberté religieuse », probablement parce qu’aucun n’intéressait les ennemis traditionnels de l’Église comme celui de la « liberté religieuse ». C’est le but majeur du libéralisme. Les libéraux, maçons, protestants savent parfaitement que par ce moyen, ils peuvent toucher au cœur de l’Église catholique : lui faire accepter le droit commun dans les sociétés civiles, et ainsi la réduire à une simple secte comme les autres et même la faire disparaître, parce que la vérité ne peut donner ses droits à l’erreur sans se renier et donc disparaître. »
Ce dernier point est particulièrement pertinent à notre époque, car il nous explique pourquoi l’erreur semble jouir de droits illimités, contrairement à la vérité. Cela se vérifie non seulement dans la société laïque, mais aussi au sein de l'Église, où les hérétiques notoires bénéficient de plus de droits que les catholiques traditionalistes. Ceux qui condamnent le Christ sont encensés, tandis que ceux qui cherchent à le défendre sont ridiculisés.
C'est comme si les autorités romaines assistaient à la Passion de Notre Seigneur depuis soixante ans.Certains pourraient affirmer qu'il n'y a pas eu de véritable confrontation d'idées au Concile sur la question de la liberté religieuse, mais, comme l'a décrit Mgr Lefebvre, il n'en est rien :
« Il faut savoir que ce sujet a fait l’objet d’un débat dramatique à la dernière séance de la Commission centrale préparatoire du Concile. En effet, deux schémas sur le même objet furent rédigés ; l’un par le Secrétariat pour l’Unité dirigé par le cardinal Béa, l’autre par la Commission théologique présidée par le cardinal Ottaviani. Le titre à lui seul des schémas est significatif : le premier « De libertate religiosa », le second « De tolerantia religiosa ». Celui-ci ne se faisait que l’écho de la doctrine traditionnelle de l’Église ». (p.17)
Il est donc indéniable qu'il y a eu une profonde confrontation d'idées, l'enseignement catholique traditionnel cédant la place à la thèse libérale. Cette réalité suffit à elle seule à réfuter l'idée absurde selon laquelle le Concile n'aurait rien changé. Comme l’observait Mgr Lefebvre, Yves Congar lui-même le reconnaissait :
« Ainsi le P. Congar dans le Bulletin « Études et Documents » du Secrétariat de l’épiscopat français (le 15 juin 1965, nº 5, p. 5) : « Ce qui est nouveau dans cette doctrine par rapport à l’enseignement de Léon XIII et même de Pie XII, bien que le mouvement s’amorçât alors, c’est la détermination du fondement propre et prochain de cette liberté, qui est cherchée non dans la vérité objective du bien moral ou religieux, mais dans la qualité ontologique de la personne humaine. » Ainsi la liberté religieuse ne se situe plus par rapport à Dieu, mais par rapport à l’homme !… C’est bien l’optique libérale. » p.18
Dans le même temps où elle n'a déployé aucun effort pour mettre fin à ces offenses contre Dieu, Rome a fait de la persécution de ceux qui adhèrent à ce que l'Église a toujours enseigné une véritable croisade.Le triomphe du point de vue libéral a en réalité été celui des idées anti-catholiques décrites par le Père Perroy, si bien que nous assistons aujourd'hui à une série incessante d'offenses contre Notre Seigneur, perpétrées (à tort) au nom de l'Église. Si le passage de Dieu à l'homme (comme fondement de la liberté religieuse) peut paraître mineur à certains, il s'agissait pourtant d'un des combats les plus importants du Concile, et il a profondément modifié la conception que de nombreux catholiques se font de la foi. Avec le faux œcuménisme, cette évolution est à l'origine de tous les doutes que Mgr Lefebvre a recensés dans sa lettre de 1966 au cardinal Ottaviani. Et ces deux idées – la liberté religieuse et le faux œcuménisme – ont été instrumentalisées pour trahir sans cesse Notre Seigneur et son Église au cours des soixante dernières années.
Chaque Semaine Sainte, l'Église nous rappelle les souffrances endurées par Notre Seigneur durant sa Passion pour nous sauver de nos péchés. Il est également utile de rappeler combien Jésus est aujourd'hui offensé par ceux qui continuent d'entretenir les doutes que déplorait Mgr Lefebvre en 1966. Depuis soixante ans, Rome n'a rien fait pour dissiper ces doutes en faveur du catholicisme et, à bien des égards, les a considérablement aggravés. Parallèlement à son inaction face à ces offenses envers Dieu, Rome a fait de la persécution de ceux qui adhèrent à l'enseignement traditionnel de l'Église (et à ce qu'elle doit toujours croire) une véritable croisade. Dès lors, la décision s'impose : plutôt que d'obéir aveuglément à ceux qui nous demandent de tolérer leur persécution de Notre Seigneur, il est préférable de suivre Mgr Lefebvre et de refuser d'abandonner Notre-Dame des Douleurs au pied de la Croix de son Fils.
Notre-Dame des Douleurs, priez pour nous !