Traduction d’un article d’Angeline Tan paru le 30 mars 2026 sur le site The Remnant sous le titre : « SSPX vs Rome: How Vatican II’s “Conscience” Argument Is Backfiring on Cardinal Fernández »
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Rome est-elle prise au piège de son propre cadre théologique ? Alors que le cardinal Fernández interpelle la FSSPX au sujet de la « pleine communion », la Fraternité répond en invoquant les enseignements du concile Vatican II sur la conscience, soulevant ainsi des questions explosives sur l’autorité, la tradition et l’avenir de l’Église catholique.
Il y a quelque chose d'assez théâtral dans la fixation soudaine du cardinal Víctor Manuel Fernández sur l'importance pour la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) de se conformer aux exigences du Vatican afin de jouir d'une « pleine communion avec l'Église catholique », surtout compte tenu des écrits controversés que le prélat a publiés par le passé concernant la sexualité et le mysticisme.
On ne peut s'empêcher de constater un double standard : la conscience est louée – jusqu'à ce qu'elle défende la tradition
Depuis des décennies, depuis le concile Vatican II, on dit aux catholiques (et au reste du monde) que la conscience est le « sanctuaire » suprême de l’homme, sur lequel ni la croyance ni la force ne peuvent empiéter. Comme l'affirme Gaudium et Spes :
« Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur : « Fais ceci, évite cela ». Car c’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera. La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. C’est d’une manière admirable que se découvre à la conscience cette loi qui s’accomplit dans l’amour de Dieu et du prochain. Par fidélité à la conscience, les chrétiens, unis aux autres hommes, doivent chercher ensemble la vérité et la solution juste de tant de problèmes moraux que soulèvent aussi bien la vie privée que la vie sociale. » [GS 16 §1]
« Mais en même temps grandit la conscience de l’éminente dignité de la personne humaine, supérieure à toutes choses et dont les droits et les devoirs sont universels et inviolables. Il faut donc rendre accessible à l’homme tout ce dont il a besoin pour mener une vie vraiment humaine, par exemple : nourriture, vêtement, habitat, droit de choisir librement son état de vie et de fonder une famille, droit à l’éducation, au travail, à la réputation, au respect, à une information convenable, droit d’agir selon la droite règle de sa conscience, droit à la sauvegarde de la vie privée et à une juste liberté, y compris en matière religieuse. » [GS 26 §2]
De même, la déclaration sur la liberté religieuse
Dignitatis Humanae du concile Vatican II (7 décembre 1965) affirme que « la personne humaine a droit à la liberté religieuse (…) de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ». [DH I, 2 §1]
Il est à noter que ce passage de
Dignitatis Humanae a souvent été cité par de nombreux catholiques et non-catholiques, notamment ceux aux idées libérales, pour privilégier le jugement individuel au détriment des enseignements objectifs, pérennes et immuables de l’Église catholique.
Depuis Vatican II, les catholiques ont été incités à croire que les formes liturgiques peuvent évoluer, les orientations théologiques se transformer et les pratiques des anciens rites être réexaminées – le tout au nom de l’
aggiornamento. On nous a dit qu’il fallait suivre sa conscience, même si cela nous éloigne des croyances et des pratiques des générations de catholiques. précédentes
Cependant, force est de constater que le zèle du Vatican post-conciliaire à respecter la conscience individuelle tend à s'estomper lorsque celle-ci penche en faveur des doctrines et de la discipline de l'Église pré-Vatican II.
D'autres commentateurs, plus conservateurs, ont souligné combien il est sous-entendu que la conscience individuelle demeure soumise à la loi divine objective, au lieu d'en être totalement détachée.
Pourtant, même comprises sous cet angle, les deux interprétations de
Dignitatis Humanae et de
Gaudium et Spes peuvent justifier les raisons de conscience qui ont poussé Mgr Marcel Lefebvre, fondateur de la FSSPX, à consacrer quatre évêques en 1988.
Le 2 février, la FSSPX a fait allusion à l’ampleur de la crise que traverse l’Église catholique aujourd’hui (et depuis des décennies) en annonçant son intention de consacrer de nouveaux évêques le 1er juillet 2026. Dans une
lettre adressée au cardinal Fernández, le supérieur général de la FSSPX, Don Davide Pagliarani, écrit :
« Nous savons d’avance tous deux que nous ne pouvons pas nous mettre d’accord sur le plan doctrinal, en particulier concernant les orientations fondamentales prises depuis le Concile Vatican II. Ce désaccord, du côté de la Fraternité, ne relève pas d’une simple divergence de vue, mais d’un véritable cas de conscience, né de ce qui s’avère une rupture avec la Tradition de l’Église. Ce nœud complexe est malheureusement devenu encore plus inextricable avec les développements doctrinaux et pastoraux survenus au cours des récents pontificats (...)
Au cours de la dernière décennie, le pape François et vous-même avez abondamment prôné « l’écoute » et la compréhension des situations particulières, complexes, exceptionnelles, étrangères aux schémas ordinaires. Vous avez également souhaité une utilisation du droit qui soit toujours pastorale, flexible et raisonnable, sans prétendre tout résoudre par des automatismes juridiques et des schémas préétablis. La Fraternité ne vous demande rien d’autre dans le moment présent – et surtout elle ne le demande pas pour elle-même : elle le demande pour ces âmes dont, comme déjà promis au Saint-Père, elle n’a d’autre intention que de faire de véritables enfants de l’Église romaine.
À la suite des révélations de la FSSPX le 2 février dernier, ce fut la consternation dans certains milieux catholiques. Soudain, il est apparu que pour certaines autorités vaticanes, dont le cardinal Fernández, la « conscience » individuelle devait être « correctement comprise », « approuvée par l'Église » et « soigneusement supervisée » par Rome.Il est à noter que
Dignitatis Humanae proclame que « c’est par sa conscience que l’homme perçoit et reconnaît les injonctions de la loi divine » (DH, 3).
Cependant, suite aux critiques formulées à l’encontre de la FSSPX par les principaux médias catholiques et par certains éléments intransigeants du Vatican, apparemment déterminés à éradiquer la messe en latin traditionnelle et la foi catholique traditionnelle, il apparaît que
Dignitatis Humanae a omis d’ajouter une note de bas de page précisant que ses proclamations « inclusives » et « universelles » ne s’appliquaient pas aux catholiques pratiquants craignant Dieu et assistant à la messe en latin traditionnelle !
On peut se demander comment un catholique fidèle et intellectuellement honnête, face au chaos engendré par la confusion doctrinale, les abus liturgiques et la désintégration catéchétique, peut nier que la préservation du sacerdoce, de la foi et des sacrements catholiques traditionnels (telle que l’exige la loi divine) puisse sauver la Sainte Église d’une confusion et d’une désorientation encore plus grandes !
Ce qui servait à justifier le changement sert maintenant à justifier la résistance.Interprétées sous cet angle, les consécrations épiscopales proposées par la FSSPX le 1er juillet peuvent s'inscrire dans la logique de
Dignitatis Humanae : si la conscience est le moyen par lequel on discerne la loi divine, et si nul ne doit être contraint d'agir contre elle, alors agir en accord avec elle devient non seulement permis, mais aussi obligatoire.
Autrement dit, le langage permissif de
Dignitatis Humanae, souvent invoqué pour expliquer les divergences avec la tradition catholique pré-Vatican II, peut également justifier l'opposition de principe de la FSSPX aux hétérodoxies doctrinales et aux abus liturgiques. Comme le dit l'adage : « Ce qui est bon pour l'un est bon pour l'autre.» Sans surprise, certains pourraient chercher à préciser davantage
Dignitatis Humanae, en affirmant qu'un individu ne peut se fier à sa conscience pour reconnaître la loi divine que si cette conscience est correctement formée.
Néanmoins, compte tenu de la mentalité relativiste que beaucoup, au sein de l'Église et dans le monde, ont adoptée et diffusée ces soixante dernières années, il est légitime de se demander si la conscience de chacun s'est forgée à travers les enseignements et les traditions séculaires de l'Église catholique ou uniquement sous l'influence des modes subjectivistes de ces soixante dernières années.
Quelle que soit l'interprétation, une lecture moderniste de
Dignitatis Humanae peut se retourner contre elle-même.
À l'extrême, si la « conscience » est perçue comme un rempart absolu, englobant et infranchissable pour les actions et les croyances individuelles, alors la FSSPX peut invoquer ce même « bouclier » de « conscience » pour justifier ses actes visant à préserver le sacerdoce catholique et la messe tridentine.
À l’autre extrémité du spectre, si la conscience doit se former conformément à la vérité objective et à la loi divine, alors la caricature de Mgr Lefebvre comme un simple « rebelle » pour avoir consacré quatre évêques à Écône en 1988 s’effondrerait également, car l’archevêque a déclaré publiquement qu’il ne le faisait que par grave nécessité (en particulier après le rassemblement du pape Jean-Paul II avec d’autres chefs de fausses religions à Assise en 1986, qui a considérablement modifié la façon dont les catholiques traditionnels considéraient la foi catholique par rapport aux fausses religions).
Si la conscience ne peut être violée, Rome peut-elle interdire la préservation de la Tradition ?Dans le cas des relations entre la FSSPX et le Vatican, lorsque des prêtres et des laïcs catholiques traditionalistes prennent des décisions motivées par le désir de préserver la doctrine, le sacerdoce et les traditions de l'Église, les autorités vaticanes libérales dénoncent ces « traditionalistes rigides » pour « désobéissance » et pour leur attachement excessif à ce qui était universellement cru et vécu depuis des siècles.
On ne peut s'empêcher de percevoir une asymétrie troublante (et un double standard) dans la manière dont le Vatican traite les autres ; la conscience et les actions individuelles semblent être glorifiées lorsqu'elles détournent les fidèles de l'enseignement de l'Église, comme dans le cas de la publication controversée de
Fiducia Supplicans du cardinal Fernández concernant la bénédiction pastorale des couples de même sexe.
Pourtant, voilà que le cardinal Fernández, l'auteur même de
Fiducia Supplicans, se montre soudainement très pointilleux sur la fidélité à la communion ecclésiale lorsqu'il s'agit de la FSSPX et de sa décision de consacrer de nouveaux évêques !
La logique du concile Vatican II pourrait bien se retourner aujourd'hui contre ses propres architectes.Cela dit, un aspect positif de la large couverture médiatique de la décision prévue par la FSSPX de consacrer de nouveaux évêques le 1er juillet de cette année peut se résumer ainsi : le père, prêtre de la FSSPX. Remarques de François Laisney concernant la situation relativement délicate qui entourait Mgr Lefebvre en 1976, lors de l'ordination de nouveaux prêtres :
Cela dit, on peut trouver une lueur d’espoir dans la vaste couverture médiatique de la décision prévue par la FSSPX de consacrer de nouveaux évêques le 1er juillet prochain, et cette lueur d’espoir se résume dans les remarques du prêtre de la FSSPX, l’abbé François Laisney, concernant la situation relativement délicate dans laquelle se trouvait Mgr Lefebvre en 1976, lorsque celui-ci ordonna de nouveaux prêtres :
« Toute la couverture médiatique des ordinations de 1976 fut providentielle : de nombreux fidèles et prêtres du monde entier, attachés à l'immuable foi catholique, furent grandement encouragés par son exemple. Auparavant, la situation était très sombre pour eux : la messe traditionnelle était célébrée par des prêtres âgés qui allaient disparaître, et après ? Mais après, ils savaient qu'un évêque formait de jeunes prêtres qui perpétueraient la messe pour eux ! Il leur redonna espoir. Je voudrais rapporter ici le témoignage de Clovis Areui, chef d'une tribu kanak (les Gouaraoui) au cœur de la Nouvelle-Calédonie : il entendit parler de Mgr Lefebvre en 1976 et s'exclama : « Qu'y a-t-il de mal chez cet évêque ? Il célèbre la messe traditionnelle ; c'est forcément un bon évêque ! » Plus tard, après un scandale à la cathédrale de Nouméa (vers 1980), il écrivit à Écône pour demander une messe en réparation et concluait sa lettre ainsi : « Vous formez des prêtres qui célébreront la messe traditionnelle, vous êtes notre espoir ! » À cette époque, Mgr Lefebvre recevait des vocations du monde entier. Je suis entré à Écône en octobre 1976 ; il y avait 19 nationalités ! Le séminaire était plein. »
***Par ailleurs, réfutant ceux qui ont accusé la FSSPX de désobéissance au Saint-Père, le Père Laisney a développé son propos dans le même article :
« L’obéissance à un ordre particulier est une réponse à l’exercice de l’autorité. Si un commandement est mauvais, il s’agit davantage d’un abus d’autorité que d’un usage légitime ; l’autorité en elle-même demeure bonne. Par conséquent, résister à un tel ordre peut parfaitement coexister avec la soumission à l’autorité elle-même, c’est-à-dire la disposition de la volonté à obéir à tout ordre légitime émanant de cette autorité. Il y a une différence fondamentale entre celui qui suit sa propre volonté, même lorsqu’il obéit à un ordre (parce que cela lui plaît), et celui qui, par obéissance à l’autorité supérieure et, en fin de compte, à Dieu, résiste à l’abus d’autorité, tout en restant disposé à obéir à tout ordre légitime. Le premier n’est pas véritablement obéissant, bien qu’il ait obéi ; le second l’est véritablement, bien qu’il n’ait pas obéi. Les modernistes se sont conformés aux changements, non par obéissance, mais parce que ces changements correspondaient à leurs souhaits : ils n’étaient pas véritablement obéissants. En revanche, Mgr Lefebvre, qui a résisté à ces changements, pratiquait véritablement la vertu d’obéissance. Il résiste à l'abus d'autorité par obéissance à l'autorité supérieure de Dieu. Comme il l'a dit : « Le coup de maître de Satan a été d'amener tant de personnes à désobéir à la Tradition au nom de l'obéissance. »
Maria, Mater Ecclesiae, ora pro nobis.