"différentes générations lefebvristes face à la rupture avec Rome" (La Vie) par Cristo 2026-02-27 00:09:07 |
|
Imprimer |
voilà, c'est dit de façon factuelle par ... la Vie, sans ton polémique ni mots qui fâchent !
En soi, c'est déjà un énorme changement par rapport à 1988.
Ah si les uns et les autres, à Rome compris, pouvaient s'en inspirer.
Fraternité Saint-Pie-X : différentes générations lefebvristes face à l’aggravation de la rupture avec Rome
La communauté a confirmé sa volonté de « sacrer » de nouveaux évêques, claquant de facto la porte de nouvelles discussions avec le Vatican. Chez les fidèles, cette annonce suscite des désaccords mais aussi beaucoup d’indifférence, la rupture étant pour certains depuis longtemps consommée.
Par Marie-Liévine Michalik
Publié le 24/02/2026
Comme un air de déjà-vu. Pour Bénédicte et Christophe (leurs prénoms ont été modifiés), à la tête d’une famille de 11 enfants, l’annonce de nouveaux « sacres », l’ordination d’évêques, prévus le 1er juillet 2026, sonne comme une ritournelle : rejet du concile Vatican II, conservation de la messe traditionnelle, état de nécessité, nomination de plusieurs évêques, désaccord de Rome, excommunications… Ils ont traversé tous les rebondissements de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) depuis sa création en 1970.
« Nous nous sommes fiancés en 1988, l’année des premiers sacres, témoigne la mère de famille. La situation était extrêmement tendue, les divisions, nombreuses et l’incertitude, importante. » Quatre évêques sont alors « sacrés » par Marcel Lefebvre, sans l’accord du pape Jean Paul II, entraînant l’excommunication de l’évêque et de sa lignée épiscopale. Quarante ans plus tard, c’est une redite de l’histoire, une forme de continuité, reconnaissent-ils, plus qu’une rupture.
Un nouveau souffle
Dans cette famille très attachée à la communauté lefebvriste, la nouvelle était attendue. « Nous en parlions depuis cet été, raconte Bénédicte. Nous savions que cela allait arriver. Nous avons pris acte de la décision du supérieur général et nous en réjouissons. » Grands et petits étaient préparés à de nouvelles discussions tendues avec Rome.
Depuis le 2 février 2026 cependant, jour de la publication du premier communiqué de la FSSPX annonçant la tenue de « sacres », la conversation familiale s’est animée d’un nouveau souffle. Chaque jour se transmettent vidéos et articles relatant les prêches et dernières actualités. « Cette clarification était nécessaire, estime un des membres de la fratrie. Il s’agit juste d’assumer nos convictions et de défendre l’Église de ses dérives. » Un discours qui ressemble beaucoup à celui entendu par leurs parents 40 ans plus tôt et répété depuis, dès le berceau.
Entre fermeté et mains tendues
Comme Bénédicte et Christophe, de nombreux fidèles de la FSSPX interrogés par La Vie assurent « prendre acte » de la décision de Davide Pagliarani, supérieur général actuel, sans déplorer une probable rupture avec le Saint-Siège. Depuis le 2 février, un dialogue tendu s’est engagé avec Rome, fait de communiqués officiels qui oscillent entre fermeté et mains tendues.
Le dernier en date est celui de Davide Pagliarani, qui refuse la proposition d’ouvrir un dialogue doctrinal avec le Vatican à condition de suspendre les « sacres » envisagés. « Il fait preuve de fermeté et d’honnêteté avec Rome, on ne peut rien lui reprocher, pense Henri (son prénom a été changé), 40 ans, issu d’une famille attachée à la FSSPX. Son rôle est de poursuivre l’œuvre de Mgr Lefebvre. »
« C’est un échec pour tout le monde, déplore au contraire Jacques, fidèle lefebvriste âgé d’une soixantaine d’années. Mgr Lefebvre souhaitait que la FSSPX soit temporaire, le temps qu’un accord soit trouvé avec Rome pour conserver l’ancien rite ; 40 ans après, rien n’a changé, aucun pas de réconciliation n’a été fait, c’est même l’inverse. »
Le « sacre » d’évêques sans l’accord de Rome entraînerait, comme en 1988, une excommunication latæ sententiæ (automatique) des prélats actuels ainsi que des nouveaux nommés. « Ce n’est pas tant une rupture, ajoute Henri, c’est dans une parfaite continuité. » Un avis partagé par Marie, 24 ans, lefebvriste parisienne. « Notre position n’a pas différé de celle de nos parents, nous refusons et refuserons toujours Vatican II, la nouvelle messe et la synodalité. »
Loin des grands bouleversements de 1988
Pour les jeunes, il s’agit de respecter cet héritage religieux, souvent transmis par leurs parents et les générations précédentes. Comme ce fut le cas pour Jean et son épouse, qui ont aujourd’hui plus de 70 ans. Très attachés au rite d’avant la réforme liturgique de Vatican II, dit « saint Pie V », ils ont tenu à léguer à leurs six enfants et 33 petits-enfants ce qu’ils avaient eux-mêmes reçu de leurs parents. « C’est ça, l’Église éternelle, elle est immuable de siècles en siècles », répètent-ils, persuadés d’incarner la véritable Église quand le Vatican et les milliards de catholiques qu’il représente s’en seraient éloignés.
Pour beaucoup, les récentes annonces ne vont pas bouleverser leur quotidien. « Nos relations avec le Saint-Siège étaient déjà minces et le resteront », estime Marie, sur le point de se marier dans quelques mois : sa crainte principale est « d’avoir encore plus de mal à trouver une église » pour célébrer un mariage en rite tridentin. Une forme d’indifférence et de légèreté qui tranche avec ce qu’ont vécu leurs parents lors des « sacres » de 1988.
« Il faut imaginer, c’était la guerre, se rappelle Bénédicte. Nous avons perdu beaucoup d’amis, nos familles refusaient de se parler, c’était extrêmement tendu. » À l’époque, les fidèles attachés à la messe traditionnelle se sont déchirés : une partie refusant le concile Vatican II et suivant la FSSPX, qui a ordonné ses propres évêques contre l’avis de Rome, l’autre restant fidèle au Saint-Siège et refusant cette attitude schismatique, à l’image de la Fraternité Saint-Pierre. Une déchirure qui a traversé les familles : « Il y a toute une partie de notre famille à qui nous ne parlons plus depuis 1988 », confie Octave, étudiant lefebvriste, héritier de ces discordes religieuses et familiales.
Un contexte ecclésial différent
Si les nouvelles générations ne remettent pas en question l’héritage transmis par leurs parents, elles n’évoluent cependant pas dans le même climat social et ecclésial que leurs aînés. « En 1988, la FSSPX était la tête de file de tous les attachés à la messe traditionnelle, analyse Yves Chiron, historien et auteur d’Histoire des traditionalistes (Tallandier, 2022). Aujourd’hui, la FSSPX n’a plus le monopole. »
Fiancée à un fidèle de la FSSPX, Agnès, 25 ans, se rend autant à la messe dite par la communauté lefebvriste qu’à celles célébrées par les communautés dites Ecclesia Dei, qui sont rattachées à Rome tout en suivant le rite tridentin. « Nous ne vivons pas dans le même monde que nos parents, insiste-t-elle. Je suis catholique avant d’être tradi. »
Comme Agnès, ils sont plusieurs à accepter de voguer entre différentes communautés attachées au rite tridentin. « Je tiens surtout à la messe en latin, c’est la même si je vais à la FSSPX ou à Saint-Pierre, je choisis le plus simple et accessible », acquiesce Joseph, 27 ans. Une fluidité qui s’observe chez nombre de jeunes catholiques. « Ces jeunes sont à la recherche de rigueur liturgique et d’une belle communauté, observe Christian Gouyaud, un des fondateurs de la Fraternité Saint-Pierre, aujourd’hui chargé du dossier traditionaliste pour le diocèse de Strasbourg. Les frontières sont plus poreuses depuis le pape François », notamment depuis que celui-ci a reconnu la légalité de certains sacrements conférés par les prêtres de la FSSPX.
À quatre mois des sacres de juillet 2026, comment ces différentes générations qui ont parcouru l’existence de la communauté lefebvriste se positionnent-elles vis-à-vis de Rome et de l’autorité papale ? « Le lien au Saint-Siège est plus abstrait et moins vécu pour les plus jeunes de la FSSPX, poursuit Christian Gouyaud. Ils ont grandi dans une communauté qui n’entretenait déjà plus de liens concrets d’obéissance avec Rome. » Preuve en est, beaucoup planifient déjà leur séjour à Écône pour assister aux sacres, peut-être pas du siècle, mais de la décennie.
https://www.lavie.fr/christianisme/eglise/fraternite-saint-pie-x-differentes-generations-lefebvristes-face-a-laggravation-de-la-rupture-avec-rome-103142.php
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|