Ma réponse par DumVolviturOrbis 2025-12-30 17:15:48 |
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Vous trouverez, cher Maître Parfu, ma présentation ici.
Comme vous pourrez le lire, je crois pouvoir dire que je suis tombé dans la marmite de la tradition dès mon enfance. J’ai été biberonné aux récits des combats pour la messe ; j’ai vécu mes dix-huit premières années dans un diocèse sinistré, où nous avons connu toutes sortes de péripéties pour simplement avoir une messe dominicale. Bref, je pense avoir la légitimité pour parler de ces sujets.
Mais en effet, je fais partie d’une autre génération que celle de la prise de Saint-Nicolas. Nous devons tout aux combats de nos parents pour la messe et le catéchisme. Le rôle de ma génération consiste désormais à faire un travail de réimplantation dans l’Église (je sens que tout le monde va me tomber dessus avec cette expression, mais essayez simplement d’y mettre un peu de bonne volonté pour comprendre ce que je veux dire). Les boomers dans l’Église sont en voie de disparition. C’est à nous de les « grand remplacer », en quelque sorte.
Puisque vous me mettez en cause, je vais répondre de manière très directe. Je pense faire partie d’une génération qui est passée à autre chose que les confrontations incessantes, les messes dans des garages, les familles qui se déchirent pour des questions de chapelles ou de sens de pèlerinage, etc.
Aujourd’hui, il est par exemple complètement insensé et irresponsable d’oser encore parler de « principe de nécessité » pour justifier l’injustifiable. Contrairement à 1988, nous avons aujourd’hui des communautés ex Ecclesia Dei qui peuvent encore faire ordonner leurs prêtres et administrer les sacrements. Je ne dis pas du tout que tout est rose — bien au contraire. Il est encore très difficile pour ces communautés de se faire accepter dans les diocèses et de s’y maintenir.
Mais il faut aussi reconnaître que les fous furieux de la soi-disant « résistance » — ceux qui font tout pour qu’il n’y ait jamais de régularisation du côté de la FSSPX (alors que cela devient extrêmement urgent : les évêques meurent, et l’on arrive à une génération de fidèles qui n’ont jamais connu autre chose que leurs chapelles, ayant perdu toute notion de paroisse et de diocèse) — ceux qui ouvrent encore des lieux de messe dans des garages lugubres pour faire perdurer une situation de catacombes qui n’a plus lieu d’être, ne facilitent absolument pas la tâche de ceux qui travaillent, patiemment, à la paix liturgique.
À terme, ce sont pourtant ces communautés Ecclesia Dei ou similaires qui remplaceront le clergé soixante-huitard en voie de disparition. La triste parenthèse François est désormais fermée. Nous pouvons encore espérer des gestes forts de la part de Léon XIV pour revenir à une situation post Summorum Pontificum. Voilà le véritable enjeu, plutôt que de pratiquer la politique de la terre brûlée, d’espérer l’effondrement de l’Église (qui n’arrivera jamais, n’en déplaise aux grincheux), de faire sa petite Église dans son coin et de perdre peu à peu tout sens de l’Église — pour en arriver naturellement aux délires williamsonnistes, qui ne sont pas près de s’éteindre.
Voilà le fond de ma pensée. Il y a bien mieux à faire que d’ouvrir des lieux de messe sordides. C’est parfaitement possible : il suffit simplement de le vouloir. Mais certains préfèrent maintenir artificiellement une situation si n'est pas normale dans l'histoire de l'Eglise pour simplement en faire un fond de commerce.
Je terminerai simplement avec une citation de Dom Gérard :
« n’ayons pas le romantisme du petit nombre, le romantisme de nous trouver très contents d’être en dehors de la légalité. Cette situation est un état violent. Elle n’est qu’un ultime refuge. L’Eglise étant une société, le cadre est important (il est d’origine divine). Gardons le sens de l’Eglise. Ne tombons pas dans une mentalité de secte »
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