"60 ans après : La Tradition catholique et l’"Aggiornamento" de Vatican II" par Vistemboir2 2025-12-04 18:20:34 |
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Traduction de l’article de Robert Morrison paru le 2 décembre 2025 sur The Remnant sous le titre : « After 60 Years: Comparing the Experiments of Catholic Tradition and Vatican II's "Aggiornamento"» ("60 ans après : comparaison des expériences de la Tradition catholique et de celles de l'« Aggiornamento » de Vatican II ").
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Alors que l'expérience de l'« aggiornamento » ne semble pas près de prendre fin malgré son échec retentissant, c'est pour nous une immense bénédiction de pouvoir coopérer avec la grâce de Dieu pour poursuivre l'« expérience de la Tradition ».
Le 7 décembre 2025 marquera le 60e anniversaire de la clôture du concile Vatican II, qui reste à bien des égards l'événement le plus clivant de l'histoire de l'Église catholique. Si diverses hérésies et schismes ont, au fil des siècles, entraîné l'exode d'innombrables fidèles, Vatican II a provoqué une agitation sans précédent au sein de l'Église, parmi des hommes et des femmes qui se réclament encore de l'Église catholique. De manière générale, cette agitation découle naturellement de ce que Jean XXIII appelait « aggiornamento », une mise à jour ou un renouveau de l'Église. De ce fait, pendant soixante ans, nous avons assisté à des expériences concurrentes : l’aggiornamento allait-il porter de bons fruits ? La Tradition catholique pouvait-elle survivre à l'opposition de Rome ?
Le discours de clôture du Concile, prononcé par Paul VI le 7 décembre 1965, nous aide à mieux comprendre l’esprit de l’aggiornamento, qui se présente au monde comme un effort pour satisfaire les besoins religieux de l’humanité par un processus continu de renouveau du catholicisme :
"[C]e Concile, dont les travaux et les préoccupations ont été consacrés principalement à l'homme, ne serait-il pas destiné à ouvrir une nouvelle fois au monde moderne les voies d'une ascension vers la liberté et le vrai bonheur? Ne donnerait-il pas, en fin de compte, un enseignement simple, neuf, neuf et solennel pour apprendre à aimer l'homme afin d'aimer Dieu ? Aimer l'homme, disons-Nous non pas comme un simple moyen, mais comme un premier terme dans la montée vers le terme suprême et transcendant. Et alors, le Concile tout entier se résume finalement dans cette conclusion religieuse: il n'est pas autre chose qu'un appel amical et pressant qui convie l'humanité à retrouver, par la voie de l'amour fraternel, ce Dieu dont on a pu dire: « S'éloigner de lui, c'est périr; se tourner vers lui, c'est ressusciter ; demeurer en lui, c'est être inébranlable… ; retourner à lui, c'est renaître; habiter en lui, c'est vivre, » (Saint Augustin, Solil. l, 1,3; P. L., 32, 870). Voilà ce que Nous espérons au terme de ce second Concile œcuménique du Vatican et au début de l'entreprise de renouvellement humain et religieux qu'il s'était proposé d'étudier et de promouvoir; voilà ce que Nous espérons pour nous-mêmes, vénérables Frères et Pères de ce même Concile; voilà ce que nous espérons pour l'humanité tout entière qu'ici nous avons appris à aimer davantage et à mieux servir."
"Si bon nombre de questions, soulevées au cours même du Concile attendent encore une réponse adéquate, cela signifie qu'on met fin aux travaux non sous le poids de la fatigue, mais au contraire dans une vitalité que ce rassemblement œcuménique a réveillée et qui, Dieu aidant, dans la période post conciliaire se consacrera activement à ce genre de problèmes, avec méthode et générosité."
"Je reçois sincèrement la doctrine de la foi transmise des apôtres jusqu’à nous toujours dans le même sens et dans la même interprétation par les pères orthodoxes ; pour cette raison, je rejette absolument l’invention hérétique de l’évolution des dogmes, qui passeraient d’un sens à l’autre, différent de celui que l’Église a d’abord professé. Je condamne également toute erreur qui substitue au dépôt divin révélé, confié à l’Epouse du Christ, pour qu’elle garde fidèlement, une invention philosophique ou une création de la conscience humaine, formée peu à peu par l’effort humain et qu’un progrès indéfini perfectionnerait à l’avenir. […] Je réprouve l’erreur de ceux qui affirment que la foi proposée par l’Église peut être en contradiction avec l’histoire, et que les dogmes catholiques, au sens où on les comprend aujourd’hui, ne peuvent être mis d’accord avec une connaissance plus exacte des origines de la religion chrétienne. Je condamne et rejette aussi l’opinion de ceux qui disent que le chrétien savant revêt une double personnalité, celle du croyant et celle de l’historien, comme s’il était permis à l’historien de tenir ce qui contredit la foi du croyant, ou de poser des prémices d’où il suivra que les dogmes sont faux ou douteux, pourvu que ces dogmes ne soient pas niés directement."
"Devant la situation de l’Église d’aujourd’hui, nous avons le sentiment que par quelque fissure la fumée de Satan est entrée dans le peuple de Dieu. Nous voyons le doute, l’incertitude, la problématique, l’inquiétude, l’insatisfaction, l’affrontement. On n’a plus confiance dans l’Église. On met sa confiance dans le premier prophète profane venu qui vient à nous parler de la tribune d’un journal ou d’un mouvement social, et on court après lui pour lui demander s’il possède la formule de la vraie vie, sans penser que nous en sommes déjà en possession, que nous en sommes les maîtres. Le doute est entré dans nos consciences, et il est entré par des fenêtres qui devraient êtres ouvertes à la lumière… Dans l’Église également règne cet état d’incertitude. On croyait qu’après le Concile le soleil aurait brillé sur l’histoire de l’Église. Mais au lieu de soleil, nous avons eu les nuages, la tempête, les ténèbres, la recherche, l’incertitude. Nous prêchons l’œcuménisme, et nous nous séparons toujours davantage les uns des autres. Nous cherchons à creuser des abîmes au lieu de les colmater." (Homélie du 29 juin 1972)
"Nous savons combien ce Concile des media fut accessible à tous. Donc, c’était celui qui dominait, le plus efficace, et il a créé tant de calamités, tant de problèmes, réellement tant de misères : séminaires fermés, couvents fermés, liturgie banalisée… et le vrai Concile a eu de la difficulté à se concrétiser, à se réaliser ; le Concile virtuel était plus fort que le Concile réel. Mais la force réelle du Concile était présente et, au fur et à mesure, il se réalise toujours plus et devient la véritable force qui ensuite est aussi vraie réforme, vrai renouvellement de l’Église. Il me semble que, 50 ans après le Concile, nous voyons comment ce Concile virtuel se brise, se perd, et le vrai Concile apparaît avec toute sa force spirituelle..."
"La Vérité, d’ailleurs, ne se fait pas dans le nombre, le nombre ne fait pas la Vérité. Même si j’étais seul, que tous mes séminaristes me quittent, même si toute l’opinion publique m’abandonnait, cela me serait indifférent en ce qui me concerne. Je suis attaché à mon Credo, à mon catéchisme, à la Tradition qui a sanctifié tous les élus qui sont au ciel, je veux sauver mon âme. L’opinion publique, on la connaît trop, c’est elle qui a condamné Notre-Seigneur quelques jours après l’avoir acclamé. C’est le dimanche des Rameaux et puis il y a le Vendredi saint. Sa Sainteté Paul VI m’a demandé : « Mais enfin, à l’intérieur de vous-même, ne sentez-vous pas quelque chose qui vous reproche ce que vous faites ? Vous causez dans l’Église un scandale énorme, énorme. Votre conscience ne vous le dit-elle pas ? » J’ai répondu : « Non, Très Saint-Père, pas du tout. » Si j’avais quelque chose à me reprocher, je cesserais tout de suite.
Le pape Jean-Paul II n’a ni confirmé ni infirmé la sanction prononcée contre moi. Lors de l’audience qu’il m’a accordée en novembre 1978, il semblait assez disposé, après une conversation prolongée, à laisser la liberté de choix dans la liturgie, à me laisser faire, somme toute, ce que je réclame depuis le début : parmi toutes les expériences qui sont menées dans l’Église, « l’expérience de la Tradition ». Le moment était venu peut-être où les choses allaient s’arranger ; plus d’ostracisme contre la messe, plus de problème. Mais le cardinal Seper, qui était présent, a vu le danger ; il s’est écrié : « Mais, Très Saint-Père, ils font de cette messe un drapeau ! » Le lourd rideau qui s’était soulevé un instant est retombé. Il faudra encore attendre."
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