Traduction de l’article de Robert Morrison paru le 27 novembre 2025 sur The Remnant sous le titre : « Fact-Checking Leo XIV’s Claim About the Achievements of the Ecumenical Movement » ("Vérification des faits concernant l'affirmation de Léon XIV sur les réalisations du mouvement œcuménique").
-------------------------------
Dans sa Lettre apostolique In Unitate Fidei du 23 novembre, Léon XIV souligne la nécessité de dépasser les controverses théologiques qui divisent catholiques et non‑catholiques. L'indifférence n'est plus une option. C'est sans doute le plus grand accomplissement à ce jour du mouvement œcuménique initié par Vatican II et quasiment achevé par Jean‑Paul II.
Le 23 novembre 2025, Léon XIV publia sa Lettre apostolique In Unitate Fidei à l'occasion du 1700e anniversaire du concile de Nicée. Il y louait divers aspects de ce concile, notamment sa portée œcuménique :
"[12] Enfin, le Concile de Nicée est d'actualité en raison de sa très grande valeur œcuménique. À cet égard, la réalisation de l'unité de tous les chrétiens fut l'un des principaux objectifs du dernier Concile, Vatican II. Il y a exactement trente ans, saint Jean‑Paul II poursuivait et promouvait le message conciliaire dans l'encyclique Ut unum sint (25 mai 1995). Ainsi, avec le grand anniversaire du premier Concile de Nicée, nous célébrons également l'anniversaire de la première encyclique œcuménique. Celle-ci peut être considérée comme un manifeste actualisant les fondements œcuméniques posés par le Concile de Nicée."
Quels étaient les « fondements œcuméniques » du concile de Nicée qui ont été « actualisés » par l’encyclique
Ut Unum Sint de Jean-Paul II ? Léon XIV ne les a pas explicitement mentionnés dans sa Lettre, mais nous savons que le concile de Nicée a condamné l’hérésie, a exigé des catholiques qu’ils professent la vraie foi et a clairement distingué ceux qui appartiennent à l’Église de ceux qui en sont séparés par l’hérésie ou le schisme.
En préambule à l’examen de la manière dont Vatican II et Jean-Paul II ont « actualisé les fondements œcuméniques posés par le concile de Nicée », nous pouvons considérer comment Léon XIV poursuit sa Lettre :
"Grâce à Dieu, le mouvement œcuménique a obtenu de nombreux résultats au cours des soixante dernières années. Même si la pleine unité visible avec les Églises orthodoxes et orthodoxes orientales et avec les communautés ecclésiales issues de la Réforme ne nous a pas encore été donnée, le dialogue œcuménique nous a conduits, sur la base du baptême unique et du Credo de Nicée-Constantinople, à reconnaître nos frères et sœurs en Jésus-Christ dans les frères et sœurs des autres Églises et communautés ecclésiales et à redécouvrir la communauté unique et universelle des disciples du Christ dans le monde entier. En effet, nous partageons la foi en un seul et unique Dieu, Père de tous les hommes, nous confessons ensemble l'unique Seigneur et vrai Fils de Dieu Jésus‑Christ et l'unique Esprit‑Saint, qui nous inspire et nous pousse à la pleine unité et au témoignage commun de l'Évangile. Ce qui nous unit est vraiment bien plus grand que ce qui nous divise ! Ainsi, dans un monde divisé et déchiré par nombre de conflits, l'unique Communauté chrétienne universelle peut être un signe de paix et un instrument de réconciliation, contribuant de manière décisive à un engagement mondial en faveur de la paix. Saint Jean-Paul II nous a rappelé en particulier le témoignage des nombreux martyrs chrétiens issus de toutes les Églises et Communautés ecclésiales : leur mémoire nous unit et nous incite à être des témoins et des artisans de paix dans le monde."
Selon Léon. XIV, « le mouvement œcuménique a accompli beaucoup de choses ces soixante dernières années », et il avait bien sûr parfaitement raison de s'abstenir de qualifier ces accomplissements de positifs ou de négatifs. Voici les principaux accomplissements qu'il a énumérés dans son paragraphe :
• Reconnaître les membres des Églises hérétiques et schismatiques comme frères et sœurs en Jésus-Christ.
• Redécouvrir « l'unique communauté universelle des disciples du Christ à travers le monde ».
• En conclure que « ce qui nous unit est bien plus grand que ce qui nous divise ! »
• Établir que les non-catholiques morts en défendant leurs religions hérétiques peuvent être considérés comme des martyrs.
Le point commun à tous ces accomplissements est assez évident : ceux-ci, comme tous les autres accomplissements du mouvement œcuménique, ont laissé entendre aux catholiques comme aux non-catholiques qu'il n'est pas vraiment nécessaire d'être catholique.
Il n'est pas surprenant que chaque prétendu accomplissement du mouvement œcuménique ait remis en question la nécessité pour les âmes de pratiquer la foi catholique. L’encyclique
Mirari Vos de Grégoire XVI, publiée [le 15 août] 1832 et condamnant le libéralisme et l’indifférentisme religieux, mettait essentiellement en garde contre ce que nous appelons aujourd’hui le mouvement œcuménique. Grégoire XVI y réaffirmait non seulement la position fondamentale du concile de Nicée selon laquelle tous les chrétiens doivent pratiquer la foi catholique, mais il décrivait également l’erreur opposée à cette vérité : l’indifférentisme.
"Nous venons maintenant à une cause, hélas ! trop féconde des maux déplorables qui affligent à présent l’Église. Nous voulons dire l’indifférentisme, ou cette opinion funeste répandue partout par la fourbe des méchants, qu’on peut, par une profession de foi quelconque, obtenir le salut éternel de l’âme, pourvu qu’on ait des mœurs conformes à la justice et à la probité. Mais dans une question si claire et si évidente, il vous sera sans doute facile d’arracher du milieu des peuples confiés à vos soins une erreur si pernicieuse. L’Apôtre nous en avertit : « Il n’y a qu’un Dieu, qu’une foi, qu’un baptême » ; qu’ils tremblent donc ceux qui s’imaginent que toute religion conduit par une voie facile au port de la félicité ; qu’ils réfléchissent sérieusement sur le témoignage du Sauveur lui-même : « qu’ils sont contre le Christ dès lors qu’ils ne sont pas avec le Christ » ; qu’ils dissipent misérablement par là même qu’ils n’amassent point avec lui, et que par conséquent, « ils périront éternellement, sans aucun doute, s’ils ne gardent pas la foi catholique et s’ils ne la conservent entière et sans altération ». Qu’ils écoutent saint Jérôme racontant lui-même, qu’à l’époque où l’Église était partagée en trois partis, il répétait sans cesse et avec une résolution inébranlable, à qui faisait effort pour l’attirer à lui : « Quiconque est uni à la chaire de Pierre est avec moi ». En vain essayerait-on de se faire illusion en disant que soi-même aussi on a été régénéré dans l’eau, car saint Augustin répondrait précisément : « Il conserve aussi sa forme, le sarment séparé du cep ; mais que lui sert cette forme, s’il ne vit point de la racine ? »"
Ce que Grégoire XVI décrivait comme l’opinion perverse de « l’indifférentisme » est en fait un résumé des réalisations du mouvement œcuménique louées par Léon XIV et ses prédécesseurs.
Comme l’observe Léon XIV dans sa nouvelle lettre, l’approche anti-indifférentisme du Concile de Nicée en matière œcuménique a été « actualisée » par l’encyclique
Ut Unum Sint de Jean-Paul II, qui commence ainsi :
"[1.] Ut unum sint! L'appel à l'unité des chrétiens, que le deuxième Concile œcuménique du Vatican a proposé à nouveau avec une détermination si passionnée, résonne avec toujours plus d'intensité dans le cœur des croyants, particulièrement à l'approche de l'An 2000 qui sera pour eux un saint Jubilé, mémoire de l'Incarnation du Fils de Dieu qui s'est fait homme pour sauver l'homme.
Le témoignage courageux de nombreux martyrs de notre siècle, y compris ceux qui sont membres d'autres Eglises et d'autres Communautés ecclésiales qui ne sont pas en pleine communion avec l'Église catholique, donne à l'appel conciliaire une force nouvelle; il nous rappelle l'obligation d'accueillir son exhortation et de la mettre en pratique. Nos frères et sœurs, qui ont en commun l'offrande généreuse de leur vie pour le Royaume de Dieu, attestent de la manière la plus éloquente que tous les facteurs de division peuvent être dépassés et surmontés dans le don total de soi-même pour la cause de l'Évangile. "
Dans ces mots d’introduction, Jean-Paul II affirmait :
• Vatican II a impulsé un nouvel élan vers l’unité des chrétiens.
• Il existe des martyrs non catholiques.
• Des non-catholiques sont en communion partielle avec l’Église catholique.
• Nous avons le devoir d’écouter ces non-catholiques.
• Ces non-catholiques ont surmonté les divisions entre catholiques et non-catholiques par leur « don total de soi pour l’Évangile ».
Déjà dans ces mots d’introduction, on perçoit des signes de l’indifférentisme que Grégoire XVI a condamné dans
Mirari Vos. L’encyclique
Ut Unum Sint de Jean‑Paul II a approfondi les fondements de l’œcuménisme comme suit :
•
Les religions non catholiques sont des voies de salut : [13 §3] "De nombreux éléments de grande valeur (
eximia) qui, dans l'Eglise catholique, s'intègrent dans la plénitude des moyens de salut et des dons de grâce qui font l'Eglise, se trouvent aussi dans les autres Communautés chrétiennes."
•
Les religions non catholiques produisent des saints : "[84 §2]Si, pour toutes les Communautés chrétiennes, les martyrs sont la preuve de la puissance de la grâce, ils ne sont toutefois pas les seuls à témoigner de cette puissance. Bien que de manière invisible, la communion encore imparfaite de nos communautés est en vérité solidement soudée par la pleine communion des saints, c'est-à-dire de ceux qui, au terme d'une existence fidèle à la grâce, sont dans la communion du Christ glorieux. Ces saints proviennent de toutes les Églises et Communautés ecclésiales qui leur ont ouvert l'entrée dans la communion du salut."
•
Les sectes non catholiques sont liées à l'Église par l'union dans le Saint-Esprit : "[11 §2‑3] En effet, les éléments de sanctification et de vérité présents dans les autres Communautés chrétiennes, à des degrés différents dans les unes et les autres, constituent la base objective de la communion qui existe, même imparfaitement, entre elles et l'Eglise catholique."
Dans la mesure où ces éléments se trouvent dans les autres Communautés chrétiennes, il y a une présence active de l'unique Église du Christ en elles. C'est pourquoi le Concile Vatican II parle d'une communion réelle, même si elle est imparfaite. La constitution Lumen gentium souligne que l'Église catholique « se sait unie pour plusieurs raisons » avec ces Communautés, par une certaine et réelle union, dans l'Esprit Saint."
•
L’union entre l’Église et les sectes non catholiques n’est pas rompue : "[11 §1] Évoquant la division des chrétiens, le décret sur l'œcuménisme n'ignore pas « la faute des hommes de l'une et l'autre partie », en reconnaissant que la responsabilité ne peut être attribuée uniquement « aux autres ». Par la grâce de Dieu, ce qui appartient à la structure de l'Église du Christ n'a pourtant pas été détruit, ni la communion qui demeure avec les autres Eglises et Communautés ecclésiales."
•
Les non-catholiques sont « d’autres qui ont reçu le baptême », et non des « frères séparés » : "[42 §1] Par exemple — dans l'esprit même du Discours sur la Montagne —, les chrétiens d'une confession ne considèrent plus désormais les autres chrétiens comme des ennemis ou des étrangers, mais ils voient en eux des frères et des sœurs. D'un autre côté, même à l'expression
frères séparés, l'usage tend à substituer aujourd'hui des termes plus aptes à évoquer la profondeur de la communion liée au caractère baptismal, que l'Esprit nourrit malgré les ruptures historiques et canoniques. On parle des « autres chrétiens », des « autres baptisés », des « chrétiens des autres Communautés »."
Ces idées figurent sans doute parmi celles que Léon XIV avait à l'esprit lorsqu'il écrivit que l'encyclique
Ut Unum Sint « peut être considérée comme un manifeste actualisant les fondements œcuméniques posés par le concile de Nicée »[12 §1]. C'est une manière curieuse d'exprimer le fait que l'encyclique
Ut Unum Sint de Jean‑Paul II rejetait les fondements œcuméniques du concile de Nicée.
Outre les éloges adressés à Jean‑Paul II pour la mise à jour des fondements œcuméniques du concile de Nicée, Léon XIV y ajouta sa propre touche :
"Le Saint‑Esprit est le lien d'unité que nous adorons avec le Père et le Fils. Nous devons donc laisser derrière nous les controverses théologiques qui ont perdu leur raison d'être pour acquérir une pensée commune et, plus encore, une prière commune au Saint-Esprit, afin qu'il nous rassemble tous dans une seule foi et un seul amour."[12 §3]
La traduction : puisque le Saint‑Esprit est le lien d’unité de tous les chrétiens, nous devons dépasser les controverses théologiques qui divisent catholiques et non-catholiques. Apparemment, l’indifférence n’est plus une option. C’est sans doute le plus grand accomplissement à ce jour du mouvement œcuménique initié par Vatican II et quasiment achevé par Jean‑Paul II.
Il est peu de choses plus impopulaires, en présence de nombreux catholiques fervents, que de remettre en question l'héritage de Jean‑Paul II . Les discussions sur l'œcuménisme peuvent donc s'avérer délicates. D'un côté, il est parfaitement clair que le mouvement œcuménique, encensé par Léon XIV, a été un désastre absolu qui a offensé Dieu, conduit des âmes en enfer et vidé les églises catholiques. De l'autre, Jean‑Paul II en fut le plus ardent défenseur, si bien que nombre de ceux qui devraient combattre ce mal qui ronge l'Église sont déterminés à dénoncer quiconque suggère que Jean‑Paul II se soit peut-être trompé sur ce point.
Existe-t-il une solution ? Étant donné que tant de catholiques fervents ne peuvent se résoudre à remettre en question Vatican II, et encore moins Jean‑Paul II, il convient d'envisager une alternative. Ces catholiques fervents qui s'opposent à Léon XIV (mais vénèrent Vatican II et Jean‑Paul II) pourraient certainement citer l'encyclique de Léon XIII du 29 juin 1896 sur l'unité de l'Église,
Satis Cognitum. Partant de ce principe, l'une des meilleures réponses à Léon XIV serait de lui rappeler les paroles de saint Augustin (qu'il prétend vénérer), citées par son homonyme :
"[C]elui qui, même sur un seul point, refuse son assentiment aux vérités divinement révélées, très réellement abdique tout à fait la foi, puisqu’il refuse de se soumettre à Dieu en tant qu’il est la souveraine vérité et le motif propre de foi. « En beaucoup de points ils sont avec Moi, en quelques-uns seulement, ils ne sont pas avec Moi ; mais à cause de ces quelques points dans lesquels ils se séparent de Moi, il ne leur sert de rien d’être avec Moi en tout le reste » (Saint Augustin, Psaume 51, n° 19). Rien n’est plus juste : car ceux qui ne prennent de la doctrine chrétienne que ce qu’ils veulent, s’appuient sur leur propre jugement et non sur la foi ; et, refusant de « réduire en servitude toute intelligence sous l’obéissance du Christ » (2 Co 10,5), ils obéissent en réalité à eux-mêmes plutôt qu’à Dieu. « Vous qui dans l’Évangile croyez ce qui vous plaît et refusez de croire ce qui vous déplaît, vous croyez à vous-mêmes, beaucoup plus qu’à l’Evangile » (Saint Augustin, L.XVII, Contre Faustum Manichaeum, ch. 3)"
Ces paroles de Satis Cognitum suffisent à saper nombre des aspects les plus pernicieux du mouvement œcuménique loué par Léon XIV.
Si nous voulons véritablement remédier à la crise de l’Église, il est essentiel d’affirmer ces vérités. Si nous refusons de les affirmer, nous assisterons sans aucun doute à des « réalisations » encore plus atroces de la part du mouvement œcuménique, jusqu’à ce que Dieu intervienne.Cœur Immaculé de Marie, priez pour nous !