L'analyse de Romain Debluë par Instergurg 2025-11-11 10:58:01 |
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Romain Debluë
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Éric Zemmour ne sait rien, ne connaît rien, ne comprend rien. Il ne parvient à faire illusion que par contraste avec ses confrères qui, eux, savent moins que rien, connaissent moins que rien, et ne comprennent rien à rien. Assurément, il n’existerait pas, si l’époque n’était pas telle qu’il la déplore : ignorante énormément, et inculte considérablement. Il devrait du reste cesser de s’en plaindre, car les grandeurs négatives qu’atteint la nullité intellectuelle des journalistes n’est pas autre chose que la condition de possibilité de cette imposture à quoi il n’a même pas besoin de travailler, puisqu’elle est mécaniquement sécrétée par la seule plongée de cet imbécile dans le bain réactif – au sens chimique du terme – de la sottise ambiante.
Pour preuve : son dernier bidule impubliable quoique publié, intitulé ???????? ???????????????????? ????'???????????? ???????????? ????????????????, et paru dans une collection dirigée par Sonia Mabrouk, ce qui d’ailleurs devrait suffire à faire comprendre que l’on est bel et bien chez les Rantanplans. La collection se nomme : « Pensée libre », et certes les ouvrages qui s'y trouvent publiés ne valent pas beaucoup mieux que les élucubrations de ces « Messieurs de la Libre pensée » que déjà fustigeait Barbey d'Aurevilly.
Je le confesse, c’était la première fois que je lisais un livre d’Éric Zemmour ; j’avais jadis feuilleté, dans une gare, ????????́???????????????????????????????? ????????????????????̧????????????????, que j’avais pieusement renoncé à lire après être tombé pour la dixième ou quinzième fois sur une approximation historique ou bien une massive bourdasse. Il se trouve que ???????? ???????????????????? ????'???????????? ???????????? ???????????????? est très court ; ce n’est pas même un livre, c’est un amas de chapitres qui ont servi d’abord, sauf erreur de ma part, à composer un gros article de revue, puis qui furent par l’auteur un peu enflés et boursouflés, afin de prendre des airs de liasse publiable chez Fayard, où certes l’exigence, littéraire comme intellectuelle, paraît avoir fait désertion définitivement.
D’un mot : malgré quelques critiques superficielles et superfétatoires faites par lui à l’auteur d’????????????ℎ????????????́????, Zemmour est un maurrassien de très stricte obédience. Il n’est pas catholique, « ni même chrétien », comme il le dit d’emblée : l’aveu est tellement criant de vérité que l’on s’aperçoit bien vite de ce qu’il n’a que faire du Christ. Du reste, il n’a que faire de toute religion, en tant que religion. Ce qui l’intéresse, c’est la culture, la civilisation – exclusivement. Le bouddhisme aurait été, par impossible, à la source de la civilisation occidentale, que Zemmour eût été pour lui tout aussi enthousiasme que, en apparence ! il semble l’être pour le christianisme. Zemmour est attaché à des structures symboliques humaines, un ordre humain, une « identité » (comme il le dit à tout bout de champ sans jamais prendre le soin de définir ce concept complexe) humaine ; il est attaché à la figure humaine d’un certain monde, modelé sur un modèle dont il n’a que faire. En somme, il veut l’effet sans la cause ; il rêve, en profiteur positiviste, de pouvoir user et abuser des effets culturels du catholicisme, sans avoir à plier le genoux devant la Précédence sacrée de leur Source. Inutile d’insister, c’est hélas banal, et vieux au moins comme Barrès, que Zemmour cite au début de son livre : « Je rejoins et je défends le catholicisme menacé parce que je suis patriote, au nom de l’intérêt national... Arracher le catholicisme de notre terre, ce serait ébranler tout notre édifice national, toute notre civilisation. Entre le catholicisme et notre civilisation, on ne peut plus distinguer. » Il faut être, je pense, chrétien, pour percevoir toute l’ignominie qui se cache derrière une telle formulation : « je défends le catholicisme […] ???????? ???????????? ???????? ????'????????????????́????????̂???? ???????????????????????????????? ». Barrès, malgré tout, était un homme qui savait le sens des mots : l’expression « au nom de » n’est pas innocente ; pour lui, l’Intérêt national est le ???????????? ???????????????????????? du seul absolu qu’il veut connaître, et le catholicisme n’est que l’un des pseudonymes que, durant l’histoire de l’occident, cet absolu a pris. De son côté, Zemmour écrit : « La France sans le christianisme n’est plus la France. Et je veux continuer à vivre en France. » C’est pour la France qu’il défend (ou croit défendre ! bien plutôt) le christianisme. Mais d’abord, comme l’écrivait Guigues 1er le Chartreux : « il n’est pas besoin de défendre la vérité, c’est bien plutôt la vérité qui vous défendra ». Et puis surtout, le point de vue chrétien ne peut qu’être radicalement inverse : si l’on admet une vocation surnaturelle collective des peuples, la France est ???????????????? le Christ, et non le Christ ???????????????? la France. Ce n’est pas pour « continuer à vivre en France » qu’un chrétien défend non le christianisme mais le Christ, mais c’est parce que le Christ est Dieu, qu’il faut préserver la vocation surnaturelle de la France (laquelle du reste n’est liée nécessairement et exclusivement à aucune race, ni couleur de peau, et pas même à quelque forme culturelle que ce soit).
Nonobstant, ce qui est moins banal, c’est la saisissante ignorance que l’auteur de ???????? ???????????????????? ????'???????????? ???????????? ???????????????? manifeste non seulement de la théologie chrétienne, mais aussi de l’histoire du christianisme. On se demande donc bien, au fond, à quoi Zemmour est tant attaché, puisqu’il est assez clair à le lire que sa culture catholique est si minime, si approximative, si faussée, qu’elle ne trouverait sans doute même pas de formulation mathématique si l’on parvenait à inventer des exposants au néant. Rien là d’étonnant si l’on se souvient que l’un de ses maîtres à penser les plus régulièrement convoqués dans ce petit livre n’est pas un autre qu’Ernest Renan… L’homme, oui, qui voua une partie de sa vie à tenter de faire voir combien il est « évident » que le Christ n’était qu’un homme, éminent certes par ses vertus morales, mais très humain, complètement humain, résolument humain. Il fallait au moins avoir ingurgité les décoctions de crétinisme de Renan pour oser écrire, sans trembler du clavier, une phrase telle que la suivante : « L’Église a fait les rois, qui ont fait la nation, qui a fait la République. » Laquelle formule est au syllogisme ce qu’une excogitation télévisuelle de Michel Onfray est à la ????ℎ????́????????????????́???????????????????????????? ???????? ????’????????????????????????. L’Église a fait les rois : c’est un raccourci, mais il est très acceptable ; les rois ont fait la nation : si l’on veut, mais la nation parachevée en quelque sorte a défait les rois, puisque de Louis XIV à Louis XVI, il n’y a qu’un funeste pas ; enfin : la nation a fait la République, si l’on veut, là encore, mais de même que la nation s’est achevée contre les rois, le République s’est évidemment faite contre les rois et contre l’Église. Il n’y a donc aucun rapport entre le premier et le dernier terme de l’énoncé.
Voilà, parmi d’autres, un exemple d’ineptie historique. Mais ce n’est rien encore, par comparaison avec les grotesqueries suppurées parmi ces pages par l’ignorance théologique d’Éric Zemmour. Voilà par exemple comme il lit saint Paul : « la Loi n’importe guère, les œuvres n’importent guère, le salut ne vient que de Jésus, fils de Dieu, explique saint Paul dans l’Épître aux Romains. » La foncière imprécision qu’emporte le terme « guère » contamine toute la phrase, qui s’effondre sur elle-même. La Loi importe, ou n’importe pas ? Et les œuvres ? Et que signifie ceci : « le salut ne vient que de Jésus » ? Mais comment ? Zemmour aurait-il fait un détour par Luther ?... Comment la Loi pourrait-elle n’importer « guère », puisqu’elle est ???????????????????????????????????? dans le Christ ? D’un bout à l’autre de son bouquin, Zemmour est parfaitement incapable du plus infime commencement d’exégèse intelligente de saint Paul. Sans doute ne l’a-t-il jamais lu, et se contente-t-il de répéter de vieilles leçons – celles de Renan, entre autres.
Et lorsqu’il s’essaie à prendre un peu de hauteur, voilà ce que cela donne :
« Les adeptes de Jésus se divisèrent alors en deux camps, qui devinrent de plus en plus irréconciliables : ceux qui, autour de son frère Jacques, ou de Pierre, adoraient en Jésus le plus grand des prophètes, mais des prophètes juifs, tout en continuant de respecter les obligations légales de la religion de leurs pères ; et les autres, dans la lignée de Paul, qui, estimant que Jésus était une révélation divine rendant caduc tout ce qui l’avait précédée, même la Loi, jetaient par-dessus bord ces contraintes pratiques pour embrasser la seule foi en Jésus, qui de prophète devint Messie, de Messie devint fils de Dieu, et de fils de Dieu devint Dieu. Ceux-ci n’hésitèrent pas, dans leur ouverture vers la société des gentils, à incorporer dans le dogme catholique des éléments venus du paganisme gréco-romain, et en particulier de l’enseignement de Platon, comme le culte de la Trinité ou la résurrection des âmes. »
Je ne m’attarderai pas sur cette idée, plusieurs fois répétée, que la Trinité serait une idée d’origine platonicienne, l’élucubration n’en vaut pas la peine, et il est trop évident que Zemmour ne sait pas ce qu’il dit, n’a pas le moindre commencement de notions de théologie trinitaire, et là encore se contente de glavioter une baliverne ici ou là ramassée. J’ajoute tout de même que le chrétien croit à la résurrection de ???????? ????ℎ????????????, pas à la résurrection des âmes ; car les âmes ne meurent pas ; le chrétien croit à l’immortalité de l’âme, dont la spécificité est qu’elle est immortalité d’une réalité ????????????́????́???? (l’âme), cependant que pour Platon, l’âme pour être immortelle devait être éternelle, c’est-à-dire avoir existé de toujours. Bref, à part les mots, la doctrine platonicienne de l’éternité des âmes, et la doctrine chrétienne de l’immortalité de l’âme, conjointe à celle de la résurrection des corps, n’ont strictement l’une avec l’autre rien à voir. Restons un instant en compagnie de saint Pierre et de saint Paul, autour de qui se créent deux camps « irréconciliables »… Ouvrons la Bible, ce que visiblement ne fait jamais Éric Zemmour, par exemple aux premiers versets de la première Épître de saint Pierre : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon la grandeur de sa miséricorde, nous a régénérés par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour nous donner une vive espérance ». Voilà pour « le plus grand des prophètes, mais des prophètes juifs » : oui, mais le plus grand des prophètes juifs, Jésus Christ, est ???????????????????? le Fils de Dieu, c’est-à-dire Messie. Ce qui suffit à ruiner ce curieux mythe des « deux camps irréconciliables ».
Et cela continue, page après page. Ce ne sont que grandes formules mal écrites, dénuées de sens précis, qui tombent des nuées avec l’élégance de lamantins parachutés par des aviateurs en état d’ébriété : « Avec Vatican II renaît la sempiternelle querelle entre Paul et Pierre, entre ceux qui veulent tout sacrifier pour l’amour du Christ et ceux qui entendent avant tout pérenniser l’autorité de l’Église dans le monde. » Ou encore : « au concile de Nicée en 325 après J.-C., le catholicisme a coupé le cordon ombilical qui le reliait encore à sa mère juive. » Ou encore : « Avec l’islam, ils tiennent leur revanche et renouent avec un monothéisme sémitique pur, débarrassé des complications mythologiques et polythéistes que le génie grec avait introduites à Nicée dans le message évangélique. » Passons sur la confusion entre l’individu et la personne, qui devrait être punie de prison ferme depuis au moins la parution des ???????????????????? ????????́???????????????????????????????????????? de Maritain. Passons aussi sur les contresens historiques tels que : « Et les États européens, celui du roi de France ou de l’empereur d’Allemagne sans oublier celui du roi d’Angleterre, érigés justement sur le modèle de l’Église, résistaient victorieusement aux tentations théocratiques des papes qui, de Grégoire VII à Boniface VIII, avaient avoué l’imprudente ambition de tenir les deux glaives, le spirituel et le temporel, dans leurs seules mains. » Contresens ? Oui, puisqu’à bien y regarder, il est évident que c’est au contraire la papauté qui a dû lutter, particulièrement à partir du XIVe siècle, contre les tentatives d’annexions par le pouvoir temporel des prérogatives du pouvoir spirituel. Même Boniface VIII n’a jamais eu « l’imprudente ambition de tenir les deux glaives dans [ses] seules mains ». Il suffit de lire la Bulle Unam Sanctam pour le comprendre : le glaive spirituel est manié par l’Église, le glaive temporel est manié ???????????????? l’Église. Il y a subordination, mais non appropriation.
J’en passe, et des meilleures. Ainsi, par exemple, de la formulation peut-être la plus démentielle du fallacieux conflit de saint Pierre avec saint Paul : « C’est la sempiternelle querelle qui divise le christianisme depuis l’origine. Identité ou universalisme ? Une loi ou une foi ? Pierre (et Jacques) ou Paul ? Judéo-chrétien ou ami des gentils ? » Cette « sempiternelle querelle » n’existe qu’entre les deux oreilles d’Éric Zemmour. Dans l’Église en revanche, il n’y eu jamais de contradiction entre l’universalisme et « l’identité », entre la loi et la foi, entre saint Pierre et saint Paul, et certainement pas entre le fait de confesser le christianisme, et celui d’être « l’ami » des Gentils… C’est bouffon ; et pourtant, c’est écrit par un journaliste et homme politique réputé parmi les plus cultivés de notre temps. Voilà qui devrait inquiéter, d’abord et surtout les catholiques, plutôt que de les rassurer. Surtout lorsque cet ignare se pique de donner à l’Église, et à la chrétienté (jamais définie) des leçons de morales : « la chrétienté européenne doit accomplir une semblable révolution culturelle. Des évêques aux fidèles, tous doivent comprendre que l’humanisme abâtardi en humanitarisme et l’universalisme abâtardi en mondialisme nous tuent. »
Citons encore, pour le plaisir de la rigolade, ce morceau de bravoure : « Les peuples chrétiens d’Europe deviendront minoritaires sur leur propre sol […] s’ils s’avèrent incapables de renouer avec leur vigueur, leur intrépidité, leur courage passé, à peine tempérés par les « paix de Dieu » et le message charitable des Évangiles imposés par l’Église, dans une sorte de catholicisme viril du Moyen Âge. » Ainsi donc, le Moyen Âge est conçu par Éric Zemmour comme ce temps de « virilité » durant quoi la vigueur, l’intrépidité et le courage des peuples chrétiens étaient « à peine tempérés » par la Paix de Dieu et par l’Évangile « imposés » par l’Église. Oui : l’Évangile ????????????????????????́ aux peuples chrétien par l’Église, et la charité avec, pour « tempérer » la virilité médiévale des croyants européens. Autrement dit, il faut faire renaître un Moyen Âge non seulement totalement fantasmatique, mais qui n'est grand que ????????????????????????́ l'Église et l'Évangile – c'est-à-dire malgré le Christ.
On croit rêver ; peut-être rêve-t-on d’ailleurs, car la Bêtise, cependant qu’elle ne dort jamais, façonne le monde comme l’une de ses rêveries.
Il faut se méfier des « défenseurs » du christianisme qui n’entendent pas de lui le premier mot.
Il faut d’ailleurs se méfier toujours un peu des « défenseurs » du christianisme, car le Christ qui est la Vérité n’a pas besoin d’être défendu – il est, lui, notre défense, non dans ce que nous avons de passagers(y compris dans nos structures symboliques et culturelles), mais dans ce que nous avons d’éternel.
Françoise Richard-mongereau
Merci pour cet éclairage nécessaire au-delà, ou au-dessus (!), des accusations de fascisme et de racisme de M. Zemmour. Le christianisme n'est ni d'ordre politique ni d'ordre social.
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