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"Congar, Tucho, et le nouveau titre de la Vierge Marie pour l’Église synodale"
par Vistemboir2 2025-11-09 17:04:28
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Traduction de l’article de Robert Morrison paru le 8 novembre 2025 sur The Remnant sous le titre : « Congar, Tucho, and Replacing Mary’s Historical Titles with One for the Synodal Church  »
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Le 4 novembre 2025, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi du cardinal Víctor Manuel « Tucho » Fernández a publié Mater Populi Fidelis, une nouvelle « note doctrinale sur certains titres mariaux qui se réfèrent à la coopération de Marie à l’œuvre du salut ». Dès les premiers mots de la présentation du document par Tucho, il apparaît clairement que celui-ci répond à des interrogations formulées depuis des décennies :

"Cette Note répond à de nombreuses questions et propositions parvenues au cours des dernières décennies au Saint-Siège – en particulier à ce Dicastère  – sur des questions liées à la dévotion mariale et à certains titres mariaux."


En réalité, les questions abordées dans ce nouveau document sont examinées depuis des siècles et ont fait l'objet de vifs débats lors du concile Vatican II. Pour bien comprendre ce nouveau document du Dicastère pour la Doctrine de la Foi de Tucho, il convient de saisir le contexte de ces débats. L’entrée du journal d’Yves Congar du 22 septembre 1961 éclaire les enjeux du Concile :

"Le soir, à l’Antonianum (salle des Promotions), discussion du texte même du Chapitre De B Maria V. Je vis là le drame qui accompagne toute ma vie : la nécessité de lutter, au nom de l’Évangile et de la foi apostolique, contre un développement, une prolifération méditerranéenne et irlandaise, d’une mariologie qui ne procède pas de la Révélation, mais à l’appui sur des textes pontificaux. À plusieurs reprises, on m’a dit que la règle de foi n’est pas l’Écriture, mais le Magistère vivant ; que penser des déclarations papales ? Je comprends mieux la réaction de Luther, car c’est la même réponse qu’on lui a donnée. Il a rejeté tous les textes et l’autorité ecclésiastique pour s’en tenir à la seule Écriture." (Congar, Mon Journal du Concile)


Congar (qui a inspiré l’Église synodale de François) s’est rangé du côté de Luther contre les papes dans ce débat ; et le nouveau document de Tucho, sans surprise, prend le même parti, contre une mariologie que Congar qualifiait de « maximaliste ».

"Au début, la discussion fut assez ardue. Heureusement, Laurentin est courageux, mesuré et compétent. Il mène le combat contre le maximalisme. Nous nous disons mutuellement qu’il ne faut pas être TROP antagonistes, de peur d’engendrer pire que ce que nous cherchons à éviter. Deux choses sont certaines, sur lesquelles nous n’avons aucune prise : 1) l’existence des textes pontificaux et des courants mariologiques ; 2) l’existence de plus de 450 demandes d’évêques dans les votes. Ce que nous pouvons faire, c’est œuvrer à l’élaboration d’un texte relativement prudent en cherchant à atténuer certaines tournures de phrase dont les maximalistes se serviraient pour aller encore plus loin."


Ces propos révèlent le caractère tactique et manipulateur de Congar et de ses collègues libéraux au Concile. Malgré ses déclarations d'approbation d'une dévotion mariale minimale, son entrée du 17 septembre 1964 nous éclaire davantage sur sa position concernant la Vierge Marie :

"Je milite, AUTANT QUE JE LE PEUX, contre la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie, car je perçois le danger qu'une telle initiative représenterait."


De temps à autre – comme ici, et lorsqu'il a uriné à deux reprises sur la porte du Saint-Office – Congar laissait tomber le masque, révélant ainsi son manque de foi catholique. Cela ne signifie pas nécessairement que tous ceux qui partageaient son point de vue anti-maximaliste étaient anti‑catholiques, mais il est évident qu'au moins certaines personnalités influentes l'étaient (et le sont encore).

C’est donc dans ce contexte qu’il faut comprendre le nouveau document de Tucho, dans lequel il rejette les titres mariaux de « Corédemptrice » et de « Médiatrice ». Il enrobe son analyse d’un langage théologique et d’un respect apparent pour la Vierge Marie, mais en réalité, il ne fait que gagner du terrain dans le même combat que celui mené par Congar. Son hypocrisie est flagrante dans le passage suivant :

"[22]Lorsqu’une expression nécessite des explications nombreuses et constantes, afin d’éviter qu’elle ne s’écarte d’un sens correct, elle ne rend pas service à la foi du Peuple de Dieu et devient gênante. Dans ce cas, elle n’aide pas à exhalter Marie comme la première et la plus grande collaboratrice dans l’œuvre de la Rédemption et de la grâce, parce que le danger d’obscurcir la place exclusive de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme pour notre salut, le seul capable d’offrir au Père un sacrifice d’une valeur infinie, ne serait pas un véritable honneur pour la Mère."


Par ces mots, Tucho tente de nous persuader que son Dicastère pour la Doctrine de la Foi — le même qui a publié Fiducia Supplicans sur les bénédictions entre personnes de même sexe — se soucie véritablement de la clarté doctrinale et du respect des définitions correctes. Mais qu’entend-il par « foi du Peuple de Dieu » ? Les lecteurs de ce nouveau document savent-ils ce que signifie l’expression « Peuple de Dieu » ? Il serait bien plus aisé de trouver une définition concrète et compréhensible de « Co-rédemptrice » que de « Peuple de Dieu ».

Pire encore, le nouveau document de Tucho propose ce qui semble être un nouveau titre pour Marie, fondé sur le concept de « Peuple de Dieu » :

"Le “oui” de Marie devant le salut de l’archange Gabriel afin que le Verbe de Dieu prenne chair en son sein (cf. Lc 1,26-27), donne à l’être humain la possibilité d’être divinisé. Saint Augustin déclare donc la Vierge “coopératrice” de la Rédemption, insistant à la fois sur l’action de Marie avec le Christ et sur sa subordination à Lui, car Marie coopère avec le Christ afin que « les fidèles naissent dans l’Église » et, pour cette raison, nous pouvons l’appeler Mère du Peuple fidèle."


Cela ne poserait pas nécessairement problème si le concept de « Peuple de Dieu » n'avait pas été un cheval de Troie servant à contourner l'enseignement de Pie XII dans son encyclique Mystici Corporis Christi (§ 22) selon lequel le Corps mystique du Christ est l'Église, à laquelle appartiennent uniquement ceux qui embrassent la foi catholique. Benoît XVI a d'ailleurs fait allusion à cette évolution terminologique fallacieuse dans son discours d'adieu au clergé de Rome du 14 février 2013 :

"[D]ans la recherche d’une vision théologique complète de l’ecclésiologie, entretemps, après les années 40, dans les années 50, quelques critiques du concept de Corps du Christ avaient déjà surgi : ‘mystique’ serait trop spirituel, trop exclusif ; on avait alors mis en jeu le concept de ‘Peuple de Dieu’. Et, justement, le Concile a accepté cet élément, qui est considéré chez les Pères comme l’expression de la continuité entre l’Ancien et le Nouveau Testament."


Puisque ce changement de terminologie a été employé pour résoudre le problème œcuménique — c’est-à-dire pour plaire aux non-catholiques — il ne faut pas s’étonner que l’Église synodale utilise désormais le terme « Peuple de Dieu » pour désigner tous les baptisés. À partir de ce fondement hétérodoxe, l'Église synodale a développé l'idée, manifestement hérétique, que tous les baptisés participent au sensus fidei :

"[22] En vertu du baptême, « le peuple saint de Dieu participe aussi de la fonction prophétique du Christ ; il répand son vivant témoignage avant tout par une vie de foi et de charité » (LG 12). Grâce à l’onction de l’Esprit Saint reçue au baptême (cf. 1 Jn 2, 20.27), tous les croyants possèdent un instinct pour la vérité de l’Évangile, appelé sensus fidei. Il s’agit d'une certaine connaturalité avec les réalités divines, fondée sur le fait que, dans l’Esprit Saint, les baptisés « sont rendus participants de la nature divine » (DV 2). De cette participation découle l’aptitude à saisir intuitivement ce qui est conforme à la vérité de la révélation dans la communion de l’Église. C’est pourquoi l’Église a la certitude que le saint peuple de Dieu ne peut errer dans la foi (…) [23] Par le baptême, tous les chrétiens participent au sensus fidei." (Document final de la session d’octobre 2024 du Synode sur la synodalité)


Il est manifestement faux de croire que le baptême suffit à identifier le groupe de personnes dont les croyances constituent la vraie foi, de sorte que « le peuple saint de Dieu ne puisse se tromper en matière de croyance ». Pour le démontrer, il suffit de constater que plus de la moitié des baptisés (en incluant les protestants, les apostats et les catholiques égarés) rejettent de nombreux dogmes catholiques.

Par conséquent, selon la définition du Peuple de Dieu donnée par l’Église synodale, il serait bien plus juste d’affirmer que « le Peuple de Dieu ne peut collectivement éviter l’erreur en matière de foi ».

Si nous voulons une confirmation supplémentaire du caractère révolutionnaire de ce terme, nous pouvons nous pencher sur la manière dont Congar décrit son impact dans son ouvrage Vraie et fausse réforme dans l'Église :

"Entre 1947, date de la première rédaction de cet ouvrage, et 1950, l'Église – notamment en France – s'efforça de répondre pastoralement à la situation dans laquelle elle se trouvait. Mais certaines initiatives inquiétaient Rome. Pie XII, grand pape, n'était pas fondamentalement opposé au changement, mais il souhaitait un contrôle strict sur toute modification et même que toutes les initiatives de changement lui soient exclusivement destinées. En quelques semaines seulement, Jean XXIII instaura un climat nouveau au sein de l'Église, puis vint le concile. Cette avancée majeure vint d'en haut. Soudain, les forces de renouveau, jusque-là étouffées, trouvèrent enfin le moyen de s'exprimer. Les timides propositions de réforme évoquées dans mon texte de 1950 ont été largement dépassées. Dans l'ensemble, malgré quelques exceptions regrettables, les théologiens jouissent désormais de la liberté nécessaire à leurs recherches et à leurs écrits. Mais plus que tout, deux grands changements caractérisent déjà le climat au sein de l'Église et continueront de le faire de plus en plus : une ecclésiologie fondée sur le « Peuple de Dieu » et l'œcuménisme."


Ainsi, Congar considérait l'« ecclésiologie fondée sur le “Peuple de Dieu” » comme l'un des deux changements les plus importants découlant du Concile. Avec l'Église synodale, nous comprenons maintenant ce qu'il voulait dire.

En définitive, le nouveau document de Tucho fait de la Vierge Marie la mère d'un groupe de catholiques et de non-catholiques théologiquement ambigu, établi en opposition au Corps mystique du Christ. Il serait sans doute plus blasphématoire de l'appeler la « Mère des hérétiques », mais il semble en réalité plus pernicieux de l'appeler la Mère du Peuple fidèle de Dieu, comme le fait Tucho. Il l'appelle en fait la « Mère de l'Église synodale », et c'est pervers.

Il est probable que cette récente offense de Tucho (approuvée d'une manière ou d'une autre par Léon XIV) suscitera une opposition accrue aux erreurs qui rongent l'Église. Mais une telle opposition sera vaine si elle ne s'attaque pas aux racines du problème, qui plongent au cœur même du concile Vatican II. Si nous voulons véritablement combattre la crise qui frappe l'Église, nous devons laisser cette nouvelle manifestation de perversité nous ouvrir les yeux sur la nécessité de rejeter la révolution Vatican II dans son ensemble.
Notre-Dame, Médiatrice de Toutes Grâces, priez pour nous !

     

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