"Les effrayantes propositions du synode italien" par Vistemboir2 2025-11-07 11:56:55 |
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Traduction de l’article de Gaetano Masciullo paru le 6 novembre 2025 sur The Remnant sous le titre : « The Italian Synod and the Chilling New Proposals to Revolutionize the Church »
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« Le vendredi 24 octobre 2025, à Rome, le cardinal italien Matteo Zuppi a célébré les vêpres solennelles selon l'ancien rite lors du traditionnel pèlerinage Summorum Pontificum. C'est un choix intéressant qui, à sa manière, confirme ce que j'ai répété à maintes reprises dans d'autres analyses : sous le pape Léon XIV, on tente de concilier au sein de l'Église deux esprits fondamentalement incompatibles.
Après tout, Zuppi a toujours été – comme François et contrairement à Léon XIV – un révolutionnaire de l'accélération, mais – contrairement à François et comme Léon XIV – un libéral, ouvert à toutes les sensibilités au sein de l'Église. La célèbre devise « todos, todos, todos » de l'ère bergoglienne s'applique en fait davantage à Zuppi et Prevost qu'à Bergoglio lui-même.
Ce qui frappe, c'est le silence remarquable du pape Léon XIV pendant ce pèlerinage, qui a été numériquement important et a marqué un retour puissant de la tradition liturgique au cœur du catholicisme, la basilique Saint-Pierre. L'événement a culminé avec la récitation du Grand Exorcisme par le cardinal albanais Ernest Simoni, presque centenaire et connu pour avoir été torturé et condamné à mort par le régime communiste en raison de sa foi catholique. L'exorcisme a été offert en réparation des divers sacrilèges commis au Vatican, du rituel païen de la Pachamama à la récente profanation du maître-autel par un intrus ivre.
Le silence du pape Léon XIV est frappant. Curieusement, durant ce Jubilé, un seul autre pèlerinage a reçu un traitement similaire : ni soutien explicite ni condamnation. Il s'agissait du pèlerinage LGBT. Il semble que, dans la vision de Léon XIV, traditionalistes et catholiques occupent une sorte de limbes ecclésiales. La véritable question est de savoir qui, le cas échéant, émergera de ces limbes pour devenir pleinement membre de l'Église, et qui y restera – ou en sera encore plus marginalisé. Très probablement, au nom de la fameuse cohésion sacrée, un effort sera fait pour légitimer les deux camps.
Confirmant davantage – du moins en apparence – cette dynamique de deux courants ecclésiaux, le cardinal Matteo Zuppi, l'une des voix les plus progressistes du Collège des cardinaux, a présidé le samedi 25 octobre la présentation, la discussion et le vote d'un nouveau document de l'Assemblée synodale de l'Église italienne. Cette séance s'est déroulée alors que le pèlerinage Summorum Pontificum se poursuivait à Rome. Le document, intitulé Lievito di Pace e Speranza (« Semence de paix et d’espérance »), a été approuvé à une très large majorité, malgré les dissensions exprimées par certains évêques.
La Conférence épiscopale italienne (CEI) a immédiatement précisé que le document n’a pas autorité magistérielle et n’exprime pas le magistère des évêques, mais constitue une expression synodale. De fait, divers représentants des diocèses italiens ont voté lors de l’assemblée – non seulement des évêques, mais aussi des religieux et des laïcs, ainsi que des représentants de différentes institutions. La CEI examinera le document tout au long du mois de novembre, l’utilisant comme point de départ pour de nouvelles orientations pastorales.
Affirmer que le document est une « expression de l’Assemblée synodale, mais non des évêques » est techniquement exact – mais cela ne constitue qu’un prétexte. Il est notoire que derrière les propositions de ce document se cache le trio Zuppi, Castellucci et Savino. Pour ceux qui ne les connaissent pas : Erio Castellucci et Francesco Savino sont deux évêques italiens ultra-progressistes, vice-présidents de la Conférence épiscopale italienne (CEI), respectivement pour l’Italie du Nord et l’Italie du Sud. Fait révélateur – pour ceux qui comprennent l’italien –, un entretien de Savino réalisé à la veille du vote offre un aperçu éclairant de leurs véritables motivations.
Passons maintenant au contenu du document. Quatre propositions devraient concerner non seulement le monde catholique italien, mais l’Église universelle, car la situation en Italie constitue un véritable laboratoire socio-ecclésial. Les décisions prises ici sont destinées à s’appliquer à l’échelle mondiale.
Monde LGBT et diaconat féminin
La première proposition, d'ordre moral, vise à appliquer l'encyclique controversée du pape François, Amoris Laetitia, qui, comme chacun sait, ouvre la voie à la normalisation des couples dits « irréguliers » au sein de la vie sacramentelle. Ces couples englobent non seulement les personnes divorcées et remariées, mais aussi toutes les définitions possibles du couple, y compris les unions de même sexe (bien que, dans ce cas, le terme « paire » puisse paraître plus juste).
Dans le paragraphe intitulé « Tutti, tutti, tutti », il est affirmé que l'Église est appelée à être un signe du Royaume de Dieu par des relations « authentiques et inclusives » qui considèrent la différence comme une source de richesse. La communauté ecclésiale est invitée à accueillir chacun, en dépassant toute logique d'exclusion. C'est pourquoi un accompagnement pastoral est proposé aux personnes vivant des situations affectives et familiales autres que le mariage sacramentel.
Ce qui frappe, c'est la proposition non seulement d'accompagner, mais aussi de reconnaître explicitement « les personnes homo-affectives et transgenres ainsi que leurs familles » – des termes qui reflètent notamment le langage du monde LGBT. L'Église italienne, du moins dans certains de ses cercles décisionnels (principalement des laïcs et des théologiens, plutôt que des évêques), semble adopter cette terminologie, préférant « transgenre » à « dysphorie de genre ». Il est même suggéré d'accueillir les revendications LGBT, même lorsqu'elles contredisent le Magistère catholique et les données scientifiques.
Il est proposé de soutenir les journées citoyennes contre l'homophobie et la transphobie, notamment par des temps de recueillement et de prière. Cela ouvre de fait la porte – même si ce n'est pas explicitement dit – à la possibilité que des prêtres participent à des événements tels que les marches des fiertés. Cependant, une question délicate demeure : quelle sera la position de l'Église face à un prêtre qui, du haut de la chaire, déclarerait que les actes homosexuels sont des péchés contre nature qui crient vengeance au Ciel – autrement dit, punis même dans cette vie ?
Il est proposé que les Églises locales, avec le soutien national et en collaboration avec les ministères de la jeunesse et de la famille, les mouvements, les associations et les organisations civiles, établissent des équipes interdiocésaines ou régionales pour améliorer les « meilleures pratiques pastorales » existantes. Ces équipes seraient chargées de coordonner de nouveaux programmes éducatifs sur les relations, la vie émotionnelle, la sexualité et l’incarnation — en tenant compte de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre — destinés en particulier aux préadolescents, aux adolescents, aux jeunes et à leurs éducateurs.
Propositions pour le diaconat féminin
Bien que le baptême confère une égale dignité aux hommes et aux femmes au sein du Peuple de Dieu, le document constate que les femmes « continuent de se heurter à des obstacles pour que leurs charismes, leur vocation et leur rôle dans la vie ecclésiale soient pleinement reconnus ». Cette disparité, affirme-t-il, compromet le service de l’Église à sa mission commune.
Le Chemin synodal italien a ainsi mis en lumière ces limites, soulignant la nécessité de dépasser les « stéréotypes de genre » et de « promouvoir un leadership ecclésial plus inclusif et participatif ». En redécouvrant les enseignements du Concile Vatican II, il apparaît urgent de « reconnaître des responsabilités réelles et autonomes » aux femmes au sein de l’Église. Ce n’est qu’ainsi que l’on pourra abolir la notion, encore profondément ancrée, d’une « autorité ecclésiale exclusivement masculine ».
Dans cette perspective, l’Assemblée synodale propose la création – sous l’impulsion de la CEI – d’un groupe d’étude permanent sur le rôle des femmes dans l’Église, ainsi qu’un soutien aux projets de recherche théologique menés en collaboration avec les facultés et les associations, afin d’approfondir la question du diaconat féminin, « déjà à l’étude du Saint-Siège ». Autrement dit, l’Église italienne est appelée à poursuivre le débat sur ce sujet jusqu’à sa normalisation et sa légitimation, suivant ainsi le modèle classique de la fenêtre d’Overton.
Nouvelles orientations pour la réforme liturgique
Au-delà des considérations morales, le document aborde également la dimension liturgique. Comme si le débat actuel entre traditionalistes et réformateurs ne suffisait pas, les pères (et mères) synodaux affirment que la liturgie « risque de paraître distante et peu engageante pour de nombreux fidèles » (encore une fois !?).
Pour lui redonner sa valeur originelle d’expérience « vivante, riche de sens et accessible », une nouvelle refonte profonde et globale est jugée nécessaire. Les célébrations doivent permettre aux fidèles de découvrir le mystère tout en accueillant avec attention leurs fragilités physiques, psychologiques, culturelles et sociales. Le Chemin synodal propose ainsi une refonte concrète de la pratique liturgique, structurée autour de quatre axes principaux :
1) Principalement, les Églises locales sont invitées à constituer des équipes composées de personnes aux vocations et charismes divers, capables de préparer les célébrations avec sensibilité et rigueur.
2) La création d’ateliers liturgico-spirituels est encouragée : des parcours de formation conçus pour aider à saisir le sens profond de la liturgie et à expérimenter des formes de célébration plus accessibles et participatives.
3) Les textes liturgiques doivent être révisés, en portant une attention particulière à la langue utilisée dans la traduction de la Liturgie des Heures et du Missel romain, afin qu’elle demeure sobre, belle et culturellement pertinente. Enfin, la CEI devra se concentrer sur l’éducation liturgique des jeunes générations, en proposant le développement d’outils pour « l’alphabétisation liturgique et spirituelle des enfants et des jeunes », voire en envisageant une nouvelle édition du Lectionnaire et du Missel pour les messes des enfants comme porte d’entrée vers le langage rituel.
Propositions pour la gouvernance de l'Église
Le document synodal révèle ici peut-être son aspect le plus inquiétant. Après avoir tenté de démolir la morale catholique et de manipuler davantage la liturgie, le texte vise désormais à redéfinir la structure même de l'Église – le cadre paroissial et diocésain – qui, pendant des siècles, a préservé la foi et la discipline ecclésiale au cœur même du peuple chrétien.
Le document évoque, en des termes apparemment techniques et pastoraux, des « reconfigurations territoriales » et une « pastorale intégrée », mais derrière ces expressions se cache une intention claire : fusionner, consolider et uniformiser. Réduire le nombre de paroisses et de diocèses revient en réalité à diminuer la diversité des voix qui résistent encore à la pensée ecclésiale dominante.
Là où une paroisse autonome pouvait encore servir de bastion de la saine doctrine – un petit refuge pour la Tradition – une communauté consolidée et gérée de manière centralisée s'aligne plus facilement sur les nouvelles directives « synodales », qui ne sont en réalité que la traduction ecclésiale du langage progressiste contemporain.
Derrière le cri de ralliement de la « proximité » se cache un projet d’homogénéisation. L’objectif semble être de passer de la coexistence de sensibilités opposées à l’uniformisation de l’erreur, et non à l’unité née de la vérité. Standardiser l’accompagnement pastoral, aplanir la vie liturgique et coordonner les parcours éducatifs risquent, à terme, de rendre impossible même une saine diversité catholique – une diversité qui a toujours existé, enracinée dans l’unité de la foi et la pluralité des charismes et des expressions locales.
Cela marque un tournant plus profond : l’émergence d’« unités pastorales » et de « communautés de communautés » signale une transformation des structures de pouvoir au sein de l’Église. Sous prétexte d’une crise des vocations, la présence stable des prêtres se réduit, remplacée par des « équipes pastorales », des « coordinateurs laïcs » et des « représentants de la communauté ». De fait, l’autorité est transférée du clergé aux laïcs. Si le discours actuel évoque la synodalité, on assiste en réalité à une laïcisation de la gouvernance ecclésiale. La vision sous-jacente est claire : former une nouvelle classe dirigeante au sein de l’Église – composée de théologiens, d’animateurs et de divers spécialistes – formés aux principes du néomodernisme et prêts à remplacer progressivement le curé traditionnel.
C’est une stratégie subtile, mais en réalité pas nouvelle. De même que les pharisiens, durant les deux siècles précédant la venue du Christ, avaient institué le Sanhédrin pour imposer une interprétation déformée de la Loi mosaïque au service de la classe dirigeante, de même aujourd'hui, les modernistes néo-pharisaïques cherchent à faire du Synode la nouvelle autorité suprême – au-dessus des prêtres et même des évêques. Ils parlent d'« écouter le Peuple de Dieu », mais en réalité, ils visent à substituer l'obéissance au Magistère par l'obéissance à la sociologie ; la voix de l'Église par le tumulte des assemblées.
C'est un paradoxe tragique : au nom de la communion, la hiérarchie est démantelée ; au nom de la mission, la foi s'éteint ; au nom de la participation, le prêtre est dépossédé de son rôle ; et au nom de la synodalité, un nouveau cléricalisme laïc se construit – pire que le précédent. Il en résultera une Église sans pasteurs, mais avec de nombreux administrateurs ; sans autels, mais avec des réunions interminables ; sans doctrine, mais avec d'innombrables documents.
Fusionner les paroisses, consolider les diocèses et créer des comités et des forums de discussion, c'est aussi préparer et faciliter un changement générationnel : les prêtres ne sont plus formés au culte de Dieu et à l'esprit de sacrifice, mais des personnes formées à la gestion et à l'inclusion, élevées dans la conviction que l'Évangile est un projet social plutôt qu'une révélation divine. Dans cette perspective, le prêtre devient un facilitateur, l'évêque un coordinateur, le pape un porte-parole et l'Église une association de promotion culturelle.
Il s'agit, en fin de compte, de la logique de la mondialisation – mais au sens spirituel du terme : une autorité centrale qui décide et des communautés périphériques qui obéissent, le tout au nom d'une « communion » qui, dépouillée de sa substance surnaturelle, se réduit à une simple conformité idéologique.
Le risque – ou plutôt l'intention – est clair : éliminer progressivement toute voix dissidente, tout îlot de résistance, tout gardien de la Tradition. On parle de « réarticulation des communautés », mais en réalité, l'objectif est de réorganiser le Corps mystique du Christ selon des critères pseudo-corporatifs, où l'efficacité remplace la grâce et la planification se substitue à la Providence.
L'Église ne sera véritablement réformée que lorsqu'elle reviendra à ses trois dimensions fondamentales : l'Eucharistie, le Pape et la dévotion mariale. Tout le reste n'est que l'utopie des modernistes qui, sous couvert d'adapter l'Église aux besoins humains, cherchent en réalité à la conformer à la mondanité et à justifier l'homme dans son péché.
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