« LE CHRIST EST LE VAINQUEUR » : Entretien avec Mgr Eleganti par Vistemboir2 2025-11-04 19:59:46 |
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Traduction de l’article de Matt Gaspers paru le 3 novembre 2025 sur The Remnant sous le titre : « ‘CHRIST IS THE VICTOR’: Interview with Bishop Eleganti »
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« On ne peut pas simplement dire que la nouvelle messe en latin est suffisante pour que tout aille bien, ou qu'il n'y a plus de différence notable entre l'ancien et le nouveau rite. L'autel du peuple est une invention considérable, tout comme le renversement du sens de la prière ; la suppression de nombreuses prières sacerdotales afin de mettre davantage l'accent sur le caractère du repas et moins sur celui du sacrifice et le rôle central du prêtre… » - Mgr Marian Eleganti
Comme les lecteurs de Remnant le savent sans doute, Mgr Marian Eleganti a pris la parole lors de la Conférence sur l’Identité Catholique 2025. Son Excellence a abordé le thème de la synodalité, dans le prolongement de sa déclaration percutante sur le sujet publiée cet été.
J'ai eu l'honneur d'accueillir Mgr Eleganti sur ma nouvelle chaîne de podcast pour une interview au cours de laquelle nous avons abordé divers sujets, notamment son parcours monastique et son mandat dans le diocèse de Coire (Suisse), Vatican II et la messe traditionnelle en latin, l'héritage du pape François, l'invasion de l'Église par l'agenda LGBT, et bien d'autres choses encore.
À la suite de notre discussion en direct, Son Excellence a gracieusement accepté de préparer des réponses écrites aux questions que je lui avais envoyées, ce qui a donné lieu à une version condensée de notre interview vidéo (voir la vidéo pour notre discussion complète).
Que Dieu bénisse Mgr Eleganti et suscite davantage de bergers courageux comme lui, qui nourriront le troupeau d'une saine doctrine et d'un exemple saint (cf. Jr 3,15).
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Q : Nous pourrions peut-être commencer par parler un peu de votre parcours personnel. Avant de devenir évêque, vous avez passé de nombreuses années comme moine bénédictin et abbé. En quoi diriez-vous que votre vocation monastique a influencé votre compréhension de la foi et votre ministère épiscopal ?
- Mgr Eleganti : : Elle a grandement influencé ma relation avec Dieu et le Christ. Saint Benoît écrit que les moines ne doivent rien préférer à l'amour du Christ. Il s'agit d'une relation nuptiale avec Dieu. La tradition monastique a grandement façonné ma manière de prier – les Pères du désert, le mouvement monastique. Même en tant qu'évêque, je suis resté une personne très spirituelle, avec un penchant pour le mysticisme.
Q : Pendant votre mandat d'évêque auxiliaire de Coire, vous avez servi sous l'autorité de Son Excellence Vitus Huonder (décédé en 2024), ancien évêque du diocèse (2007-2019), à qui le Vatican avait demandé d' « entamer un dialogue avec les représentants de la Fraternité Saint‑Pie X » et qui avait ensuite décidé de passer sa retraite auprès de la FSSPX. Mgr Huonder vous a-t-il jamais fait part des détails de son dialogue avec la FSSPX ? Son cheminement spirituel vers la Tradition a‑t‑il eu une incidence sur vos opinions ?
- Mgr Eleganti : Mgr Vitus n'a pas discuté de ces questions avec moi. Elles ne figuraient pas à l'ordre du jour du diocèse ni de l'administration diocésaine. Il ne m'a pas non plus influencé dans ce sens. J'ai moi-même des relations avec des membres de la Fraternité Saint-Pie X ainsi qu'avec ceux de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre. Grâce à ces derniers, j'ai réappris l'ancienne liturgie afin de pouvoir leur administrer la confirmation. Ils m'ont demandé de le faire.
Q : Lorsque le pape François a accepté votre démission en février 2021, vous n'aviez que 65 ans, alors que les évêques ne présentent généralement leur démission qu'à l'âge de 75 ans (cf. can. 401 §1, 411). Y a-t-il une raison pour laquelle vous avez choisi de démissionner bien avant l'âge normal ?
- Mgr Eleganti : Bien sûr. Je ne voulais plus faire partie de la direction du diocèse après la démission de Mgr Vitus. Je voulais également m'éloigner des activités quotidiennes de la conférence épiscopale et des comités et conseils ecclésiastiques, où les décisions sont prises à la majorité et où une seule personne comme moi ne peut guère influencer ou changer quoi que ce soit. En fin de compte, je n'y perdais que du temps et de l'énergie. Ma retraite m'a libéré pour de nombreux nouveaux projets. Je passe beaucoup plus de temps avec les fidèles, dans la liturgie et la proclamation, les médias sociaux et l'accompagnement.
Je ne gaspille plus mon temps et mon énergie dans des structures ecclésiastiques qui développent leur propre dynamique et vous occupent constamment, mais qui, en fin de compte, portent peu de fruits durables.
Q : Dans un article publié dans The Remnant, vous vous souvenez avoir été « un enfant de chœur enthousiaste » avant le Concile Vatican II, puis avoir été emporté par « l'euphorie du Concile » après celui-ci. « Jeune homme, expliquez-vous, j'ai soutenu sans réserve le Concile, puis j'ai étudié ses documents avec une confiance inébranlable. Néanmoins, depuis l'âge de 20 ans, j'ai remarqué un certain nombre de choses : la désacralisation de la salle de chorale, du sacerdoce et de la Sainte Eucharistie, ainsi que la réception de la communion, et l'ambiguïté de certains passages des documents du Concile. » Selon vous, quels sont les passages les plus problématiques de ces documents ? Y a-t-il un lien entre ces passages et la crise postconciliaire dans l'Église ?
- Mgr Eleganti : Une réponse précise à cette question nécessite un réexamen détaillé des textes. Nous ne pouvons pas le faire ici. Un exemple central et très significatif de l'ambiguïté conciliaire ou de la nécessité d'une interprétation est le terme clé ecclésiologique « subsistit in » (Lumen Gentium, §8). Pourquoi ne disent-ils pas : « Cette Église (l'Église du Christ) est l'Église catholique » ? Cette expression (subsistit in) nécessite une explication et doit être interprétée correctement afin d'éviter les malentendus ou les instrumentalisation à d'autres fins. D'une manière générale, la vision du Concile sur la société et le monde, sur les autres confessions chrétiennes et les autres religions, était beaucoup trop naïve, trop optimiste, trop peu critique et trop euphémique.
Q : Dans le même article, vous déplorez « la reconstruction assez violente et provisoire de la Sainte Messe dans les années qui ont suivi la conclusion du Concile, qui s'est accompagnée de pertes importantes auxquelles il faut remédier ». Vous mentionnez que, tout en continuant à « célébrer la Sainte Messe selon le nouveau rite, même en privé », vous avez également « réappris l'ancienne liturgie de mon enfance et constaté la différence, notamment dans les prières et les postures, et bien sûr dans l'orientation ».
Le pape Léon XIV, pour sa part, a récemment déclaré que « si nous célébrons la liturgie de Vatican II de manière appropriée, trouvez-vous vraiment une grande différence entre cette expérience et celle-là ? » Comment répondriez-vous à sa question rhétorique, à la lumière de votre propre expérience ?
- Mgr Eleganti : Ce n'est pas aussi simple qu'il y paraît. On ne peut pas simplement dire que c'est à cause du latin, et que tout va bien, ou même qu'il n'y a plus une si grande différence. L'autel du peuple est une intrusion énorme, tout comme le renversement du sens de la prière ; la suppression de nombreuses prières sacerdotales afin de mettre davantage l'accent sur le caractère du repas et moins sur celui du sacrifice et le rôle central du prêtre ; la participation active (participatio actuosa) mal comprise, qui pour les Pères conciliaires signifiait davantage un engagement intérieur, mais pas du tout que les laïcs soient constamment occupés dans le sanctuaire et prennent en charge ou supplantent les tâches du prêtre. Tout cela fait une grande différence quand on additionne tous ces éléments.
Q : À propos du pape Léon XIV, lors de son premier discours officiel devant le Collège des cardinaux, il a appelé les princes de l'Église à « renouveler » avec lui leur « engagement total envers la voie que l'Église universelle suit depuis des décennies dans le sillage du Concile Vatican II ». Il a ensuite présenté Evangelii Gaudium (la première exhortation apostolique du pape François) comme une feuille de route magistrale et concrète pour aller de l'avant, en soulignant « plusieurs points fondamentaux » de ce document. Que pensez-vous de son appel à un « engagement total » envers Vatican II et le programme postconciliaire ?
- Mgr Eleganti : Tout ce qui est attribué au Concile, à son esprit et à ses intentions n'est pas exact. Tout cela devrait être examiné en détail. Je ne vois pas de lien direct et évident entre les documents du Concile et Evangelii Gaudium, tout au plus un lien très ténu. Le pape François avait sa propre compréhension des termes clés du Concile tels que « peuple de Dieu », « mission », « collégialité » (synodalité), « implication des laïcs », « œcuménisme » et « dialogue interreligieux et unité ». Le contexte historique d'Evangelii Gaudium est différent. Ce concile est surestimé. En réalité, il n'avait qu'une vocation pastorale. Mais aujourd'hui, les gens agissent comme s'il s'agissait d'un dogme suprême et contraignant.
Q : L'été dernier, vous avez publié un texte virulent contre la synodalité qui, selon vous, « n'a éveillé l'amour pour Jésus-Christ dans aucune âme. » Au contraire, vous exhortez l'Église à « proclamer l'Évangile au nom de l'amour du Christ ! Proclamez le Christ à une Europe qui s'est détournée de Lui ! Proclamez le Christ à un monde apocalyptique et constamment en proie à de nouvelles guerres ! Parlez de Jésus-Christ plutôt que de synodalité ! »
Il est intéressant de noter que le document final du Synode sur la synodalité (§ 5) stipule que « tout le cheminement synodal […] s'est déroulé à la lumière du Magistère conciliaire. Le Concile Vatican II a en effet été comme une semence jetée dans le champ du monde et de l'Église (...) Le Synode 2021-2024 continue à se nourrir de l’énergie de cette semence et à développer son potentiel... ».
Êtes-vous d'accord pour dire que le soi-disant « chemin synodal » est essentiellement une continuation de Vatican II. ?
- Mgr Eleganti : Non, je ne suis pas d'accord avec cela. On tente de réinterpréter les concepts conciliaires de collégialité et de « communio » différemment de la manière dont les Pères conciliaires les comprenaient, dans le sens de la synodalité actuelle. Les synodes postconciliaires étaient des synodes d'évêques destinés à soutenir le magistère papal à travers la collégialité des évêques avec et sous Pierre (una cum Petro et sub Petro). Il ne s'agit pas de l'égalité anti-hiérarchique de tous les baptisés et du contrôle des évêques par des votes à la majorité.
La synodalité actuelle n'a rien à voir avec cela. Elle constitue même un acte subversif contre l'enseignement ecclésiastique et sacramentel et la fonction de direction des évêques et des prêtres, qui a été reprise des apôtres. Il s'agit ni plus ni moins d'une protestantisation (« anglicanisation ») de la direction de l'Église fondée sur le sacerdoce universel de tous les baptisés.
Q : Avant votre texte contre la synodalité, vous avez publié un article dans lequel vous critiquez « l'idée de fraternité entre tous les peuples, quelles que soient leurs croyances », une idée que le pape François a fortement promue, par exemple dans le Document sur la fraternité humaine qu'il a signé avec le Grand Imam (2019) et dans son encyclique Fratelli Tutti (2020).
Malheureusement, le pape Léon XIV a récemment qualifié le document susmentionné de « modèle clair de la manière dont la synergie religieuse peut faire progresser la paix et la coexistence mondiales », malgré son affirmation erronée selon laquelle « le pluralisme et la diversité des religions [...] sont voulus par Dieu dans sa sagesse, par laquelle il a créé les êtres humains ».
Pourquoi pensez-vous que le pape Léon XIV promeut ainsi l'héritage hétérodoxe de François ? En tant que vicaire du Christ, que devrait-il promouvoir ?
- Mgr Eleganti : Aux documents susmentionnés (2019 et 2020) : Il s'agit d'une naturalisation de l'enfance en Dieu par la foi et le baptême, sans la médiation de Jésus-Christ, comme l'exprime clairement le prologue de l'Évangile selon saint Jean. Cette fraternité est une attaque contre la position absolue du Fils de Dieu, qui sert de médiateur dans notre nouvelle relation avec le Père en tant qu'enfants de Dieu, sur la base de la foi en Lui et du baptême en Son Nom — au Nom de la Sainte Trinité. Tous les hommes sont mes prochains, comme l'enseigne la parabole du Bon Samaritain. Mais pour être frères et sœurs et enfants de Dieu, il faut plus que l'appartenance naturelle à la famille humaine, surtout en tant qu'adeptes de religions qui rejettent et combattent la filiation divine de Jésus et ne reconnaissent pas sa médiation exclusive et universelle dans notre relation avec Dieu, mais sont plutôt prêts à me tuer si je n'accepte pas leur fausse religion. « Quiconque nie le Fils n'a pas non plus le Père ; celui qui confesse le Fils a aussi le Père » (1 Jn 2,23).
Q : Début septembre, un groupe important de personnes LGBT a été autorisé par le Vatican à défiler dans la basilique Saint-Pierre de Rome dans le cadre d'un « pèlerinage » pour l'année jubilaire. Ce spectacle a eu lieu cinq jours après que le père James Martin, SJ, éminent défenseur de la cause LGBT, ait publié un message au sujet de son audience privée avec le pape Léon XIV : « Le message que j'ai reçu est que le pape Léon continuera à faire preuve de la même ouverture d'esprit que François envers les catholiques LGBTQ. » Cette soi-disant « ouverture » est illustrée par la déclaration Fiducia Supplicans (2023), qui a introduit « la possibilité de bénir les couples en situation irrégulière et les couples de même sexe... » (n° 31).
La procession LGBT à travers Saint-Pierre semble symboliser l'invasion de l'Église par ce que l'archevêque Carlo Maria Viganò a appelé « le courant homosexuel en faveur du renversement de la doctrine catholique sur l'homosexualité », en particulier dans la hiérarchie. Vous avez récemment abordé ce grave problème dans un article pour LifeSiteNews. Quelle est votre évaluation globale ?
- Mgr Eleganti : Le Vatican n'aurait pas dû autoriser ce passage de la Porte Sainte, organisé par une association d'activistes qui cherchent à changer l'enseignement de l'Église sur l'homosexualité. Il existe également de sérieux doutes quant à la disposition intérieure de ces soi-disant pèlerins, surtout si l'on considère que le passage de la Porte Sainte est associé à une indulgence plénière. Comment cela est-il possible si l'on ne considère pas la pratique (et non l'inclination) de l'homosexualité comme un péché, comme l'enseigne l'Église ? On ne doit pas défier Dieu. Je pense que le pape Léon XIV n'aurait pas dû rester silencieux sur cette question. L'homosexualité dans le clergé est également un problème majeur qui n'a jamais été abordé ouvertement dans le cadre des agressions sexuelles (cas d'abus). L'éléphant dans la pièce reste invisible.
Q : Lors de votre discours à la Conférence sur l'Identité Catholique de cette année, vous avez fait allusion à l'incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris (2019) et avez décrit la restauration de la cathédrale comme « frôlant le miracle ». « Y aura-t-il également un miracle spirituel ? », avez-vous demandé. « Un retour vers le cosmos chrétien qui contrecarre le chaos dans lequel sombrent de nombreuses régions du monde occidental ? »
Quelles mesures concrètes doivent être prises par l'Église et la société civile pour faciliter le « miracle spirituel » de la restauration ?
- Mgr Eleganti :« Jésus leur répondit : Voici l'œuvre que Dieu demande, c'est que vous croyiez en celui qu'Il a envoyé. » (Jn 6,29). Telle est la réponse sur le plan religieux. Nous devons revenir à la foi en Jésus-Christ. Les chrétiens doivent abandonner leur pensée mondaine et modeler leur vie de foi conformément aux enseignements de l'Église et recevoir régulièrement et correctement les sacrements. Les pasteurs doivent enseigner avec clarté et combattre les erreurs. Chacun doit approfondir sa vie de prière afin de pouvoir recevoir les conseils du Saint-Esprit.
Sur le plan social, un retour au bon sens (raison et rationalité, par exemple, une table n'est pas une chaise) serait approprié, tout comme la protection du mariage et de la famille, et des jeunes qui sont détruits par les théories propagées par les adultes (par exemple, la diversité sexuelle, la sexualisation précoce des enfants, les faux enseignements et les fausses théories à l'école).
Les parents doivent montrer l'exemple de ce qu'ils veulent pour leurs enfants. « Soyez saints, car je suis saint, moiYahweh, votre Dieu » (Lv 19,2). Pour nous, croyants : chacun doit être saint à la place où Dieu l'a mis. Passez deux fois plus de temps en prière que vous n'en passez à travailler. Impliquez la Vierge Marie dans toutes vos décisions et vos luttes spirituelles. Soyez confiants dans la victoire : « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre » (Mt 28,18). Le Christ est le Vainqueur !
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