Très partagé... par Reminescence 2025-10-29 17:49:33 |
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J’attendais avec impatience la naissance d’un fil de discussion à propos de ce film que j’ai eu l’occasion de voir il y a environ deux semaines.
Assurément, il serait un peu risqué de critiquer ce film puisqu’il est encensé par beaucoup de personnes et qu’il fait beaucoup parler de lui. Pourtant, je suis sorti sceptique de la salle de cinéma.
Oui, ce film fait parler de lui et il semble que c’est un réel succès (merci à ceux ayant voulu le censurer, qui ont ainsi permis une diffusion encore plus large du film !). On ne peut que se réjouir de ce que les Français puissent s’approcher de la religion via ce film, et pourquoi pas retrouver de l’intérêt dans cette dernière…
Seulement, c’est peut-être le seul point positif qui me vient à l’esprit, car j’ai trouvé ce film décevant.
Mon avis n’engage que moi et, encore une fois, je ne nie pas les mérites et peut-être même les grâces qui naîtront du visionnage de ce film… Mais je ne veux pas taire le reste, sous prétexte que ce film est un succès, qui plus est touchant le sujet de la religion.
Premièrement, j’ai trouvé très instable le fil conducteur du film : ça peut plaire ou non.
On passe d’un témoignage à l’autre, puis on retourne à l’époque de Marguerite-Marie Alacoque, etc. Pour ma part, j’ai trouvé cela dommage : trop de place me semble avoir été donnée aux témoignages, et si peu à sainte Marguerite-Marie…
J’aurais aimé avoir plus d’éléments biographiques : on ne sait pas grand-chose de sa personnalité, de sa mort, des autres sœurs, mais j’en parlerai un peu plus bas…
Deuxièmement, la manière dont sont présentés les témoignages : j’ai rapidement senti un « parti pris ». On y voit surtout les communautés nouvelles, « charismatiques », même si l’on notera avec joie les quelques interventions de l’abbé Raffray, prêtre de l’Institut du Bon Pasteur…
On y voit surtout ces communautés, et c’est ce dont je parlais à une amie en sortant du film : au final, quiconque voudra se rendre à Paray-le-Monial pour en savoir plus, ou fera des recherches, tombera sur ces communautés. J’ai peur que le lieu, ainsi que le Sacré-Cœur, ou du moins la représentation de ce dernier, deviennent l’apanage des communautés charismatiques…
J’ai trouvé ce film très tourné vers le « ressenti » et le « sentimentalisme » : peut-être un peu ironique puisque je parle de mon avis, qui est aussi basé sur du ressenti justement, mais j’ai trouvé que la musique et les témoignages arrachaient un peu les larmes…
Je conçois totalement que nous n’avons pas tous la même sensibilité ; ce point me semble donc très peu significatif de quoi que ce soit.
Un autre point qui me déçoit, c’est la représentation historique des événements, parfois absente ou presque, puisqu’on ne sait pas grand-chose non plus de sainte Marguerite-Marie Alacoque à la fin du film, qui me semble même parfois erronée : la scène du Crucifiement, sans les deux larrons aux côtés du Christ, sans foule, me semble malheureuse.
Un certain soin a cependant été adopté pour les scènes se déroulant à l’époque de sainte Marguerite, puisqu’il me semble qu’on y voit une messe célébrée comme elle devrait l’être, selon le rite tridentin.
Pour le reste, j’ai ressenti parfois un « trop » : trop d’émotions, de « kitsch » aussi peut-être, même si je n’aime pas trop ce terme.
Finalement, ce film me semble être le reflet de son époque, reflet aussi d’une Église qui, pour certains encore, n’a que 63 ans : beaucoup de sentimentalisme, de mains levées, de joie apparente, mais on y exclut le diable, le mal, le péché, la douleur, le combat spirituel qui s’impose à tous et qui semble parfois si difficile, ainsi que le sujet de la mortification, pourtant primordial quand on lit la vie des saints, telle qu’elle est par exemple présentée dans le bréviaire…
J’ai lu récemment un article sur Aleteia, où l’arrière-arrière, etc., petite-nièce de sainte Marguerite-Marie Alacoque, romancière, affirme, parlant du comportement de son aïeule, qu’elle était « borderline » :
"La représentation de Marguerite-Marie vous paraît-elle fidèle à la réalité ?
Il n’y a rien qui ne soit juste, mais disons que ça m’a paru très édulcoré… C’était quand même une femme qui ne faisait pas dans la demi-mesure en matière de mortification ! Certaines apparitions relèvent même du registre baroque, avec des fantômes et compagnie ! Pour autant, je ne vois pas là une omission coupable des réalisateurs, car c’est moins lié au Sacré-Cœur en tant que tel qu’au mysticisme singulier de Marguerite-Marie.
Et c’est peut-être aussi bien comme ça, car ces pratiques d’auto-flagellation lui ont porté préjudice.
Quand mon éditrice m’a fait faire le tour des locaux de l’Emmanuel en me présentant comme une future biographe de la sainte, la réaction du plus grand nombre était : « Ouh là là ! » Le film gomme le côté borderline de Marguerite-Marie, et c’est tant mieux !
Je suis donc très contente que ce film réhabilite mon aïeule sans générer cette impression de “ouh là là” ! Finalement, c’est une manière de se concentrer sur l’essentiel, donc de lui être fidèle."
Finalement, on y exclut cet aspect de la mortification, très important dans la vie chrétienne, puis on en parle comme d’un trouble « borderline », qui relève donc de la psychiatrie, puisque c’est un trouble de la personnalité. Cela me semble être une incompréhension de la mortification, qui peut être réalisée par quelqu’un d’absolument sain d’esprit, et non dans une optique de « masochisme » !
Après tout, « […] ce qui est folie en Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse en Dieu est plus fort que les hommes. » (1 Co 1, 25).
In fine, je me réjouis de voir ce film attirer les Français dans les salles de cinéma pour le visionner et peut-être les réconcilier, au moins partiellement, avec la religion, en créant — pourquoi pas ? — des questions et des impressions positives, et en faisant monter un fort esprit de cohésion, qui fait que la laïcité française doit voir rouge en ce moment…
Pourtant, je ne me reconnais pas entièrement dans ce film qui m’a très peu parlé, à part peut-être dans les scènes d’époque où l’on voit sainte Marguerite-Marie, et aussi dans les brèves images des soldats poilus qui ont vécu un véritable enfer sur terre…
Du reste, que chacun y trouve son compte !
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