Une parabole de la vigne par Pétrarque 2025-09-05 11:30:19 |
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Depuis 2000 ans, les ouvriers cultivaient une vigne gigantesque sous la direction du Maître.
Très tôt, le Maître avait désigné le premier de Ses serviteurs comme le chef de la vigne, et celui-ci la gouvernait en Son nom. Au fil du temps, certaines parcelles de la vigne furent distraites du domaine, car quelques ouvriers animés d’un zèle désordonné prétendaient administrer la vigne directement au service du Maître, sans suivre les indications du Premier serviteur.
Malgré cela, la vigne croissait, et de nouveaux coteaux étaient peu à peu arrachés à la friche. Le nombre des ouvriers augmentait, même si, de temps à autres, certaines parcelles devenaient malades et qu’il fallait pratiquer des coupes de ceps devenus stériles ou chasser des parasites.
Au bout de presque de 2000 ans, sous la pression de propriétaires voisins séduits par de nouvelles méthodes de culture et des engrais chimiques modernes, espérant un nouveau floraison pour le domaine et des fruits plus abondants, le Premier serviteur pensa, avec ses contremaîtres, qu’il serait peut-être bon d’expérimenter certaines de ces méthodes nouvelles. Il s’agissait de continuer avec les mêmes cépages, mais en essayant de les enrichir de ces engrais récemment fabriqués, de les croiser avec des variétés modernes, supposées améliorer la croissance et la vie des ceps.
Quelques contremaîtres firent savoir que l’idée ne leur semblait pas bonne, qu’aucun des Premiers serviteurs qui s’étaient succédés depuis 2000 ans au service du Maître n’avait jamais pris un tel risque, et que le domaine, administré depuis toujours avec des méthodes naturelles qui s’étaient transmises pieusement de génération en génération avec Sa bénédiction, avait moins besoin de nouveaux engrais que de quelques bonnes coupes de croissance, en prenant toujours garde aux parasites.
Mais le Premier serviteur et la plupart des contremaîtres, acquis à l’idée que le monde évoluait et que la vigne devait elle aussi s’adapter pour ne pas se couper du destin des propriétaires voisins, pensèrent au contraire qu’il fallait généraliser l’emploi des nouveaux engrais.
Les contremaîtres obéirent, et avec eux les ouvriers.
Malheureusement, l’on commença rapidement à constater que des parcelles entières de la vigne devenaient malades. Les feuilles tombaient, les ceps se desséchaient, les raisins étaient de plus en plus amers, le vin nouveau attendu se montrait d'une qualité médiocre et se vendait mal, et, découragés ou dégoutés, un nombre croissant d’ouvriers quittaient la vigne. Certains contremaîtres doutaient bien de la valeur des nouveaux engrais, mais ils poursuivaient dans la direction indiquée par le Premier serviteur. Certains contremaîtres, entièrement acquis aux nouvelles méthodes, allaient jusqu’à tuer sciemment certains ceps en pleine santé.
Le Maître, lui, semblait silencieux, et il paraissait bien difficile à beaucoup de deviner s’Il était d’accord ou pas avec ces méthodes nouvelles.
Peu à peu, l’un des contremaîtres annonça qu’il conserverait pour sa part les méthodes traditionnelles qu’avaient toujours gardées les Premiers serviteurs du passé, et qu’il refusait les engrais nouveaux. Il s’estimait responsable devant le Maître de la parcelle qui lui était confiée, et il ne voulait pas laisser péricliter la vigne. Surtout, il lui semblait qu’il continuait à servir le Maître comme l’avaient toujours demandé les anciens responsables du domaine. Beaucoup de contremaîtres se plaignirent de lui au Premier serviteur, en l’accusant de désobéir et de vouloir désormais cultiver une nouvelle vigne, tandis que d’autres, plus discrets, considéraient en silence qu’il avait peut-être raison, mais sans oser le soutenir ouvertement. Surtout, un nombre croissant d’ouvriers gagnaient cette petite parcelle qui maintenait l’ancienne méthode de culture.
Voyant les ravages que causaient les nouveaux engrais dans le domaine, où les parasites prospéraient et où les clôtures mal entretenues laissaient en bien des endroits entrer les parasites et les ravageurs, certains contremaîtres tentèrent de faire cohabiter la méthode traditionnelle et la méthode nouvelle, et essayèrent, par endroits, de réparer la clôture…
Mais le Premier serviteur et les contremaîtres principaux ne semblaient pas beaucoup y croire et mesuraient mal le danger pour le domaine.
De son côté, le contremaître traditionnel poursuivait son travail, en se détournant des nouveaux engrais, dont les effets néfastes gagnaient de plus en plus de parcelles dans la vigne. Certaines autres résistaient mieux, quelques-unes voyant même de nouveaux ceps donner du fruit.
Un jour, alarmé par les progrès de la maladie et redoutant la colère du Maître, le contremaître traditionnel considéra qu’il était de son devoir de désigner quelques ouvriers de confiance qui pourraient un jour prendre sa place. Mais cette décision était normalement du ressort du Premier serviteur, qui semblait toujours ne pas voir le danger des nouveaux engrais et poursuivait dans leur utilisation intensive. Il refusa de donner ces aides au contremaître traditionnel, mais celui-ci les désigna tout de même, certain de faire la volonté au Maître, et de rester fidèle à ce qu’avaient toujours fait les anciens cadres du domaine.
Le Premier serviteur condamna donc le contremaître désobéissant, et il essaya de dissuader les ouvriers de continuer à le rejoindre. Il accepta bien qu’une petite parcelle abandonne les engrais modernes, mais il défendit aux ouvriers qui la cultivaient d’émettre la moindre critique à leur sujet. Si bien que le raisin redevint effectivement très beau dans cette parcelle, mais les autres contremaîtres et leurs ouvriers continuèrent avec les engrais modernes, sans beaucoup de sympathie pour cette expérience.
Surtout, le danger des nouvelles méthodes de production, qui abimaient les sols, donnaient des fruits beaucoup moins savoureux et un vin bien fade, n’était plus dénoncé que par les ouvriers punis.
Que fallait-il faire pour administrer véritablement le domaine comme le voulait le Maître ?
Fallait-il panacher engrais modernes et méthode traditionnelle ?
Abandonner complètement les intrants chimiques et, sans transition, refaire passer toute la vigne en méthode biologique, au risque de voir bien des ceps et, peut-être, des parcelles entières ne pas supporter le choc du procédé ? Voir des ouvriers désorientés et démotivés par des tels changements de méthodes se révolter, ou quitter la vigne ?
Le Premier serviteur, nouvellement nommé par le Maître, s’arrêta et réfléchit.
Ne fallait-il pas laisser à chacun des contremaîtres, et même à chacun des ouvriers, la faculté de revenir individuellement à la méthode traditionnelle ? Au fur et à mesure, les engrais modernes pourraient peut-être être laissés de côté, d’autant que, depuis le temps, des méthodes respectueuses de la nature de la vigne apparaissaient ici ou là dans le domaine, et qu’elles pouvaient facilement s’accorder aux méthodes biologiques traditionnelles ?
La beauté des raisins ainsi obtenus semblait avoir la préférence du Maître, qui en bénissait la croissance.
Mais rien n’était possible tant que le Premier serviteur ne se décidait pas sauter le pas de ce grand choix...
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