Mot d’envoi du pèlerinage du père Jean-François Thomas : par Alex 2025-06-07 17:56:14 |
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Chers pèlerins,
Vous partez pérégriner sous le regard bienveillant et protecteur de toutes les armées célestes et de la cour des saints. La très Sainte Vierge est émue de tant d’ardeur et de dévotion.
Comme le chante Charles Péguy, votre illustre prédécesseur sur les chemins de la Beauce, lorsqu’il s’adresse à Notre-Dame :
"Vous nous voyez marcher sur cette route droite
tout poudreux tout crotté, la pluie entre les dents
Nous allons devant nous les mains le long des poches
sans aucun appareil, sans fatras, sans discours
d’un pas toujours égal, sans hâte ni recours
Vous nous voyez marcher nous sommes la piétaille
nous n’avançons jamais que d’un pas à la fois".
Chers pèlerins, vingt siècles de France chrétienne vous précèdent, peuples et rois, saints et pécheurs, martyrs et soldats, pauvres et riches, puissants et petits. Sur vos épaules repose cet héritage de tant de prières, de tant de sacrifices, de tant de charité.
Il y a de quoi trembler en recevant à votre tour un tel trésor.
Aussi, lancez-vous, sans crainte, avec respect, en laissant sa juste place au silence, à la contemplation, en évitant les bavardages, en écartant une attitude superficielle car le divertissement n’a pas ici sa place.
Vos souliers soulèveront la poussière ou s’enfonceront dans la boue.
Le ciel vous enverra pluies et soleils. Et vos pieds endoloris deviendront peut-être la première preuve de votre amour de Dieu.
Vous méditerez sur le règne de Notre Seigneur au ciel et sur la terre. Vos douleurs, votre effort, vos mortifications seront des petites pierres participant modestement à la construction de cet édifice.
La grande falsification du monde ne date pas d’aujourd’hui, même si nous possédons plus de moyens pour commettre le mal que nos lointains aïeux.
Cette procession qui va relier la Très Sainte Vierge de Paris, patronne de la France en son Assomption et Notre-Dame, au milieu des champs et des blés, s’inscrit à la suite de ce que proclamait déjà le prophète Isaïe :
Qu’ils sont beaux sur les montagnes les pieds du messager, qui publie la Bonne Nouvelle de la Paix, de celui qui annonce le bonheur qui publie le Salut, de celui qui dit à Sion : "Ton Dieu règne"
Chers pèlerins, à notre époque polie, hérétique, tant de déconstructions de tout le message chrétien, résistances diaboliques à la révélation, chaque pas effectué par une simple sentinelle contribue au règne de Dieu, qui est effectif, même s’il n’est pas reconnu et accepté.
Il dépend de chacun d’entre vous de prendre son élan en ces jours de marche joyeux et spartiates.
Il ne faudrait pas ensuite faiblir dans cet envol. Et beaucoup va se jouer en ces heures qui vous attendent dans la façon dont vous intérioriserez chaque instant, dont vous offrirez chaque désagrément, chaque inconfort.
Emmagasinez les forces spirituelles et les nourritures de l’âme pour résister, dans un monde souvent hostile, qui veut diviniser l’homme, qui cherche à unifier tous les peuples en une tour de Babel et qui rêve de construire sur terre un paradis à l’opposé de Dieu.
Votre pèlerinage bien vivant est un témoignage du refus de s’agenouiller devant les maîtres de cette terre et leurs œuvres de mort. Mais ne vous y trompez pas. Le Malin saisit chaque occasion, même les plus saintes, pour essayer d’avancer ses pions. Alors, demeurez sur vos gardes, par l’attention du cœur, par la fréquentation des sacrements, par l’ancrage dans la prière, par l’exercice de la pénitence. Saint-Pierre ne cesse de nous avertir. Souvenez-vous :
« Soyez sobres, veillez, votre adversaire le diable comme un lion rugissant rôde autour de vous, cherchant qui dévorer. Résiste-lui, ferme, dans la foi ».
Charles Baudelaire, ce torturé du surnaturel, avait bien résumé la situation de nos siècles malades, en précisant que la plupart des gens croient en Dieu mais ne l’aiment pas, tandis qu’ils aiment le diable auquel ils ne croient pas.
Au cours de votre pèlerinage, serviteurs du règne de Dieu, reprenez la méditation des deux étendards dans les exercices spirituels de Saint Ignace de Loyola car il s’agit de l’éternel combat de l’histoire des hommes et de chaque histoire personnelle. Le Souverain est vrai capitaine, le Christ Notre Seigneur se tient en humble place avec l’armée des pêcheurs repentants que nous sommes. Tandis que Lucifer, sous son aspect terrifiant, réunit, avec ses troupes de démons, tous les hommes soucieux d’honneurs, de plaisirs et de gloires mondaines. Il faut choisir un camp, celui de Dieu, biens chers, et s’y fixer, cahin caha, clopin clopant.
Saint-Augustin, rescapé du péché et de l’hérésie ne regarde plus que la cité de Dieu et il nous conseille ainsi, je cite :
« Nous sommes des voyageurs. Qu’est-ce que voyager ? Je le dis en un mot : avancer. Que toujours te déplaise ce que tu es pour parvenir à ce que tu n’es pas encore… Avance toujours, marche toujours, ajoute toujours. Ne demeure pas en chemin, ne recule pas, ne sort pas de la route. Il demeure immobile, celui qui n’avance pas. Mieux vaut un boiteux sur la route qu’un coureur hors de la route. »
Admirable. Chers pèlerins, les ténèbres qui sont tombées sur la terre, comme le soulignait déjà Pie XII en 1939, ne sont pas une fatalité, tant que des âmes humbles et fidèles demeureront, même comme un petit reste. Ne nous égarons pas et demeurons dans ce cortège incessant en route vers le paradis.
Que ces trois jours fassent déboucher sur la résurrection.
Chers pèlerins, serrez dans votre besace les richesses de la tradition et glissez-y aussi les intentions pour l’Église et pour le souverain pontife Léon XIV. Soyez des boiteux paisibles, enthousiastes, tout tournés vers le ciel.
Que la Très Sainte-Vierge vous protège dans son manteau de miséricorde, que les anges et tous les saints accompagnent vos chants et soutiennent vos pas. Que le Règne de Dieu envahisse vos cœurs.
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