Article de Gaetano Masciullo paru le 21 mai 2025 sur le site The Remnant sous le titre : «The Concept of Doctrine in Leo XIV » (Traduit avec l’aide de Deepl.com)
Le 17 mai 2025, dans la Salle Clémentine, le Pape Léon XIV recevait les membres de la Fondation Centesimus Annus pro Pontifice, une organisation vaticane qui promeut l'étude et la diffusion de la doctrine sociale de l'Église. S'exprimant précisément à ce sujet, le pape a profité de l'occasion pour préciser ce qu'il entendait par « doctrine ».
Ce thème semble très important, voire fondamental, compte tenu de l'urgence et de la pertinence que le Pape Léon accorde au concept d'unité. Comme il l'a lui-même déclaré le 19 mai, lors d'une rencontre avec les représentants des différentes religions réunis à Rome pour la messe inaugurale de son pontificat, la veille : « Nous reconnaissons que cette unité ne peut être qu'une unité dans la foi » et en outre : « Notre communion se réalise en effet dans la mesure où nous nous convergeons vers le Seigneur Jésus. Plus nous lui sommes fidèles et obéissants, plus nous sommes unis entre nous ».
Ces paroles sont de bon augure pour l'avenir, dans la mesure où l'unité est comprise comme l'unité dans la vérité, et non comme une confédération de diverses doctrines religieuses - une Église réduite à une sorte d'ONU des religions.
Le pape Léon a explicitement déclaré que la doctrine de l'Église « n'est pas la même chose qu'une opinion ». Or, si la doctrine catholique n'est pas une opinion parmi d'autres, cela signifie qu'elle est une certitude. Cette première précision marque une rupture importante avec ce qui a souvent été répété ces dernières années, notamment par les plus hautes sphères de la hiérarchie de l'Église. Que veut donc dire le pape Léon lorsqu'il parle de « doctrine » ?
« Peut-être qu’en entendant le mot doctrine, nous pensons immédiatement à la définition classique : un ensemble d’idées propres à une religion. Et cette définition nous donne le sentiment de manquer de liberté pour réfléchir, remettre en question, chercher des alternatives.
Il est donc urgent de montrer, à travers la Doctrine sociale de l’Église, qu’il existe un autre sens — prometteur — au mot doctrine, sans lequel même le dialogue devient vide. Ses synonymes peuvent être « science », « discipline » ou « savoir ». Ainsi comprise, chaque doctrine est le fruit d’une recherche et donc d’hypothèses, de voix diverses, d’avancées et d’échecs, à travers lesquels elle tente de transmettre un savoir fiable, structuré et systématique sur un sujet donné. »
À l'instar des théologiens catholiques médiévaux, nous devons nous aussi nous réapproprier la théologie en tant que « science », c'est-à-dire en tant que discours raisonné sur Dieu d'abord, puis sur le monde et sur l'homme à la lumière de Dieu. De même qu'une science naturelle se développe à partir de données certaines et évidentes fournies par les sens, de même la doctrine catholique part de données dignes de confiance, à savoir la Révélation, ce que Dieu lui-même a fait connaître à l'humanité en Jésus-Christ.
Ce parallèle entre la foi et la doctrine, et entre la doctrine et l'argumentation, est profondément catholique et profondément biblique. L'Écriture elle-même déclare que «
la foi est la substance des choses qu'on espère, une conviction
de celles qu'on ne voit point » (Heb 11,1). En définissant la foi comme
argumentum, l'Auteur sacré souligne l'importance d'approfondir - avec l'aide de la grâce - à la fois les prémisses et les implications des vérités révélées, qui résonnent dans tous les aspects de la vie individuelle et sociale.
Même saint Pierre, le premier pape, souligne dans son épitre que le chrétien ne doit pas imposer la vérité sans charité à ceux qui ne croient pas, mais qu'il doit persuader et démontrer que la religion catholique n'est pas déraisonnable ; au contraire, elle perfectionne et comble l'intelligence humaine : « [
Soyez]
toujours prêts à répondre mais avec douceur et respect, à quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous » (1 Pierre 3,15). Pour satisfaire la soif de vérité de l'homme, il est nécessaire de connaître le dépôt de la foi «
d'une manière fiable, ordonnée et systématique ».
Dans cette perspective, le concept de « dialogue » prend un sens différent - un terme dont les théologiens libéraux et les modernistes ont beaucoup abusé au cours des deux derniers siècles, le réduisant à un pitoyable échange d'impressions personnelles sur la divinité, où chacun accepte la position de l'autre sans chercher où se trouve la vérité. Il ne s'agit pourtant pas d'un dialogue authentique, que l'Écriture elle-même promeut, comme elle le dit : «
Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, (...)
Venez et discutons ensemble » dit le Seigneur. (...)
Si vous obéissez de bon cœur, vous mangerez les biens de votre pays » (Is 1,17-19).
Le dialogue n'est pas un concept contraire au catholicisme traditionnel ; en fait, il fait partie de sa nature même. Le catholicisme s'est répandu dans les premiers siècles non pas par la violence de la domination ou de l'épée, mais par le pouvoir de la vérité qui, soutenue par la grâce, s'adresse à l'intellect et amène librement l'âme à l'assentiment par la persuasion, comme l'enseignera saint Thomas d'Aquin des siècles plus tard. Il n'en va pas de même pour d'autres religions, comme l'islam ou le protestantisme, qui se sont répandues par l'épée et la violence des pouvoirs séculiers.Le catholique ne peut ignorer les raisons de sa foi et il est appelé à transmettre, dans la charité, les raisons - c'est-à-dire les arguments - de sa foi. Ainsi, la doctrine catholique n'est pas un monolithe froid, un simple paquet à accepter ou à rejeter dans le vaste supermarché des religions, mais - comme l'a dit le Pape Léon lui-même - «
un savoir fiable, structuré et systématique ».
Le dialogue doit avoir pour but la persuasion. Il ne doit pas simplement convaincre
l'intellect, mais préparer la
volonté à l'action de la
grâce, qui seule donne la foi. Nul ne peut dialoguer avec un non-chrétien en exigeant avec arrogance qu'il se convertisse immédiatement à ses affirmations. Surtout, parce que Celui qui convertit vraiment les cœurs, c’est Dieu seul, et que l'homme n'est qu'un instrument - même s'il est efficace - de sa Parole. Tous les catholiques sont appelés à vivre comme saint Jean-Baptiste, le modèle des croyants : «
Je suis la voix de celui qui crie dans le désert » (Jn 1,23) - une voix, pas la Parole elle-même.
C'est pourquoi la vérité et la charité doivent toujours être unies dans l'enseignement et le témoignage de la foi catholique. En effet, le Seigneur lui-même a utilisé cette méthode avec l'humanité : en Se révélant à Israël à travers l'histoire, et surtout dans le Christ Jésus, Il a constamment expliqué les raisons de Sa Loi et de Sa doctrine.
Lorsque l'autorité touche à la fois l'esprit et le cœur du sujet, elle suscite la docilité et l'obéissance.Nous voyons la même dynamique anthropologique à l'œuvre au sein de la famille, dans la relation entre le père et le fils. Saint Jean Bosco, fondateur de ce que l'on pourrait appeler la quintessence de la pédagogie catholique, a enseigné aux éducateurs et aux parents que, pour être véritablement entendue par les jeunes, l'instruction doit reposer sur trois piliers : la religion, la raison et l'affection. Si l'un de ces piliers vacille, la mission même de l'éducateur - et, par extension, de l'évangélisateur - est vouée à l'échec.
Le pape a déclaré :
« L’endoctrinement est immoral, il empêche le jugement critique, porte atteinte à la liberté sacrée du respect de la conscience - même erronée - et se ferme à de nouvelles réflexions parce qu’il rejette le mouvement, le changement ou l’évolution des idées face à de nouveaux problèmes. À l’inverse, la doctrine, entendue comme une réflexion sérieuse, paisible et rigoureuse, veut d’abord nous enseigner à nous approcher des situations, et avant tout, des personnes. De plus, elle nous aide à formuler un jugement prudentiel. Ce sont la rigueur, le sérieux et la sérénité que nous devons tirer de toute doctrine, même de la Doctrine sociale. »
Si l'endoctrinement est l'imposition de la vérité sans charité - c'est-à-dire sans fournir les « raisons de l'espérance » dont parle saint Pierre, ou sans permettre patiemment aux semences de la vérité de prendre racine dans le cœur humain selon le temps et les circonstances de Dieu (cf. 1 Co 3,6) - alors il est certainement immoral.
Le chrétien doit
respecter la conscience des autres, même si elle est erronée. Mais soyons clairs : respecter une conscience erronée ne signifie pas la
justifier. Si le jugement d'un frère est erroné, il doit être reconnu comme tel.
Corriger l'erreur, avertir le pécheur, enseigner l'ignorant ou conseiller le sceptique sont de précieuses œuvres spirituelles de miséricorde. Respecter une conscience erronée signifie - comme l'étymologie même du mot « respect » l'indique - regarder attentivement, c'est-à-dire accompagner et favoriser la croissance de la vérité dans le cœur humain. L'Écriture elle-même nous met en garde : «
Prendrai-je plaisir à la mort du méchant,--oracle du Seigneur Yahweh? N'est-ce pas plutôt à ce qu'il se détourne de ses voies et qu'il vive ? » (Ez 18,23).
Saint Augustin enseigne que l'homme peut tout faire contre sa volonté, mais qu'il ne croit qu'en voulant. Or, la volonté ne peut être contrainte. On ne peut donc forcer un homme à la foi que par la vérité. Et comment la semence de la vérité sera-t-elle plantée dans le cœur de l'homme si ce n'est par la charité ?
De plus, saint Thomas d'Aquin enseigne que l'imposition aveugle et irrationnelle d'idées, sans respect de la liberté de la conscience humaine, est contraire à la dignité de l'homme créé à l'image de Dieu, c'est-à-dire libre et rationnel. Cependant, la conscience - surtout lorsqu'elle est erronée - doit être éclairée et corrigée avec charité, selon la vérité. Toute action fondée sur la conscience n'est pas juste, mais toute conscience doit être respectée dans son orientation fondamentale vers le bien.
Saint Thomas ne défend pas la liberté de conscience au sens moderne, condamnée à juste titre par le Syllabus de Pie IX et par d'autres documents magistériels. Cette liberté, que les modernes présentent même comme un « droit », présuppose que tous les jugements que la conscience humaine est capable de formuler sont de valeur égale, ce qui ne peut pas être le cas. Saint Thomas, en revanche, enseigne qu'il faut tolérer avec prudence l'erreur d'autrui, afin de ne pas créer un scandale plus grand, non seulement chez l'individu qui se trompe, mais aussi et surtout dans la société.
«
Parmi les infidèles, écrit saint Thomas, il y en a qui n'ont jamais reçu la foi, comme les païens et les juifs. Ceux-ci ne doivent en aucun cas être forcés à croire, car croire est un acte de volonté.
Cependant, si cela est possible, les fidèles doivent les empêcher de faire obstacle à la foi, ni par des blasphèmes, ni par des persuasions diaboliques, ni par des persécutions ouvertes. C'est pourquoi les fidèles du Christ font la guerre aux infidèles, non pas pour les forcer à croire (car même s'ils les vainquaient et les capturaient, ils les laisseraient libres de décider de croire ou non
), mais pour les empêcher de faire obstacle à la foi chrétienne ». (S.Th., II-II, q.10, a.8)
Aujourd'hui, nous vivons à nouveau dans une société païenne. Beaucoup de ceux qui se disent officiellement chrétiens ne le sont pas vraiment, parce qu'ils ne connaissent rien de la doctrine catholique et, en fait, ont été élevés non pas avec une éducation à la foi, mais avec une formation gnostique qui leur a été donnée par les écoles publiques, les États, les parents et même les paroisses. Même ceux qui commettent formellement l'apostasie et abandonnent l'Église catholique ne peuvent pas vraiment être considérés comme des apostats ou des hérétiques, car un apostat est quelqu'un qui a autrefois connu et professé la foi catholique dans son intégralité. Aujourd'hui, cependant, la majorité de ceux qui quittent le catholicisme le font parce qu'ils ne l'ont jamais vraiment connu ou l'ont confondu avec une spiritualité faible et puérile, incapable de donner un sens à la vie.
Le Concile Vatican I a également hérité de cet enseignement thomiste : il condamne infailliblement ceux qui nient la liberté de l'assentiment à la foi (cf.
Dei Filius, canons, sect. III, n° V)-3-. En définitive, l'homme ne croit pas parce qu'il est contraint par une force extérieure - ni par l'État, ni par les autres - ni simplement parce qu'il est convaincu par des arguments purement rationnels, mais parce qu'il veut croire et que cette volonté est poussée par Dieu, qui assiste l'homme avec la grâce initiale.
À une époque où l'identité catholique risque souvent d'être diluée par des compromis ou par la crainte de paraître exclusive, les paroles du pape Léon XIV, lues à la lumière de la Tradition, offrent l'occasion de redécouvrir une doctrine vivante, accueillante à la raison et capable d'éduquer à une liberté authentique et à une foi salvatrice. Cependant, il est nécessaire de rester vigilant afin que ce langage ne soit pas mal compris ou déformé par des interprétations mondaines ou médiatiques.
Toute évolution n'est pas une véritable continuité avec ce que les Apôtres ont transmis, et toute écoute n'est pas non plus un véritable dialogue au sens catholique le plus complet. Seule une Église qui connaît clairement - de manière fiable, ordonnée et systématique - le contenu de sa foi peut la proclamer et l'enseigner de manière efficace et avec charité.