Lu dans le "Père Jerome" d’Anne Bernet par Diafoirus 2024-08-01 11:44:48 |
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Père Jerome d’Anne Bernet : page 411
Quand on est jeune religieux, on suppose que la vie intérieure deviendra, avec les années, de plus en plus facile, et que, lorsque la vieillesse arrivera, on aura plus besoin d’aucun adjuvant pour aller à Dieu. Par expérience, je puis vous certifier qu’il faut vous attendre à la progression contraire. Certes, une proportion de plus en plus grande de livres et de prédicateurs m’ennuie, mais je sens toujours plus la nécessité de me nourrir de tout ce que j’ai amassé. Alors si j’avais moins amassé ? Avec le temps, bien des attraits recréer baissent et Dieu ne compense pas en envoyant des douceurs ; l’effort personnel, est toujours aussi nécessaire. Heureux, le moine qui, par une lecture, continuée tout au long de la vie, trouve alors assez de bois pour entretenir le feu.
La tentation d’abandonner, la vie d’oraison est aussi fréquente après trente ans de fidélité qu’après deux ans. Mais, si on sait beaucoup, l’âme reste bien orientée. Les certitudes acquises réconfortent l’âme, même si les jarrets sont nerveux.
Persévérer dans l’oraison. Sans elle, pourquoi reste moine ? Les heures d’oraisons s’accumulent, et on a l’impression de ne pas en profiter, c’est-à-dire de ne pas avancer vers Dieu, ni d’être plus fort en vertu. Mais s’agit-il de cela ? Pour moi, l’oraison en valeur par elle-même, et non pour le profit qui peut en découler. Réserver à Dieu seul un temps de notre vie, si éphémère, poser devant le tabernacle, dans une attitude d’adoration, d’imploration ; y revenir avec la fidélité d’un ami ; par le fait, même, témoigner qu’on croit à l’existence de Dieu, à Sa présence, à Sa souveraineté, à Sa paternité : rien de cela ne peut être inutile.
On croit que notre humanité se perd, faute de charité fraternelle ! Quelle erreur ! Notre humanité se perd par manque de vertu de religion. Trop rares sont les humains qui rendent réellement à Dieu ce devoir de religion qui est pour l’homme, la seule attitude de vérité et la condition du Salut. D’ailleurs, Dieu, lui-même se charge bien de le montrer aux intéressés : chaque fois que les chrétiens prennent une initiative pour aller au secours du prochain, Dieu permet que les marxistes fasse dix fois plus dans la même voie par simple solidarité humaine. Est-ce donc cela que Dieu demanderait de nous ?
Mais soumettre réellement notre âme à Dieu, reconnaître qu’Il est à tout instant, le Seul qui nous soit nécessaire, et le Seul qui nous donne tout… Pour cela il n’y a personne. Pourtant, le christianisme est une religion. Une religion requiert la vertu de religion. La vie religieuse requiert la vertu de religion dans une mesure plus grande. Et la vertu de religion a pour objet de nous faire donner à Dieu tout ce que nous Lui devons continuellement. L’oraison est l’exercice éminent de la vertu de religion, et non un moyen d’acquérir des vertus morales.
Lettre au père, P, Ier mars 1961.
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