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"Éduquer au sacré, une urgence ?"
par Cristo 2024-06-11 14:00:09
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beau texte ! A dédier à tous les éducateurs !




Éduquer au sacré, une urgence ?

chronique
Essayiste, chroniqueur pour La Croix
Dans cette chronique, Jean de Saint-Cheron s’interroge sur notre rapport au « sacré » et sur ce qui nous fédère en tant que Français. Écologie pour certains, valeurs chrétiennes pour d’autres, il estime que le « sacré » s’est vidé de sa transcendance, et qu’il ne renvoie donc à rien d’autre qu’à lui-même.

Jean de Saint-Cheron, le 10/06/2024

Si, comme l’a affirmé Ernest Renan, l’existence d’une nation est un « plébiscite de tous les jours », nous avons le droit d’être inquiets. Or nombreux sont ceux qui désignent, depuis quelques années, une cause à ce redoutable affaiblissement des liens qui unissent les Français pour les constituer en une nation chaque jour plébiscitée.

Cette cause, qui menacerait plus gravement l’unité de notre nation républicaine, ce serait la perte du « sacré ». Nous aurions perdu le sens du sacré qui était notre référentiel commun. Et il faut le retrouver absolument, si nous voulons continuer à être français ensemble.

On voit bien qu’émerge aujourd’hui, avec l’écologie, la planète Terre prenant la place du transcendant incontestable, une nouvelle forme de sacré. Mais le problème, c’est qu’à ce jour le général de Gaulle et la Résistance mis à part, et peut-être, dans une moindre mesure, l’équipe de France de football lorsqu’elle remporte la Coupe du monde, les camps ne semblent pas être d’accord sur le sacré qui nous fédère.

En quête de sacré…
Pour les uns, « la liberté, c’est sacré » ; mais on voit bien comment la lecture contemporaine de ce qu’est la liberté confine à un individualisme absolu, dont les combats prétendument universels sont essentiellement égoïstes. Pour d’autres, ce sont les racines chrétiennes de la France qui sont sacrées ; mais on voit alors surgir le risque énorme d’un identitarisme matériel, sclérosant autant que clivant, dont l’irréalisme passéiste n’a pas le moindre avenir.

Pour d’autres encore, c’est la France en tant que terre d’accueil de tous les persécutés et de tous les malheureux de la terre qui est sacrée, et on voit là combien l’absolutisation d’une telle idée, aussi noble soit-elle, se retrouve un jour ou l’autre dans une impasse. Pour d’autres, enfin, conformément à l’article 17 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, c’est la propriété qui est le seul « droit inviolable et sacré ».

… sans transcendance
Le problème, c’est que plus personne ne croit à la transcendance. Plus personne ne peut donc se réclamer sérieusement de l’existence de quelque chose d’absolument supérieur à l’homme, qui le précède et le devance, et obtient son humilité confiante. Or le sacré sans transcendance ne renvoie à rien d’autre qu’à lui-même. C’est une idolâtrie, un paganisme où chacun vénère son petit dieu, son rite, son principe, sa manière de faire, sa vision des choses.

L’Évangile avait opéré pourtant un renversement absolu du sacré : non seulement les rites, prières et objets de la Loi y étaient désignés comme n’étant pas sacrés, et encore moins saints, en eux-mêmes. Ils étaient de simples signes renvoyant à l’exercice de l’amour. Signes d’autant plus modestes que l’on comprend que le Dieu que personne n’avait jamais vu, éternel et tout-puissant, s’est désacralisé lui-même en se faisant enfant, prophète, condamné à mort ? Un homme que non seulement l’on touche, mais qu’alternativement on embrasse ou frappe.

Mais se réclamera-t-on de l’Évangile en 2024 ? Une fois de plus, Charles Péguy avait tout compris : ce qu’il faut d’abord retrouver, c’est la confiance sacrée de l’enfance, dans les salles de classe : « La République et l’Église nous distribuaient des enseignements diamétralement opposés. Qu’importait, pourvu que ce fussent des enseignements. Il y a dans l’enseignement et dans l’enfance quelque chose de si sacré, il y a dans cette première ouverture des yeux de l’enfant sur le monde, il y a dans ce premier regard quelque chose de si religieux que ces deux enseignements se liaient dans nos cœurs et que nous savons bien qu’ils y resteront éternellement liés. Nous aimions l’Église et la République ensemble, et nous les aimions d’un même cœur, et c’était d’un cœur d’enfant, et pour nous c’était le vaste monde, et nos deux amours, la gloire et la foi, et pour nous c’était le nouveau monde.»


Jean de Saint-Cheron


LIRE LES COMMENTAIRES
Thérèse F 11/6/24 - 10h30
La dimension première du sacré, elle est intime. Je suis habituée des piscines de Lourdes comme hospitalière, et j'ai été souvent frappée par le comportement des jeunes filles indiennes ou tamoules avant le bain : elles sont silencieuses, concentrées, présentes à un acte qui les dépasse et les habite en même temps. J'ai vu un certain nombre de jeunes européennes face à la même situation, capables de se trémousser, de ricaner, avec un air mal à l'aise qui fait de la peine pour elles ne comprenant absolument pas le caractère de l'acte qu'elles accomplissent, dans sa simplicité paradoxale. Le dépouillement et le recueillement permettent d'ouvrir ce chemin-là dans le coeur des personnes. Mais sans cette dimension intérieure, il me semble que l'appel au sacré risque bien de rester superficiel, artificiel ou manipulatoire. Ou même le premier pas d'un chemin vers le fanatisme.

Santiago 11/6/24 - 8h06
Ce n’est pas d’éducation au sacré dont nous avons besoin mais à la charité.
Santiago 11/6/24 - 7h56
P.S : ce n’est peut-être pas une éducation au sacré dont nous avons besoin mais une éducation à la charité
Santiago 11/6/24 - 7h52
Peut-être faut-il pour y voir plus clair s’entendre sur les mots : L’anthropologue René Girard a bien mis en évidence la relation entre le sacré d’origine humaine et sa violence. Et le philosophe phénoménologue et théologien ( amateur comme il se définit lui-même) Jean Luc Marion a repris la notion de révélation en montrant qu’elle est la manifestation de Dieu par lui-même et qu’elle est la seule source de transcendance crédible . Je ne vois pas très bien comment on peut encore mélanger le divin et le sacré…

Dubiosus 11/6/24 - 0h12
Difficile de parler du sacré sans le définir et le confronter à son opposé. Le sacré, c'est d'abord le séparé. On aimerait aussi voir situer le sacré par rapport au saint, autre notion à definir elle aussi. Quant au sacré transcendant, on aimerait bien aussi en avoir une définition ou des exemples. Les faux semblants ne sont pas obligatoirement seulement du côté des non-croyants, qu'ils soient ou non écologistes.

Spav 10/6/24 - 21h32
Merci et bien vu, en effet, pour Charles Péguy. Le problème est que les gens votent de moins en moins pour la République (ou l'Europe) : ils s'abstiennent de plus en plus. Et qu'en même temps ils ne votent quasi plus pour Jésus, Christ et Seigneur, en allant avec régularité à la messe. La foi et la raison partent donc à vau-l'eau, et les seuls à s'en réjouir il me semble sont les démons et les dictateurs.

Joseph Bouchez 10/6/24 - 21h03
Merci de ces réflexions. Les débats à l’Assemblée nationale de la semaine dernière, invitaient à considérer que l’homme, à l’approche de la mort, peut réévaluer les choses et entrer dans une certaine phase d’intériorisation et de découverte du sacré. Même si « la lecture contemporaine de ce qu’est la liberté confine à un individualisme absolu », comme vous l'écrivez, constatons qu’à l’Assemblée nationale elle-même, on revendique l’entrée possible dans une prise de recul, dans une spiritualité, à l’approche de la mort. L’abandon progressif de diverses forces et la prise en considérations, avec un regard différent, de la faiblesse, de la vulnérabilité et de l’ouverture à ce qui nous dépasse , concernerait tout homme, toute femme, qui vit ces situations de « dépouillements » qui nous conduisent à considérer différemment les choses, les êtres, les relations et cette relation que certains nomment la relation à la Transcendance. Et les débats qui portaient sur l’aide à bien mourir, convergeaient pour dire qu’une telle aide doit être aussi une aide à vivre une relation spirituelle. C’est ce que j’ai compris dans les articles aux pages https://www.la-croix.com/france/aide-a-mourir-un-collectif-denonce-une-rupture-democratique-et-ethique-20240607 et https://www.la-croix.com/a-vif/l-aide-a-mourir-nest-pas-lapanage-de-ceux-qui-veulent-accelerer-la-mort-20240311 où la dernière phrase mentionne : « C’est à aider à vivre jusqu’au bout de sa vie que – du sommet de l’État au simple citoyen – nous devons nous employer. » Il serait dommage cependant d’attendre ces derniers moments pour aider nos voisins, nos enfants à découvrir de telles perspectives qui nous dépassent. Mentionner à nos enfants, à nos voisins nos regards d’admirations, d’étonnements sur certaines situations, est déjà un « partage », une ouverture faite à autre chose qu’à nos espaces utilitaires et limités. Enseignant en établissement d’État, je mentionnait parfois à mes étudiants, en amphi, mon admiration de la beauté de découvertes, de réalisations techniques ou sociales et même de la journée qui commence et qu’il nous est donné de vivre. Des mois ou des années plus tard, des étudiants me disaient apprécier ces « ouvertures » sur l’au-delà de l’immédiat matériel.


https://www.la-croix.com/a-vif/eduquer-au-sacre-une-urgence-20240610

     

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