Mémoires de Ponce Pilate, Anne Bernet, éd. Ephata, par Diafoirus 2024-03-27 22:50:30 |
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Ponce Pilate s’est-il converti ?
Qui est vraiment Ponce Pilate et quel fut le destin de celui qui ne put empêcher la crucifixion du Christ ? Entretien avec l’historienne Anne Bernet, auteur des Mémoires de Ponce Pilate, roman historique qui paraît en édition de poche.
Que savons-nous de fiable sur Ponce Pilate ?
Anne Bernet : Tout le monde connaît Pilate car il est nommé dans le Credo de Nicée. Pourtant, au XIXe siècle, certains mettaient en doute son existence, en prétextant le manque de sources.
Le fait est que l’essentiel de ce que nous savons vient des Évangiles : ils relatent bien sûr son dialogue avec le Christ mais évoquent aussi un épisode politique de sa procurature, la répression d’une émeute provoquée par des pèlerins galiléens lors de la Pâque de 29 – si l’on s’en tient à la date du 7 avril 30 pour la Passion, qui permet de faire coïncider les différents événements.
Mais nous possédons d’autres sources scripturaires : une citation laconique dans les Annales de Tacite confirmant qu’il fut préfet de Judée sous Tibère. Pilate est également présent dans les écrits de Flavius Josèphe qui évoquent les méthodes des différents administrateurs romains en Judée, et livrent de précieux détails sur sa procurature : affaire des aigles profanant le Temple, construction de l’aqueduc de Jérusalem, écrasement du soulèvement samaritain en 36 ap. J.-C. Enfin, l’archéologie a prouvé une fois pour toutes l’existence de Pilate en ramenant au jour des inscriptions portant son nom et des deniers frappés par ses soins.
Vous insistez sur le contexte historique et politique pour expliquer la lâcheté de Pilate lors de la Passion du Christ…
Dans l’imaginaire collectif, Pilate est le lâche qui se lave les mains du sang du Juste et refuse d’assumer ses responsabilités. Cette interprétation n’est pas fausse mais ce jugement doit être nuancé. En effet, bien qu’il incarne la puissance romaine, Pilate n’est pas libre de ses actes. Il demeure sous la surveillance du gouverneur de Syrie qui peut casser ses décisions, et sous celle de Rome qui peut le destituer. Or, sa procurature, entre 26 et 36, correspond à la tentative de prise du pouvoir par Séjan, favori de l’empereur Tibère, retiré à Capri et qui ne règne plus. Séjan liquide ceux qu’il soupçonne de pouvoir empêcher son usurpation, à commencer par les membres de la famille impériale, même éloignée. Or, il est possible que l’épouse de Pilate, Claudia Procula, soit une cousine de l’empereur. Dans ces conditions, Pilate risque bien plus que son poste ou la disgrâce : un faux pas, et il peut être exécuté sans jugement. Sa femme et ses enfants aussi. On voit bien, dans les Évangiles, que Pilate essaie de sauver Jésus, et qu’il use de tous les moyens juridiques à sa disposition. Il n’abandonne qu’après le cri du pharisien anonyme : « Si tu le relâches, tu n’es pas l’ami de César. » Il a saisi la grave menace sous-entendue. Dans ces conditions, sauver Jésus réclamerait un héroïsme dont des chrétiens ne seraient pas toujours capables, bien qu’en possession de la grâce baptismale…
Sa rencontre avec le Christ le change à tout jamais ?
Est-il possible qu’au cours de son dialogue avec Jésus, l’un des plus longs des Évangiles, Pilate ait pu ne pas être intimement remué ? Certes, Anatole France a imaginé dans une nouvelle que Pilate, devenu vieux, ne se souvenait pas de cet événement, minime à ses yeux. Mais cette lecture positiviste est contredite par les évangélistes. À la place de Pilate, la plupart des magistrats romains auraient signé sans états d’âme l’ordre d’exécution. Or Pilate – et c’est son drame – va s’impliquer dans cette affaire et tenter, s’improvisant avocat de la défense, de trouver un moyen de libérer l’innocent. À ses risques et périls, et luttant aussi longtemps qu’il le peut. De même, il accepte de restituer le corps du Christ à ses proches, ce qui est contraire aux usages. Refuser une sépulture à un supplicié est en effet une aggravation de peine classique. Là encore, il agit sous le coup d’une émotion dont je veux croire qu’elle ne l’a plus lâché.
suite https://www.france-catholique.fr/ponce-pilate-sest-il-converti.html
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