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retour sur le sacrifice du colonel Arnaud BELTRAME
par Cristo 2024-01-22 10:35:53
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à l'heure où s'ouvre le procès de l'attaque terroriste qui l'a fait connaître :


Julie Grand, otage libérée par Arnaud Beltrame : « Il ne cherchait pas à mourir en martyr »
Entretien Le 23 mars 2018, Julie Grand (son nom a été changé), caissière au Super U de Trèbes (Aude), est prise en otage par un terroriste avant d’être libérée par Arnaud Beltrame, qui sera tué. L’assaillant, Radouane Lakdim, est abattu lors de l’assaut du GIGN, mais le procès de sept personnes de son entourage doit débuter à Paris le 22 janvier. Dans Sa vie pour la mienne, sorti en librairie mercredi 10 janvier, elle livre un témoignage de résilience et de foi.
Propos recueillis par Alice d’Oléon et Clémence Houdaille, le 10/01/2024

Julie Grand, otage libérée par Arnaud Beltrame : « Il ne cherchait pas à mourir en martyr »

La Croix : Vous publiez mercredi 10 janvier un ouvrage, Sa vie pour la mienne, dans lequel vous témoignez de ce qui est arrivé à Trèbes (Aude) le 23 mars 2018, où vous avez été prise en otage par un terroriste, avant d’être libérée grâce à l’intervention du colonel Arnaud Beltrame. Pourquoi témoigner aujourd’hui ?

Julie Grand : Je le dois à Arnaud Beltrame, c’est mon devoir de lui rendre justice et hommage.

Avant ce 23 mars 2018, vous êtes une athée « dure-dure », qui n’a reçu aucune éducation religieuse. Vous êtes ce jour-là confrontée à un terroriste qui vient de tuer au nom de sa foi. Comment vivez-vous cela ?

J. G. : Ce que je vois, c’est un gamin paumé, dont la colère et le manque de repères ont été récupérés pour en faire un assassin. Au début, je ne sais pas encore qu’il a tué des gens. Je me répète que ce n’est qu’un « petit con » comme j’ai déjà pu en croiser, quelqu’un dont il ne faut pas exciter la colère.

C’est donc au moment où il vous raconte les crimes déjà commis et vous explique qu’il veut « une confrontation avec les flics et sa mort en martyr » que vous commencez à comprendre la gravité de la situation.

J. G. : Oui, jusque-là, je comprenais à la manière dont il parlait de sa mère ou de sa sœur qu’il avait encore du respect pour les femmes et les petites gens dont je faisais partie. La situation s’est envenimée quand les forces de l’ordre sont arrivées. On était dans l’encadrement de la porte, cinq gendarmes se sont mis en ligne en face de nous, le canon de son arme a commencé à trembler sur mon crâne. Je sentais que les coups allaient fuser.

Et là, Arnaud Beltrame s’est détaché et j’ai entendu cette voix qui disait « Vos gueules les gars, reculez, je prends ». Cela a été un immense soulagement. Je sentais bien que c’était une attitude de négociateur, que ses mots étaient très finement choisis. Il n’y avait pas de provocation mais une ouverture au dialogue.

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Arnaud Beltrame ne me faisait pas de signe, pas de clin d’œil, il ne m’adressait pas du tout la parole. Il répétait simplement « La petite dame, il faut qu’elle parte elle n’y est pour rien », ajoutant « moi je représente l’État, je vais m’avancer ».

En tant que professionnel, il avait beaucoup plus de chance de s’en sortir vivant. Il ne cherchait pas à mourir en martyr. Il a décidé de passer outre les procédures qu’il connaissait parfaitement, et pour cela il fallait une très grande intelligence et beaucoup de courage. Là, à cet instant précis, les balles allaient partir et pour sauver le civil, c’était la seule solution logique. Il a été au bout de son engagement professionnel et de son sens du devoir.

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Le soir, j’ai appris qu’il avait été blessé. Le lendemain qu’il était mort. C’est une terrible injustice, des hommes d’exception sacrifiés comme cela, c’est un énorme gâchis.

Quel était votre rapport à la foi avant l’attentat ?

J. G. : J’étais presque méprisante envers les « cathos », qui étaient pour moi dans l’erreur. Je n’étais entrée dans une église que pour l’aspect patrimonial, mais je n’étais pas du tout entourée de croyants. Je n’ai d’ailleurs rien su de la foi d’Arnaud Beltrame pendant longtemps. Ce n’est qu’en 2021 lorsque j’ai osé aller rencontrer le chanoine de l’abbaye de Lagrasse qui m’avait contactée en 2018 que j’ai appris quel avait été son chemin de foi.

Cela a-t-il marqué le début de votre conversion ?

J. G. : Le père Jean-Baptiste Golfier m’avait écrit une lettre très simple, me disant qu’il connaissait bien Arnaud car il le préparait au mariage. Mais j’avais alors tendance à se méfier des prêtres, je ne lui avais donc pas répondu. Quand je suis retombée sur son courrier en 2021, quelques-unes de mes barrières avaient déjà commencé à tomber. Le tout premier petit caillou vers la foi a été le livre de Boris Cyrulnik sur la résilience, dans lequel il constate que les personnes qui pratiquent une forme de spiritualité se remettent généralement mieux des épreuves de la vie que les autres.

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Par la suite, certains amis pourtant très scientifiques et rationnels m’ont raconté avoir accepté la foi. Il y a eu aussi l’institutrice de ma fille qui m’a donné une médaille miraculeuse. Lorsqu’elle me l’a offerte, j’ai étouffé un sanglot parce que cette main tendue, c’était comme si Marie me disait « Viens ». Cette institutrice est plus tard devenue ma marraine quand j’ai reçu le baptême, à Pâques, l’an dernier.

Vous employez l’expression « accepter la foi », qu’entendez-vous par là ?

J. G. : Pour moi, il s’agit d’accepter que Dieu existe, d’accepter son amour, son existence, sa présence.

Vous écrivez que l’arrivée de la foi dans votre vie n’a pas eu l’effet d’une « baguette magique » ?

J. G. : Ce serait mensonger de prétendre que depuis, tout s’est éclairé. Cela demande des efforts personnels. On a encore nos choix à faire, nos erreurs aussi. Si c’était le chemin évident qui résout tous les problèmes, il y aurait moins de liberté à l’emprunter.

De fait après l’attentat, vous êtes entrée dans une spirale d’épreuves…

J. G. : Je me suis séparée de mon compagnon. Je me suis retrouvée seule avec ma fille, logée dans un appartement d’urgence dans une cité de Carcassonne. Chaque mois, je devais faire face à une épreuve avec le fonds de garantie, ou avec le juge des affaires familiales pour me battre pour la garde de ma fille. J’ai perdu de nombreux amis et j’ai vécu dans une solitude qui ne faisait que s’accentuer.

Et puis un jour, vous avez formulé une prière particulière…

J. G. : C’était un jour de grande détresse. Je suis allée à l’abbatiale, et j’ai fait une prière d’abandon. En m’adressant au Christ, en invoquant mon père, mes ancêtres, Arnaud. Je leur ai demandé de l’aide. Je leur ai demandé de me guider, de me dire ce qu’il fallait que je fasse pour m’en sortir. Je leur ai aussi demandé de m’aider à témoigner parce que j’en avais déjà extrêmement besoin à cette époque-là. Mais j’étais incapable d’écrire une ligne.

Vous commencez alors doucement à remonter la pente ?

J. G. : À partir de ce jour-là, petit à petit, j’ai fait de très belles rencontres. Je pense à des discussions magnifiques avec des religieuses, mais surtout à la rencontre d’avec celui qui est ensuite devenu mon mari, qui m’a vraiment aidée à me remettre en mouvement, me proposant d’aller à la mer, d’aller à Lourdes. J’ai appris à me rouvrir aux autres, à refaire confiance, à refaire des projets.

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Je suis cependant devenue quelqu’un de très angoissé et catastrophiste. Dès qu’on est dehors, que je n’ai pas ma fille sous les yeux, que mon mari rentre tard…, j’imagine toujours le pire. J’essaye de me raisonner mais je me demande souvent où je me cacherais si ça commençait à tirer dans tous les sens. J’ai appris à prier dans ces cas-là, pour m’apaiser.

Justement, qu’est-ce que la foi a changé dans votre vie ?

J. G. : J’ai appris à exprimer de la gratitude pour les petites choses. Je n’avais pas autant d’amour dans le cœur avant. Au fur et à mesure que je me suis approchée du baptême, je me suis aussi autorisée à me rendre sur la tombe d’Arnaud Beltrame, je m’en suis enfin sentie digne. Jusque-là, je n’avais été lui dire au revoir qu’à la chambre funéraire, pour le remercier, mais je n’avais encore jamais osé aller me recueillir sur sa tombe.

La découverte de la foi et du message du Christ ont-elles éclairé ce que fut la vie d’Arnaud Beltrame d’une nouvelle façon ?

J. G. : Oui car cela lui donne une pureté d’âme, une attitude d’autant plus chevaleresque. Mais je ne veux surtout pas qu’on pense qu’il a agi comme un illuminé, je me méfie des mauvaises récupérations que certains pourraient faire de la foi qui l’animait. J’étais là, et j’ai vu un homme agir selon son sens du devoir, un homme qui, je l’ai appris plus tard, était heureux dans sa profession et était sur le point de se marier. Il n’avait aucune raison de vouloir sacrifier sa vie.

Il allait épouser religieusement Marielle Beltrame. Elle aussi vous a écrit une lettre dans laquelle elle vous exprime : « À travers ce terrible événement… je crois que Dieu veut vous faire savoir… combien votre vie a du prix. »

J. G. : Marielle Beltrame est une femme d’exception, comme son mari. Elle est d’une infinie délicatesse et ne cherche absolument pas la lumière des projecteurs. Son premier mouvement à mon égard a été de m’écrire pour m’inviter à ne pas culpabiliser. Elle voulait que je comprenne que son mari avait agi selon ses valeurs, qu’il n’avait fait que son devoir et que la vie devait continuer. Sa foi est telle qu’elle parle du pardon et qu’elle est persuadée que son mari a réussi à convertir l’âme du terroriste avant de mourir et que lorsqu’elle le retrouvera au ciel, ce dernier sera là, lui aussi, grâce à Arnaud.

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Et vous, est-ce que vous imaginez un jour accorder votre pardon à ce terroriste, ou l’excuser ?

J. G. : Des excuses, je lui en ai déjà trouvé beaucoup. Mais le pardon… ce n’est vraiment pas facile. Disons que cela reste une marge de progression !

Julie Grand, Sa vie pour la mienne, Éd. Artège, 10 janvier 2024.


https://www.la-croix.com/religion/julie-grand-liberee-par-arnaud-beltrame-il-ne-cherchait-pas-a-mourir-en-martyr-20240110





« C’est la foi que portait en lui Arnaud Beltrame qui m’a amenée à trouver Dieu » confie l’ex-otage de Trèbes
arnaud beltrame
BERTRAND GUAY I AFP


Cécile Séveirac - publié le 05/01/24

Sauvée par Arnaud Beltrame lors de l'attentat de Trèbes en 2018, Julie Grand s'est exprimée pour la première fois sur ce drame qui a marqué sa vie. Auteur du livre à paraître "Sa vie pour la mienne" (Artège), elle évoque également son parcours de conversion à la foi catholique.
Cinq ans après le drame, le souvenir d’Arnaud Beltrame demeure indélébile dans l’esprit de Julie*. Cette quadragénaire était caissière du Super U de Trèbes lorsque Redouane Lakdim, 25 ans, s’est introduit dans le supermarché et l’a prise en otage après avoir tué d’abord Christian, le boucher, puis Hervé, un client, chacun d’une balle dans la tête. La suite, tragique, tout le monde la connaît : après s’être proposé en otage à la place de Julie, Arnaud Beltrame, 44 ans, perd la vie. Pour la première fois depuis cet attentat, Julie s’est confiée, auprès du Figaro et de TF1, le 4 janvier.

« C’était un homme d’exception. Ce n’est pas juste que l’on perde une personne comme lui », confie-t-elle ainsi à TF1. « Je sentais le canon de l’arme sur mon crâne, et je sentais aussi que dans l’esprit du terroriste, je n’existais plus, je n’étais plus qu’un pantin. (…) Je pensais mourir à ce moment-là. » La délivrance, inattendue et que beaucoup considèreront risquée, n’arrive qu’avec le lieutenant-colonel Beltrame. « J’entends : “Vos gueules, reculez, je prends !”, puis “Prends-moi à la place de la petite dame, elle n’a rien fait. Je représente l’État, on va discuter” », se souvient Julie.

C’est la foi que portait en lui Arnaud Beltrame qui m’a amenée à trouver Dieu, je me suis dit que, si cet homme d’exception croyait en Dieu, alors il fallait que j’aille voir ce qu’il en était.

Se décrivant comme une « athée dure-dure », c’est par le geste d’Arnaud Beltrame et le témoignage de Marielle avec laquelle il devait se marier le 9 juin 2018, que Julie va progressivement trouver la foi catholique. Le gendarme avait eu un itinéraire spirituel teinté de paradoxes. Initié à la Grande Loge de France, il s’était ensuite converti au catholicisme sur le tard, alors âgé de 33 ans. « Dieu est arrivé dans ma vie comme les cailloux du petit Poucet, de manière discrète », confie Julie au Figaro. Pour elle, c’est bien à Arnaud Beltrame qu’elle doit sa conversion : « C’est la foi que portait en lui Arnaud Beltrame qui m’a amenée à trouver Dieu, je me suis dit que, si cet homme d’exception croyait en Dieu, alors il fallait que j’aille voir ce qu’il en était ».


S’appuyer sur la prière
Julie se voit offrir une médaille miraculeuse, se rend à son tour à l’abbaye de Lagrasse. Séparée de son premier mari, elle rencontre son deuxième époux dans sa paroisse. Progressivement, elle s’immerge totalement dans une vie de foi qui la conduit à demander le baptême. Elle le reçoit à Pâques 2023. Pas de guérison psychologique « spectaculaire » cependant, tient-elle à tempérer. Sa vie est loin d’être redevenue un fleuve tranquille, mais elle s’accroche à la prière. « J’ai une dette envers lui [Arnaud Beltrame, ndlr]. Je me dois de donner tout ce que j’ai comme amour. C’est pour cela que je prie. La prière me ramène vers la lumière. »

*Prénom modifié pour préserver l’anonymat

Pratique :

Sa vie pour la mienne, de Julie Grand, à paraître le 10 janvier 2024, Artège, 180 pages, 16.90€.


https://fr.aleteia.org/2024/01/05/cest-la-foi-que-portait-en-lui-arnaud-beltrame-qui-ma-amenee-a-trouver-dieu-confie-lex-otage-de-trebes/

     

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