Supercherie et pompe à fric - Rappel historique par DumVolviturOrbis 2024-01-11 01:08:37 |
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Ce prêtre défunt fait partie de l’Eglise catholique chrétienne, appellation suisse de l’église autocéphale plus connue sous le nom de Vieux-catholiques ou d’Union d’Utrecht.
Ce mouvement voit son origine dans une contestation de l’autorité romaine dès le 18e siècle. Dans les Pays-Bas de l’époque, ravagés par le protestantisme et le jansénisme, l’Eglise d’Utrecht est créée et rejette la bulle Unigenitus de Clément XI. Plus tard la contestation du Concile Vatican I et du dogme de l’infaillibilité pontificale aboutira à la constitution des Vieux-catholiques en 1871. Ce courant s’implantera dans l’ancien Saint-Empire, en Suisse et en Autriche. En 1889 le rapprochement de l’Eglise d’Utrecht, des Vieux-catholiques et de l’Église néo-gallicane de Loyson aboutit à la création de l’Union d’Utrecht. Cette nouvelle Eglise autocéphale prendra rapidement des positions très libérales : libre choix de la confession, langues nationales dans la messe, communion sous les deux espèces, abandon du célibat des prêtres, puis ordination des femmes, mariage des divorcés, bénédiction des couples homosexuels, etc.
L’Eglise catholique chrétienne de Suisse a une histoire assez particulière et son destin est étroitement lié au Kulturkampf qui sévissait en Suisse et menait une véritable guerre aux catholiques. L’implantation de cette Eglise à Genève est particulièrement éloquente. En 1815 la cité de Calvin rejoint la Confédération helvétique et, à la faveur du traité de Vienne, ce nouveau canton de Genève double sa superficie en intégrant des territoires savoyards. Les Genevois doivent dès lors composer avec une population de ces territoires majoritairement catholique. S’ensuit alors une terrible période de vexations et de persécutions des catholiques à Genève. C’est dans ce contexte que Mgr Mermillod tenta en vain de restaurer un diocèse de Genève et, plus tard, le futur Cardinal Journet passera son enfance dans ce climat de persécution.
Pour se démarquer des catholiques persécutés, des catholiques libéraux feront leur apparition et rejoindront les Vieux-catholiques en 1871 en formant l’Eglise catholique chrétienne de Suisse. A Genève, cela faisait alors un demi-siècle que les catholiques étaient tenus à l’écart de l’organisation politique de ce nouveau canton. L’arrivée du Kulturkampf coïncidant avec l’apparition de l’Eglise catholique chrétienne, l’avènement de cette communauté est une aubaine pour les protestants anticléricaux. En effet à ce moment-là les catholiques sont privés de financement et doivent se battre pour conserver leurs lieux de culte. Les catholiques libéraux nouvellement Vieux-catholiques demandent donc de partager ou de récupérer les lieux de culte catholiques. Les catholiques refusent l’arrivée des curés libéraux et réorganisent de nouveaux lieux de culte qu’ils appelleront l’ « église de la persécution ». La population catholique reçoit assez mal ces nouveaux curés à tendance libérale et les tensions ne cessent d’augmenter à mesure que ces prêtres imposent leurs réformes (confession, langue vernaculaire, communion, célibat). Après que le conflit a atteint son paroxysme, il a fallu peu à peu faire des concessions afin de mettre fin à ce climat de guerre civile. Elles aboutiront à un désengagement de l’Etat en matière ecclésiale et l’acceptation des deux confessions à cohabiter. L’influence de l’Eglise catholique chrétienne a donc joué un rôle significatif pour une cohabitation confessionnelle assez spécifique à la Suisse.
Malgré son très petit nombre de fidèles (46'600 en 1877 et 13'500 aujourd’hui), ce contexte de Kulturkampf permettra à l’Eglise catholique chrétienne d’être reconnue officiellement par la Confédération suisse en 1876. C’est ainsi qu’aujourd’hui encore les Catholiques chrétiens ont un statut de droit public dans de nombreux cantons, au même titre que l’Eglise réformée évangélique (protestante) et l’Eglise catholique romaine, ce qui leur permet de percevoir un impôt ecclésiastique. Ce privilège incongru pour une si petite communauté a lieu dans les cantons de Zurich, Berne, Lucerne, Soleure, Bâle-Ville et Bâle-Campagne, Schaffhouse, Saint-Gall, Argovie, Fribourg, Neuchâtel et Genève.
Comme si cela ne suffisait pas, cette Eglise catholique chrétienne bénéficie également d’une confusion liée à son nom. En effet de nombreux catholiques (romains), au moment de faire leur déclaration d’impôts et de choisir pour quelle Eglise reconnue ils souhaitent verser l’impôt ecclésiastique, choisissent cette Eglise catholique chrétienne à la suite d’une mauvaise information sur l’appellation officielle des différentes Eglises. L’Eglise catholique chrétienne bénéficie donc d’une manne financière largement disproportionnée avec ses effectifs.
Cependant les trois Eglises reconnues d’intérêt public doivent aujourd’hui faire face à une remise en cause de plus en plus pressante de la reconnaissance de leur statut de droit public (par exemple à Berne ou à Neuchâtel). Nous assistons donc à une situation surréaliste dans laquelle les confessions ennemies depuis un siècle et demi se battent main dans la main pour garder leur privilège fiscal et pour continuer à profiter de ces subsides non négligeables pour maintenir à flots leurs finances. C’est ainsi que nous pouvons trouver sur le site de la Conférence des Evêques suisses une présentation de cette Eglise catholique chrétienne dans laquelle ils en oublieraient presque de rappeler qu’il s’agit ici d’une Eglise schismatique.
Pour finir, précisons que cette Union d’Utrecht qui réunit toutes les tendances vieilles-catholiques d’Europe revendique 500'000 fidèles et, selon nos comptes, rassemble 19 évêques. L'Union d'Utrecht rejette les dogmes de l'Immaculée Conception, de l'infaillibilité papale, de la suprématie universelle papale et de l'Assomption de la Vierge Marie. Il sera intéressant de surveiller pendant combien de temps encore cette Eglise moribonde profitera en Suisse des événements de la fin du 19e siècle pour continuer à tromper un nombre toujours trop important de contribuables authentiquement catholiques.
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