Méditation avec L'introduction à la vie dévote de St François de Sales par ami de la Miséricorde 2023-11-11 20:43:16 |
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CHAPITRE VIII
DE LA DOUCEUR ENVERS LE PROCHAIN ET REMÈDE CONTRE L'IRE
Il faut voirement résister au mal et réprimer les vices de ceux que nous avons en charge, constamment et vaillamment, mais doucement et paisiblement. Rien ne mate tant l'éléphant courroucé que la vue d'un agnelet, et rien ne rompt si aisément la force des canonnades que la laine.
On ne prise pas tant la correction qui sort de la passion, quoiqu'accompagnée de raison, que celle qui n'a aucune autre origine que la raison seule : car l'âme raisonnable étant naturellement sujette à la raison, elle n'est sujette à la passion que par tyrannie; et partant, quand la raison est accompagnée de la passion, elle se rend odieuse, sa juste domination étant avilie par la société de la tyrannie.
Les princes honorent et consolent infiniment les peuples quand ils les visitent avec un train de paix; mais quand ils conduisent des armées, quoique ce soit pour le bien public, leurs venues sont toujours désagréables et dommageables, parce qu'encore qu'ils fassent exactement observer la discipline militaire entre les soldats, si ne peuvent-ils jamais tant faire qu'il n'arrive toujours quelque désordre par lequel le bon homme est foulé.
Ainsi, tandis que la raison règne et exerce paisiblement les châtiments, corrections et répréhensions, quoique ce soit rigoureusement et exactement, chacun l'aime et l'approuve, mais quand elle conduit avec soi lire, la colère et le courroux, qui sont, dit saint Augustin, ses soldats, elle se rend plus effroyable qu'amiable, et son propre coeur en demeure toujours foulé et maltraité.
« Il est mieux, dit le même saint Augustin écrivant à Profuturus, de refuser l'entrée à lire juste et équitable que de la recevoir, pour petite qu'elle soit, parce quétant reçue, il est malaisé de la faire sortir, d'autant qu'elle entre comme un petit surgeon, et en moins de rien elle grossit et devient une poutre.
Que si une fois elle peut gagner la nuit et que le soleil se couche sur notre ire (ce que lApôtre défend), se convertissant en haine, il n'y a quasi plus moyen de s'en défaire; car elle se nourrit de mille fausses persuasions, puisque jamais nul homme courroucé ne pensa son courroux être injuste.
Il est donc mieux d'entreprendre de savoir vivre sans colère que de vouloir user modérément et sagement de la colère, et quand par imperfection et faiblesse nous nous trouvons surpris dicelle, il est mieux de la repousser vitement que de vouloir marchander avec elle ; car pour peu qu'on lui donne de loisir, elle se rend maîtresse de la place et fait comme le serpent, qui tire aisément tout son corps où il peut mettre la tête.
Mais comment la repousserai-je, me direz-vous ? Il faut, ma Philothée, qu'au premier ressentiment que vous en aurez, vous ramassiez promptement vos forces, non point brusquement ni impétueusement, mais doucement et néanmoins sérieusement; car, comme on voit ès audiences de plusieurs sénats et parlements, que les huissiers criant « Paix là ! » font plus de bruit que ceux qu'ils veulent faire taire, aussi il arrive maintes fois que voulant avec impétuosité réprimer notre colère, nous excitons plus de trouble en notre coeur qu'elle n'avait pas fait, et le coeur étant ainsi troublé ne peut plus être maître de soi-même.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
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