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Plunkett, les tradis et "Le Monde" du 27 juillet
par Semetipsum 2023-08-02 12:07:12
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Autant de haine et de mauvaise foi me laissent pantois.


Comment on installe l'idée que le catholicisme français se résume à une jeune bourgeoisie défendant ses "valeurs" et ses "intérêts", la religiosité lui servant de garant

Un catholicisme hexagonal à la remorque du 'conservatism' US ?

Dans une enquête unilatérale, après de nombreux autres articles, Le Monde poursuit son étrange entreprise de soutien à la gentrification-américanisation du catholicisme dans l'Hexagone :

Dogme de nos médias : "En France, les jeunes catholiques [sont] plus conservateurs". C'est le titre d'un grand papier du Monde (27 juillet), signé de Sarah Bellouezzane. Elle ne dit pas : "DES" jeunes catholiques, mais "LES" jeunes catholiques. Où a-t-elle enquêté ? Pas chez les jeunes Parisiens du café associatif Le Dorothy, boulevard de Ménilmontant, pôle d'un nouveau catholicisme social qui ne doit rien au libéral-conservatisme... Ni chez les jeunes Lyonnais du café coworking culturel Le Simone, rue Vaubécour, animé par le groupe des Alternatives catholiques... Ces nouvelles réalités n'intéressent pas nos journaux. Ils n'ont d'yeux que pour la droite de la droite : parce qu'elle prête au catholicisme le visage américanisé – très peu évangélique – qu'ils souhaitent visiblement lui voir.

La journaliste du Monde a donc préféré tendre le micro à une autre fraction de la jeunesse : celle qui annexe la religion aux valeurs sociales (et non spirituelles) d'une certaine nostalgie bourgeoise. On ne s'étonne pas de ne trouver, dans la bouche des jeunes supercathos interviewés par Mme Bellouezzane, aucune allusion au Christ ni à l'Evangile (1). Apparemment leurs motivations sont ailleurs :

– Marie, lycéenne, 18 ans, interviewée à la Pentecôte au pèlerinage rituel des ultras de Paris à Chartres : "J'ai des difficultés avec la messe normale. La messe traditionnelle (sic) est belle, elle est plus verticale, le prêtre est tourné vers Dieu plutôt que vers nous et le latin assure une solennité et une gravité que le français ne permet pas." Éléments de langage sans doute appris d'un trop jeune abbé, produit d'instituts cléricaux où l'on hait "Bergoglio"... Mais autant qu'à la messe-en-latin, ce que dit Marie s'appliquerait – quasi mot pour mot – aux rites du temple de Jupiter Capitolin, trois siècles avant l'ère chrétienne ! Pénombre, encens et dorures, ce catholicisme-là n'est pas la foi au Christ. Maurras serait ravi.

– Théophile, 19 ans, lui aussi interviewé au Paris-Chartres : "Aujourd'hui le monde va à toute allure et ne cesse d'évoluer avec une hypersexualisation des rapports et une société obsédée par la consommation. Ça donne envie de se poser et de réfléchir aux valeurs qui sont les nôtres et qui ne sont pas forcément celles que tout le monde partage." Théophile n'a pas tort de critiquer l'époque... Mais : a) la foi au Christ, ce ne sont pas des "valeurs" ; b) l'analyse de Théophile étant professée aussi par des gens hostiles ou indifférents à la foi chrétienne, donner cela comme base à un engagement religieux c'est réduire la religion à rien ; c) du reste, le raisonnement de Théophile ne conduit pas plus à la messe-en-latin qu'à n'importe quoi d'autre – sinon à une forme de communautarisme à l'américaine (version vacances bourgeoises à Carnac).

– Alix, 31 ans, également interviewée au Paris-Chartres : "J'ai parfois l'impression que le pape François ne s'intéresse pas à nous, jeunesse française, ou qu'"il nous délaisse". Alix ne veut pas admettre que ce pontificat a peu de temps et beaucoup de priorités, au nombre desquelles ne figurent pas les nostalgies des bonnes familles bourgeoises. Éclatants de santé joviale et drapés de tricolore comme à la manif, ces jeunes gens photographiés par Le Monde auraient d'ailleurs du mal à se poser en victimes. La clé est donnée (on pouvait s'y attendre) par le sociologue qui est à l'origine du mythe de la conquête du catholicisme par la droite catho : les jeunes de ce milieu, dit-il, veulent "peser" pour défendre leurs "intérêts".

Qu'on ne dise pas que Mme Bellouezzane a tronqué les propos de ses intetviewés : son article ne fait que confirmer ce que je constate depuis dix ans dans mes conversations avec cette fameuse "droite catho". J'entends encore un de ces jeunes gens me parler du pape avec animosité et conclure : "Il est toujours à parler des autres, mais qu'est-ce qu'il fait pour moi ?" Nombrilisme...

Qu'il y ait en France d'autres jeunes catholiques qui, eux, marchent avec le pape, cette possibilité est évoquée par le sociologue (et quasiment écartée) en quelques lignes à la fin de l'article : pour affirmer qu'ils sont "les plus minoritaires" et ne s'intéressent qu'à "l'écologie"... Jugement inqualifiable à force d'inexactitude.

Répétons-le : le "catholicisme" de la jeune droite n'est que l'annexe d'une posture politico-sociétale qui ne vient pas de l'Evangile, et qui donne lieu à une forme du communautarisme contemporain – voire à une forme paradoxale de wokisme réac chez les plus énervés. Est-ce à dire que le christianisme en France est "victime d'une maladie du siècle, envahi par des germes de mort qui réussissent à greffer sur lui des apparences semblables aux siennes mais de tissu parasite", comme le pressentait Emmanuel Mounier dès 1944 dans L'affrontement chrétien (2) ? Sur les bourgeois catholiques français, le philosophe écrivait aussi (et c'était terriblement bien vu) : "La vérité pour eux est une chose apprise, dans les strictes mesures de la tranquillité et de l'utilité. Qu'elle puisse être envisagée comme une aventure, les irrite. Le mystère chrétien est trop vaste pour eux, l'angoisse chrétienne trop lourde. Ils veulent cependant la certitude, qui leur fait du bien, et le triomphe public de la foi, qui les rassure. Ils aiment aussi ce peu de foi endormie qui leur reste, car la foi est toujours aimable, et ils ne sont pas des monstres, rien moins que des monstres. Mais la certitude sans la recherche ne peut être que jouée. Le triomphe sans le témoignage ne peut être que forcé. Et voilà comment naît ce raccourci paresseux, cet état de mensonge vague et chronique qui fera dire en milieu non chrétien que le microbe chrétien ne sait vivre que dans l'air confiné."



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(1) Dont, à leur place, de jeunes protestants évangéliques auraient parlé en premier lieu.

(2) Réédité chez Salvator, avril 2023.

     

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