Cardinal Sarah, Clôture solennelle des Ostensions de Saint Israël et Saint Théobald par Francis Dallais 2023-06-30 15:47:06 |
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Clôture solennelle des Ostensions de Saint Israël et Saint Théobald
Le Dorat, collégiale Saint-Pierre
Solennité de la Très Sainte-Trinité
4 juin 2023
Excellences ,
Chers frères prêtres, diacres, religieux et religieuses,
Chers frères et sœurs dans le Christ,
J’éprouve une grande joie de célébrer avec vous tous la Clôture solennelle des Ostensions de Saint Israël et Saint Théobald et de participer à votre prière d’action de grâces. Je suis particulièrement heureux de saluer avec une respectueuse affection Son Excellence Mgr Pierre-Antoine Bozo, votre Évêque, à qui je voudrais exprimer ma profonde gratitude pour son accueil si cordial, ainsi que celui de ses collaborateurs, prêtres, religieux, religieuses et fidèles laïcs, qui contribuent à rendre agréable et spirituellement fécond mon séjour parmi vous.
Comme vous le savez, tous les sept ans, Le Dorat célèbre les Ostensions Limousines, et ces festivités attirent un très grand nombre de personnes qui se rassemblent pour voir et vénérer les reliquaires que les confrères de la Confrérie de Saint Israël et de Saint Théobald portent en procession dans les rues pavoisées et les places communes « ostensionnaires » décorées, avec drapeaux, bannières, fanfare, et personnages historiques costumés. Ces manifestations populaires, joyeuses et festives sont des actes de foi et d’amour envers Dieu et un geste filial de reconnaissance pour sa présence bienveillante au milieu de nous.
Toutefois, cette année, notre joie est mêlée d’une grande tristesse, puisque votre curé, l’abbé André Vénitus a récemment été rappelé par Dieu, le 27 avril dernier, à l’âge de 42 ans. Au début de cette sainte Messe, je désire avant tout rendre hommage à l’abbé Vénitus, curé de Saint Martin en Basse-Marche, très attaché au Limousin, qui avait été ordonné prêtre pour le Diocèse de Limoges, il y a un peu moins de huit ans. Ce jeune prêtre rayonnait la présence de Dieu de diverses manières, plus particulièrement auprès des jeunes. Il a servi en tant qu’aumônier dans différents établissements scolaires, auprès des Guides et Scouts d’Europe, et il s’était investi dans une école de chant nommée « Les petits chanteurs limousins »… Il prêtait également une attention toute particulière aux Servants d’autel. Comme prêtre, il vous donnait surtout Jésus-Christ, son Évangile et ses saints sacrements.
Quelque temps avant sa mort, l’abbé Vénitus avait écrit à ses paroissiens ces mots que vous avez gravés dans votre cœur : « J’essaie de me configurer plus au mystère de la croix. Je veux être au plus près de Jésus… Je veux sentir son cœur battre férocement d’amour pour nous, son amour dépasse tout. Je suis prêt ». Nul doute que l’abbé André Vénitus, prêtre pour l’éternité, est présent parmi nous en ce jour de grande fête et qu’il nous accompagnera de sa présence silencieuse et de sa prière durant la procession des reliques pour que nous entrions pleinement dans les mystères chrétiens que nous célébrons.
Les lectures de la Parole de Dieu de cette Messe de clôture des Ostensions des saints Israël et Théobald nous offrent l’occasion de méditer sur la sainteté. La première lecture est tirée de l’Apocalypse de saint Jean. Le mot « apocalypse » signifie non pas « destruction », « catastrophe », mais « révélation », « dévoilement ». Un coin du voile qui dérobe à nos yeux terrestres la vue des réalités du monde céleste est levé. Une vision de splendeur nous est donnée à voir : celle d’une foule immense, qui proclame : « Alléluia ! Il règne, le Seigneur notre Dieu, le Souverain de l’univers. Soyons dans la joie, exultons, et rendons gloire à Dieu ! Car elles sont venues, les Noces de l’Agneau, et pour lui son épouse a revêtu sa parure. Dieu lui a donné un vêtement en fin tissu de lin, pur et resplendissant, qui est la sainteté des justes ». Les justes, ce sont les saints. Ils ont suivi Jésus crucifié jusqu’au don total de leur vie. Ils sont sortis victorieux du combat contre le mal. Ils ont triomphé de la persécution. Ils sont demeurés fidèles à travers les épreuves. Ils sont issus de tous les peuples de la terre. Ils sont immensément nombreux. C’est la foule innombrable des saints qui ont été purifiés par le sang versé sur la Croix par Notre-Seigneur Jésus-Christ, l’Agneau de Dieu sans tache. En ce dimanche, nous célébrons des saints de votre province, le Limousin, en rendant grâce à Dieu pour l’appel qu’il leur a adressé et auquel ils ont répondu dans divers états de vie.
Saint Israël du Dorat, mort en 1014, fut un chanoine méritant, enseignant à l'école épiscopale et conseiller de son évêque. Il ne se préoccupait guère de lui-même ; amaigri par les fatigues, la pénitence et les privations, il ne voulait plaire qu’à Dieu et servir les hommes par l’enseignement. Seule comptait pour lui l’œuvre que l'Eglise lui demandait d'accomplir pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Son disciple, saint Théobald suivit son exemple et poursuivit son action au monastère du Dorat où il mourut âgé de quatre-vingt ans en 1070. Le même appel à la sainteté nous est également adressé en ce jour. Car ces saints limousins, qui sont vos modèles et intercesseurs, continuent aujourd’hui leur œuvre d’évangélisation à travers ceux que l’on pourrait qualifier des « saints de la porte d’à côté ».
En effet, chers Frères et Sœurs, ne pensons pas uniquement à ceux qui sont déjà béatifiés ou canonisés, mais à ces nombreux parents qui, dans un contexte culturel défavorable et même hostile aux valeurs chrétiennes, éduquent leurs enfants en leur apprenant à prier et les accompagnent, chaque Dimanche, à la Messe dominicale pour y rencontrer Dieu, écouter sa Parole et se nourrir du Corps de Jésus. Pensons à ces malades qui offrent leurs souffrances en union avec Jésus sur la Croix pour le salut des pécheurs. Nous avons les saints du quotidien qui nous entourent et nous côtoient dans l’anonymat. Voici ce que disait à leur sujet la religieuse carmélite martyre à Auschwitz, sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, née Edith Stein : « Dans la nuit la plus obscure surgissent les grandes figures de prophètes et de saints. Mais le courant de la vie mystique qui façonne les âmes reste en grande partie invisible. Certaines âmes dont aucun livre d’histoire ne fait mention, ont une influence déterminante aux tournants décisifs de l’histoire universelle. Ce n’est qu’au jour où tout ce qui est caché sera manifesté que nous découvrirons aussi à quelles âmes nous sommes redevables des tournants décisifs de notre vie personnelle ».
La foule immense de ces saints anonymes évoqués par l’Apocalypse de saint Jean ont comme point commun d’avoir incarné l’Evangile dans leur existence, non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité (1 Jn 3,18), uniquement mus et soutenus par l’Esprit Saint. La sainteté est notre vocation à tous, comme l’affirme le Concile Vatican II dans la constitution dogmatique Lumen Gentium sur l’Eglise, au chapitre 5 : « Chacun des fidèles, quel que soit son état ou son rang, est appelé à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité ». Et, pour être saints, nulle nécessité d’accomplir des actions d’éclat et des œuvres extraordinaires, ni de posséder des charismes exceptionnels, mais il faut avant tout écouter Jésus, aimer Jésus dans le concret de son existence, souvent pleine d’épreuves, essayer de lui ressembler, de le connaître, Lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort (Ph 3,10). En effet, toute forme de sainteté passe toujours par le chemin de la croix, qui implique la mort et le renoncement à soi-même.
Que signifie, aujourd’hui, dans le contexte sécularisé, laïc et sans Dieu, célébrer les Ostensions limousines ? Pardonnez-moi de vous poser cette question. Mais n’est-il pas vrai qu’à notre époque d’ « apostasie silencieuse » et de refus de Dieu, le matérialisme des sociétés modernes occidentales a abaissé et dégradé les plus hautes valeurs humaines et spirituelles ? N’est-il pas vrai que l’homme moderne occidental projette de bâtir désormais des sociétés sans Dieu et absolument libérées de toute autorité divine où tout est centré sur la production et la consommation des biens matériels ? La morale, elle-même, a été ramenée à une hygiène pour éviter la contamination et les fléaux matériels, et a perdu tout souci de la valeur profonde et spirituelle des hommes. L’amour a été réduit à un produit commercial et à la seule cupidité charnelle. Tout a été ramené au seul intérêt matériel. De plus, les sociétés modernes ont fabriqué de nombreuses idoles et se sont rendues esclaves de leurs propres productions.
C’est pourquoi la vénération des reliques des saints, notamment les saints limousins qui ont aimé et servi le Seigneur en consacrant toute leur vie à Dieu jusqu’à la mort, nous rappelle que Dieu est un Maître qui ne rend pas l’homme esclave, parce que c’est un Maître intérieur qui est à la source intime de notre vie, qui ne fait que donner, qui est bonté et générosité pures, et qui ne nous mène que pour nous perfectionner, nous enrichir et épanouir notre liberté. L’homme est d’autant plus libre qu’il se soumet humblement à ce Maître qui le guide du dedans même de sa liberté en le parant sans cesse de forces humaines et spirituelles nouvelles. Le troupeau qui croit se libérer du pasteur se livre aux loups qui le dévoreront. Chaque fois que l’homme veut créer Dieu avec son esprit, il crée une idole dont il devient esclave. Mais les saints sont toujours à nos côtés pour nous ramener à Dieu et pour semer la sainteté dans le grand champ du monde.
C’est ainsi, par exemple, que, en 2023, l’un des modèles de sainteté est ce jeune italien béatifié, à Assise, en 2020 : Carlo Acutis. Il aimait fréquenter régulièrement Jésus-Eucharistie. Il aimait converser de longues heures avec Jésus présent dans le Tabernacle. Ainsi, Carlo Acutis, malgré son jeune âge, est l’un des pionniers missionnaires de l’annonce de l’Évangile sur l’immense continent numérique. Tout en étant imprégné de 7 la culture des réseaux sociaux, comme tout jeune de son temps, le Bienheureux Carlo Acutis a su vivre son amour de la Très Sainte Eucharistie comme une « autoroute vers le ciel », selon son expression, alors que internet, mal utilisé, est trop souvent à l’origine de déviations et de destructions humaines très graves, allant jusqu’à des addictions, qui sont synonymes d’esclavage. Le Bienheureux Carlo a défié cette superficialité en affirmant : « Tout homme naît comme un original mais beaucoup meurent comme des copies ». Et c’est pourquoi, il a créé sur internet une exposition sur les miracles eucharistiques qui fait encore aujourd’hui le tour du monde. Comme le Bienheureux Carlo Acutis, de nombreux saints ont tenu et rayonné dans la persécution la plus cruelle en plaçant au centre de leur vie la Très Sainte Eucharistie dans toutes ses dimensions de sacrifice, de présence réelle et substantielle, de communion et d’adoration. L’Eucharistie n’est pas un spectacle ou l’occasion d’une assemblée mondaine : c’est la Vie de notre vie.
Ainsi, au XX siècle, le vénérable cardinal vietnamien FrançoisXavier Nguyên Van Thuân : il est arrêté le 15 août 1975 par les communistes. Ce chrétien, et ce prêtre et cet Évêque devait rester plus de treize ans en prison, dont neuf ans en isolement, jusqu’à sa libération le 21 novembre 1988. Il a offert à toute l’Eglise une splendide spiritualité eucharistique, fruit de sa profonde expérience mystique vécue dans les geôles communistes. Il a souvent raconté comment, dès le début de sa détention, il avait réussi à avoir un peu de vin dans un flacon de « médicaments contre le mal d’estomac », avec des petites hosties cachées dans un morceau de papier. Il pouvait donc célébrer la Messe chaque jour avec trois gouttes de vin dans la paume d’une main et un fragment d’hostie dans l’autre. Il célébrait totalement seul pendant la période d’isolement. Et voici le témoignage bouleversant qu’il nous offre pour réveiller et stimuler notre foi et notre amour pour l’Eucharistie : « Avant, je célébrais la Messe devant des milliers de fidèles ; maintenant dans l’obscurité de la nuit, en passant la communion sous les moustiquaires. Avant, je donnais la bénédiction solennelle avec le Saint Sacrement dans la cathédrale, maintenant je fais l’adoration eucharistique chaque soir à 21 heures, en silence, chantant à voix basse le Tantum Ergo et le Salve Regina, en concluant avec cette brève prière : ˮMaintenant, Seigneur, je suis content d’accepter tout de tes mains : toutes les tristesses, toutes les souffrances, toutes les angoisses, jusqu’à ma propre mort. Amenˮ ». Et le Cardinal Van Thuân concluait par ces paroles inspirées de sainte Thérèse de Lisieux : « Je saisis les occasions qui se présentent chaque jour, pour accomplir les actes ordinaires de façon extraordinaire ».
Notons aussi que dans son ouvrage intitulé : « Cinq pains et deux poissons », le chapitre 4 est intitulé : « Quatrième pain : Ma seule force, l’Eucharistie ». Alors, permettez-moi de vous poser encore cette question : dans un pays comme la France où seuls 3 à 4 % des catholiques vont à la Messe chaque dimanche, ne serait-il pas temps de témoigner auprès d’eux que notre seule force, c’est l’Eucharistie ? N’est-il pas important de répéter ici la réponse que les 49 chrétiens d’Abitène, petit village de l’actuelle Tunisie, surpris un dimanche en train de célébrer l’Eucharistie, ont donné au proconsul romain qui leur demandait pourquoi ils avaient désobéi à l’Édit de l’empereur Dioclétien (304) qui leur interdisait sous peine de mort de célébrer l’Eucharistie. Un d’eux déclara : « Sine Domenico non possumus » : « sans l’Eucharistie, nous ne pouvons pas vivre ». Et immédiatement ils furent exécutés.
L’Évangile de cette Messe rapporte les Béatitudes dans l’Évangile de saint Luc et résume l’enseignement de Notre-Seigneur qui conduit à la sainteté et donc au bonheur véritable. Aujourd’hui Jésus descend de la montagne avec les Douze Apôtres et s’arrête dans la plaine. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une foule de gens venus de partout. Parmi ceux qui l’écoutent se trouvent des pauvres, des gens qui ont faim, des gens qui souffrent dans leur corps et dans leur âme, des gens haïs, détestés et opprimés. Sans aucun doute, ils viennent tous auprès de Jésus chercher de l’aide, un réconfort et un enseignement qui illumine la vie. Il leur déclare qu’ils sont heureux et que leurs souffrances et leurs difficultés actuelles ne sont pas éternelles. Dans le Royaume de Dieu – qui n’est pas seulement au ciel – les choses doivent certainement changer. Le cœur des Béatitudes, c’est le Royaume de Dieu, source de notre vrai bonheur.
Les Béatitudes se présentent donc comme un chemin à la suite du Christ pour faire la Volonté du Père. Et « la volonté de Dieu, dit saint Paul aux Thessaloniciens, c’est votre sanctification » (1Thess 4,3). Ce chemin commence par la Béatitude des pauvres de cœur : le pauvre de cœur, c’est celui qui met toute sa confiance en Dieu, qui n’attache de la valeur qu’à ce qui vient de Lui et craint de perdre cette union au Père céleste par le péché grave, tels que : le meurtre, l’adultère, le mépris de Dieu ou par le péché d’orgueil et d’égoïsme. Puis Jésus proclame : « Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés ». De fait, si nous nous nourrissons seulement de choses matérielles, nous affamons notre âme. Alors, plutôt que de chercher notre consolation dans les biens de consommation, tournons-nous vers Dieu, car c’est Lui seul qui peut nous rassasier, Lui seul peut assouvir notre véritable faim, Lui seul est notre consolation. Comme le dit la seconde épître de saint Paul aux Corinthiens : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit » (2 Co 1,3-4).
Enfin, Jésus déclare : « Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez » : oui, heureux êtes-vous, vous souffrez et pleurez pour le nom de Jésus parce que Dieu lui-même vous fait partager sa propre joie. En effet, éternellement, au Ciel, nous goûterons près de Lui la joie de ceux qui se savent aimés. Tandis que ceux qui aujourd'hui s'installent dans le rire, dans le superficiel, dans l'insouciance ou l'ironie et même le blasphème, et l’irrespect de Dieu, ne trouvent plus que le vide de leur cœur quand viennent dès ici-bas les désillusions, les échecs et la solitude, une solitude qui se prolongera éternellement dans l’au-delà s’ils ne reviennent pas vers Dieu leur Père, tel l’enfant prodigue de la parabole de saint Luc.
Nous savons que Matthieu rapporte huit Béatitudes prononcées par Jésus, saint Luc n’en cite que quatre. Cependant, Luc renforce les quatre Béatitudes, en opposant à chacune ce que l’on a appelé une « malédiction » correspondante, introduite par l’adjectif : « malheureux ». En réalité, dans l’évangile selon saint Luc, le Seigneur Jésus décrit deux façons de concevoir la vie : ou pour Dieu ou pour les idoles que nous nous sommes fabriquées, ou « pour le Royaume de Dieu », ou « pour son propre intérêt » ; c’est-à -dire ou bien nous choisissons de vivre exclusivement en fonction de cette vie ici-bas, ou en fonction de la vie éternelle. C’est ce que met en lumière le schéma stylistique de Luc : « Heureux êtes-vous - malheureux êtes-vous ». Ainsi, Jésus dit : « Heureux, vous les pauvres : le royaume de Dieu est à vous… Mais malheureux, vous les riches : vous avez votre consolation ! ».
Nous sommes donc en présence de deux catégories de personnes qui correspondent à deux mondes différents et opposés. En effet, à la catégorie des bienheureux appartiennent les pauvres, les affamés, ceux qui pleurent maintenant et ceux qui sont persécutés, marginalisés, bannis et moqués à cause de l’Évangile. Les personnes à qui Jésus annonce le malheur, ce sont les riches, qui ne pensent uniquement qu’à eux-mêmes et n’ont pas souci des malheureux, ce sont ceux qui n’ont aucune inquiétude pour manger, se vêtir, ceux qui vivent dans l’abondance et une forme de tranquillité et de faux plaisirs, et ceux qui sont adulés pour leur richesse et ne se soucient de personne. Leur fortune, dit Jésus, changera certainement elle aussi. Saint Luc nous en donne un exemple dans la parabole du mauvais riche et le pauvre Lazare (Lc 16,19-31). Jésus donne ici, dans la plaine, une illustration concrète de son enseignement au sujet des riches et des pauvres. Ce que Jésus dit ne s’adresse pas seulement aux gens de son époque, mais aussi aux chrétiens de chaque génération. Les paroles de Jésus veulent éveiller notre attention sur notre responsabilité, aujourd’hui. Autrement dit, il nous faut pratiquer la charité, la vérité et la justice à l’égard des pauvres qui existent toujours dans notre société. Et parmi les plus malheureux et les plus pauvres des pauvres, il y a aussi les riches sans Dieu et sans foi qui s’acharnent à vouloir détruire l’Église et l’enseignement de Dieu qu’elle transmet parce qu’ils ne trouvent leur bonheur qu’en leur richesse et non dans la connaissance et l’amour de Dieu et la joie de vivre en sa présence.
En conclusion, je voudrais vous offrir cette belle prière de Saint Anselme, qui vivait au XI siècle, à la même époque que les saints limousins Israël et Théobald du Dorat. Saint Anselme a bien exprimé cette vérité centrale : le bonheur de l'homme est dans la présence de Dieu. Moine à l’abbaye du Bec-Hellouin en Normandie, puis archevêque de Canterbury en Angleterre, toute sa vie consista dans une recherche ardente de Dieu. Voici un extrait de sa prière qui illustre cette quête de l’Amour de notre Père du Ciel, qui fut celle des saints Israël et Théobald :
« Seigneur mon Dieu, qui m'as créé et racheté, réponds au désir de mon âme, afin qu'elle contemple à découvert l'objet de son désir. Vraiment, Seigneur, elle est inaccessible, la lumière où tu habites. Nul autre que toi, vraiment, ne peut pénétrer en cette lumière, et là te contempler à découvert. C'est pour cela, en vérité, que je ne peux la voir : elle est trop éclatante pour ma vue. Et pourtant, tout ce que je vois, c'est grâce à elle que je distingue, comme un œil trop fragile voit, grâce au soleil, tout ce qu'il aperçoit, sans pouvoir cependant regarder le soleil lui-même. O lumière souveraine et inaccessible ! O vérité totale et bienheureuse ! Que tu es donc loin de moi, et pourtant je suis si près de toi. Tu échappes presque entièrement à ma vue, tandis que je suis, moi, tout entier sous ton regard. Je t'en prie, mon Dieu, fais que je te connaisse, fais que je t'aime pour que ma joie soit en toi. Et si je ne le peux pleinement en cette vie, puissé-je du moins y progresser tous les jours, jusqu'à parvenir à la plénitude du Ciel ».
Amen.
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