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Un moment avec le Père Jérome...
par Diafoirus 2023-03-09 16:42:37
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FRÈRE JACQUES, CONVERS

De petite taille, malingre, toujours souffreteux, au point de vue humain, un minus. Il était un petit, mais sincère, mais généreux ; un de ces petits que Dieu aime et qui sont loin d'être des médiocres. Faible en tout, médiocre en rien, grand en tout l'essentiel.
Il accomplissait avec un très grand sérieux toutes ses obligations de moine, et par-dessus tout l'obligation de tendre à Dieu par une vie de prière. Sa prière était continuelle, intense. Elle était facile à observer, tellement il se comportait simplement en moine, sans le moindre respect humain. Ainsi, durant ses allées et venues, il tenait toujours à la main son chapelet, chargé de saintes médailles. Souvent aussi, il allait, son chapelet dans une main et, dans l'autre, son étui à lunettes, ouvert, laissant voir des papiers sur lesquels étaient écrites des oraisons jaculatoires ; il les disait, avec gravité, tout en marchant de son petit pas. J'avais remarqué encore ses nombreuses visites, chaque jour, à l'église, aux diverses images de la sainte Vierge.
Pour maintenir cette prière quasi continuelle, Frère Jacques savait user de prudence et de finesse. Ainsi, pour ne pas se laisser surprendre par la somnolence, il changeait plusieurs fois de place durant une même visite à l'église ; et je ne l'y ai jamais vu somnoler. De même, pendant les journées qu'il passait au vestiaire, à ravauder des bas ou à plier des mouchoirs, il posait devant lui un petit carton sur lequel étaient écrites ses invocations préférées : toujours pour ne pas oublier le grand devoir de la recherche de Dieu. Petits moyens qui, employés avec constance, réclament une grande énergie.

Je me souviens aussi d'une période durant laquelle il me servait la sainte messe. Après la communion, lorsqu'il présentait les burettes, je l'entendais murmurer, d'un air tout pénétré : « ... avec toute la force de mon cœur, avec toute la force de mon cœur».

Il a vécu en priant ainsi. Or la continuité de sa prière paraissait en grande partie volontaire. Il n'attendait pas d'y être aidé de manière sensible, mais s'y remettait par devoir, consciemment et consciencieusement. Cependant cet effort ne le rendait ni sévère ni soucieux. Il était au contraire heureux et souriant.
J’ai vu mourir bien des religieux, parmi lesquels un Dom Chautard, un Père Laurent Barnier. Malgré mon admiration pour eux, jamais je ne m’étais senti poussé à demander un peu de leur esprit.
Mais je suis allé sur la tombe de Frère Jacques, prier pour obtenir un peu du sien. Comme il n'avait rien de remarquable sur le plan humain, on voyait en lui ce que la prière, par elle seule, par sa sincérité et sa simplicité, peut faire dans un homme : elle l'élève bien au-dessus de ses capacités naturelles. Déjà du vivant de Frère Jacques, je n'avais pas hésité à dire, devant deux ou trois religieux - et ceux-ci m'avaient parfaitement compris que si j'avais une ambition, c'était de marcher derrière Frère Jacques, dans la ligne où, sans le savoir, il était un maître.

Père Jérôme, Sept-Fons, novembre 1953

     

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