L'article par XA 2023-02-09 22:45:21 |
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Merci à CP.
Conservé «par miracle» depuis le XIXe siècle, le cœur d'une pieuse Lyonnaise intrigue la science
EXCLUSIF - À l'occasion de sa béatification par l'Église, le cœur de Pauline Jaricot, morte en 1862, a été expertisé. Son état exceptionnel de conservation reste une énigme pour les scientifiques.
On dit qu'elle serait morte « en odeur de sainteté » : l'expression consacrée est ici à prendre au sens premier et originel. Dans le christianisme, certains grands saints auraient échappé miraculeusement à la corruption de la chair après leur mort, à l'instar de saint Padre Pio (dont la dépouille, dit-on, aurait même exhalé de doux parfums). Ainsi Pauline Jaricot, pieuse Lyonnaise du XIXe siècle qui consacra sa vie à la prière et à des œuvres de charité, est au cœur d'un étrange « miracle » : depuis sa mort en 1862, son cœur est resté dans un état exceptionnel de conservation, à l'intérieur d'un reliquaire (un cardiotaphe) que les fidèles viennent vénérer à l'église Saint-Polycarpe.
Une expertise de biologie moléculaire vient d'être effectuée sur cette relique, sans parvenir à lever le mystère qui entoure Pauline Jaricot : les travaux des chercheurs n'ont, à ce stade, décelé aucune preuve qui contredirait l'hagiographie chrétienne. Plus encore, les scientifiques sont convaincus que son cœur s'est conservé naturellement, sans intervention humaine. Un miracle ? La science, bien sûr, ne peut trancher. Mais elle ne peut pas non plus l'écarter.
Si le cœur de Pauline Jaricot intéresse la science, c'est parce que la fervente Lyonnaise a été déclarée bienheureuse le 22 mai dernier par l'Église catholique. À cette occasion, le diocèse de Lyon a demandé à un restaurateur d'objets anciens, Stéphane Crevat, de lustrer le cardiotaphe de cette grande figure du catholicisme lyonnais, connue dans le monde entier pour sa piété et ses œuvres. Pauline Jaricot est notamment l'instigatrice des « rosaires vivants », des groupes de prière dans lesquels les fidèles s'associent pour réciter le chapelet ensemble et faire l'aumône aux nécessiteux. Son histoire révèle « le secret de la vie », avait écrit le pape François aux catholiques lyonnais lors de sa béatification :« ce n'est qu'en la donnant qu'on la possède, et ce n'est qu'en la perdant qu'on la retrouve », ajoutait-il.
Atteinte selon les témoins de l'époque d'une maladie du cœur, Pauline Jaricot, souffrante et presque à l'article de la mort, s'était rendue en pèlerinage sur la tombe de sainte Philomène. L'intercession de cette célèbre martyre lui aurait alors obtenu une guérison, constatée par le pape de l'époque, Grégoire XVI. Revenue à Lyon, Pauline Jaricot a continué ensuite une vie de pauvreté extrême, de prière et d'engagement auprès des miséreux. À sa mort le 9 janvier 1862, le médecin qui avait constaté son décès préleva son cœur et le confia à la communauté au sein de laquelle vivait Pauline Jaricot, puis celui-ci, dans les années 1880, fut ensuite confié au diocèse de Lyon et emmuré dans l'église Saint-Polycarpe. Nul, depuis, n'avait plus descellé le cardiotaphe, dont l'authenticité était donc certifiée par l'acte médical rédigé au moment du décès de la bienheureuse.
«Aucun signe d'embaumement»
C'est Stéphane Crevat qui a procédé en 2021 à la première « ouverture canonique » du reliquaire : compte tenu de la vénération dont font l'objet les reliques des grandes figures de l'Église, le droit canon prévoit qu'un tel acte s'effectue avec l'aval de l'archevêché, et devant témoins. « Nous avons retrouvé, avec le cœur de Pauline, un document très dégradé qui était probablement le procès-verbal relatant le prélèvement de l'organe sur le corps de la défunte » détaille au Figaro Stéphane Crevat. À sa demande, et avec l'accord de la Chancellerie du diocèse de Lyon, une étude scientifique est alors confiée à Philippe Charlier, médecin légiste, anthropologue et « paléopathologiste » - spécialiste, donc, des maladies du passé. Avec une large équipe de recherche constituée de scientifiques du Quai Branly, de l'APHP, des archéologues... le professeur a alors défini un protocole expérimental innovant, visant à « faire parler » au mieux le cœur momifié de la bienheureuse. Les résultats de son étude viennent de faire l'objet d'une publication en libre accès dans une revue scientifique, l' International Journal of Molecular Sciences .
Au terme d'une analyse approfondie de sa structure morphologique, et d'une recherche conduite sur les protéines et les bactéries prélevées sur l'organe, plusieurs conclusions de l'expertise viennent éclairer des questions restées jusqu'ici sans réponse sur la vie de la bienheureuse, et sur sa santé en particulier. D'abord le passage de l'objet au scanner « nous permet d'assurer qu'il s'agit d'un organe humain, et plus précisément d'un cœur », certifient les chercheurs. Ensuite et surtout, ce cœur révèle n'être porteur d'aucune séquelle d'une quelconque maladie cardiaque. « Les archives historiques mentionnent des éléments qui laissent supposer une pathologie cardiaque. Or les analyses du Dr Charlier n'ont pu trouver aucun argument en faveur d'une origine cardiaque du décès. En revanche, cela pourrait accréditer la réalité d'une guérison miraculeuse de Pauline Jaricot par à l'intercession de sainte Philomène, puisque son myocarde ne présente pas non plus de séquelles d'une maladie de cœur », renchérit Stéphane Crevat. De deux choses l'une : soit les témoins de l'époque se sont trompés en affirmant que Pauline Jaricot souffrait d'une maladie cardiaque (laquelle n'a pas pu être attestée par des procédés scientifiques rigoureux, il y a un siècle et demi), soit cette maladie aurait bel et bien disparu « comme par miracle ».
Enfin, l'expertise atteste que le cœur de Pauline Jaricot n'a pas été embaumé, mais s'est conservé malgré la contamination par des champignons et des bactéries. «Nous n'avons relevé aucun signe d'embaumement de type préparation anatomique de l'organe, ou remplissage avec un matériau exogène. Nous n'avons trouvé aucun argument s'opposant à une conservation naturelle et spontanée, non médiée par la main de l'homme, ce qui peut être regardé comme un miracle par l'Église catholique romaine» écrivent encore les auteurs de l'étude.
« C'est une conclusion importante pour la foi catholique, expose au Figaro le chancelier du diocèse de Lyon, Mgr Robert Poinard , car le culte des saints est très attaché à la conservation exceptionnelle de certaines reliques. Pour les fidèles, c'est un signe de sainteté ! » Le prélat ajoute que dans la vie de Pauline Jaricot, le cœur est en outre un organe central : pour la maladie qu'on lui a attribuée bien sûr, mais aussi parce que la bienheureuse s'est consacrée dès l'âge de dix-huit ans « au cœur de Jésus méconnu et méprisé ». Toute l'existence de Pauline Jaricot s'articule autour de la communion de son cœur à celui du Christ, une communion d'amour et de souffrance qui lui valut ainsi, selon la tradition, de vivre jusque dans son propre cœur de chair la persécution subie par Jésus lors de sa Passion.
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