Quand le Roi d'Angleterre visitait Léon XIII et Pie XI... par Chicoutimi 2022-10-12 05:47:05 |
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Voici quelques extraits d'un petit résumé de l'amélioration des rapports entre la couronne britannique et la papauté, de Clément XIV à Pie XI, comprenant deux visites importantes: en 1903, Edouard VII visitait Léon XIII; et en 1923, Georges V visitait le Pape Pie XI.
PAGES ROMAINES
LA PAPAUTÉ ET LES ROIS D’ANGLETERRE DEPUIS L’AVÈNEMENT DE LA MAISON DE HANOVRE
par Don Paolo Agosto, dans Le Canada-français en septembre 1923.
''Le mercredi, 9 mai, à 11 heures du matin, le roi et la reine d’Angleterre rendaient officiellement visite au Pape Pie XI. (...)
Reçus au Vatican avec tout l’apparat réglé par le protocole, les deux souverains rencontraient dans le salon St-Jean le Souverain Pontife venu au-devant d’eux, et passaient avec lui dans la salle du “Tronetto” où s’engageait aussitôt la conversation, à l’issue de laquelle sa Majesté présentait au S. Père les personnages de sa suite. L’audience pontificale était suivie de la visite protocolaire au Cardinal Secrétaire d’État.
Sans erreur, Édouard VII se dispensa de cette dernière partie du programme habituel, lors de sa visite à Léon XIII, le mercredi, 29 avril 1903. Le Cardinal Rampolla, alors secrétaire d’État, n’avait pas eu la souplesse diplomatique voulue dans les négociations qui préparèrent l’entrevue, si bien que Léon XIII en déchargea son ministre pour en confier le succès à Mgr Stonor, anglais, archevêque titulaire de Trébisonde, à Mgr Merry del Val, alors archevêque de Nicée, et Édouard VII ne crut pas devoir rendre visite au Cardinal.
C’est en costume de Feld-Maréchal que le roi Édouard VII se présenta à Léon XIII, c’est en habit d’amiral que Georges V est allé voir Pie XI; la reine, conformément à l’étiquette de la cour pontificale, toute de noire vêtue, la mantille sur la tête.
Ce furent les deux archevêques Stonor et Merry del Val qui rendirent à Édouard VII la visite au nom du Pape, c’est le Cardinal Gasparri qui est allé saluer les deux souverains au nom de Pie XI. Émerveillé de la lucidité de la puissante intelligence de Léon XIII, alors âgé de 93 ans, à peine de retour à l’ambassade anglaise, Édouard VII ayant témoigné le désir de posséder le portrait du pontife, en souvenir de son entrevue, le pape se hâta de le lui envoyer avec une gracieuse dédicace. C’est dans le courant de leur visite que le roi Georges, la reine Mary et Pie XI ont échangé leur portrait.
Comme dans les jours qui précédèrent le voyage du roi Édouard à Rome, de fanatiques anglicans ont protesté à Londres contre la visite de Georges V au Chef de la Chrétienté; pas plus que son père il en a tenu compte, et le souverain anglais a rendu hommage au successeur des papes dont on brûlait autrefois les images sur les places publiques de sa capitale.
Ce fut à l’occasion de deux voyages que firent successivement le duc de Gloucester, membre de la famille royale d’Angleterre et le duc de Cumberland, frère de Georges III, que des relations courtoises commencèrent à s’établir entre la cour de la Grande Bretagne et la Papauté si violemment désunies depuis Henri VIII et Élisabeth. Salué dès son entrée dans les États Pontificaux par des envoyés délégués expressément à cet effet par Clément XIV, le duc de Gloucester, comme peu de temps après, le duc de Cumberland, fut accompagné par eux jusqu’à Rome où l’accueil le plus flatteur lui fut réservé.
À l’un, comme à l’autre, les meilleurs produits du pays leur furent offerts par le pape qui se donna le malicieux plaisir de les réjouir par le merveilleux spectacle de l’illumination de la coupole de S. Pierre, élevée par Michel-Ange comme la plus belle couronne que la foi catholique pouvait placer sur la tombe du premier chef de l’Église.
Très touché de la réception faite aux deux premiers, Georges III écrivit à Clément XIV pour le remercier, et accepta sa médiation pour se réconcilier avec son frère, le duc de Cumberland. C’est sous le règne de ce roi, doué d’un grand sentiment de justice, que furent en partie abrogés ou mitigés certains articles du décret de Guillaume III qui avait dépouillé les catholiques et leurs évêques de leurs droits de citoyen.
L’hospitalité que le gouvernement anglais donna si généreusement aux émigrés français pendant la Révolution eut pour double résultat d’amoindrir les préjugés des anglicans contre les catholiques et de ménager de nouveaux rapprochements entre Georges III et la Papauté.
Chose curieuse, ce fut le sentiment de pitié qu’excitait le spectacle des malheurs des prêtres français qui s’étaient volontairement exilés pour sauvegarder l’intégrité de cette même foi, que l’Angleterre persécutait sur son territoire, qui fit oublier aux anglais l’intolérance de leurs lois contre le catholicisme et dont l’une, promulguée sous Jacques 1er, établissait la peine de mort contre tout prêtre catholique qui résiderait dans la Grande Bretagne.
Pour subvenir à l’indigence de ces confesseurs de la Foi qui arrivaient d’outre Manche, le célèbre orateur Edmond Burke fut le premier à ouvrir une souscription, au début de septembre 1792; elle produisit 32,000 livres sterlings, dans l’espace d’un an. Villemont forma un comité permanent de secours. Le Parlement lui-même vota de généreux subsides, et 35,000 livres sterlings furent recueillies dans une quête ordonnée par le gouvernement. Bien plus, l’évêque de Cantorbery offrit son propre palais et tous ses biens aux évêques français, et Georges III donna l’hospitalité à plus de six cents émigrés dans son palais de Winchester.
Dans un premier bref, à la date du 21 novembre 1792, Pie VI loua grandement la générosité des anglais et de leur roi envers les prêtres et les religieux français émigrés. Dans un second, le 17 février 1794, il exhortait les vicaires apostoliques de l’Angleterre à prêcher aux fidèles la soumission et la fidélité à l’égard de Georges III dont il vantait les vertus. En retour de l'appui moral que Pie VI donnait ainsi à son gouvernement, Georges III promit de garantir les États Pontificaux contre l’invasion révolutionnaire qui les menaçait.
(...) Sur l’avis des cardinaux, Pie VI accéda aux désirs du gouvernement de Georges III qui, en la circonstance, lui témoignait plus de déférence que les gouvernements de certains princes catholiques. Les rapprochements de l’Angleterre et de la Papauté s’accentuaient ainsi de plus en plus, et le temps était passé où l’on chantait dans Londres: Ab episcopi romani tyrannide et detestantibus enormalibus, libera nos domine.
Aussi, quand, le 29 août 1799, Pie VI mourut à Valence, Mgr Charles Erskine, (écossais d’origine né à Rome), que le pontife défunt avait envoyé à Londres, en mission diplomatique, put-il, en toute liberté, après 270 ans d’interruption, célébrer solennellement les funérailles d’un pape, en prononcer en langue anglaise l’oraison funèbre dans l’église St-Patrice, en présence de quatorze évêques dont onze étaient français, sans que nulle protestation s’élevât contre cet hommage public rendu au Chef de la Catholicité.
(...)
Pour consacrer le souvenir de tous ces rapports réciproques, le gouvernement royal envoya à Rome le célèbre peintre Thomas Lawrence pour y faire les portraits de Pie VII et de Consalvi.
L’habileté diplomatique déployée par Mgr Erskine pendant son séjour à Londres, à la fin du pontificat de Pie VI, n’avait pas peu servi à accroître les tendances favorables du gouvernement de Georges III envers la Papauté. Pie VII récompensa ses services en lui donnant le chapeau cardinalice, en 1803. (...)
Plus tard, dans l’unique promotion de cardinaux qu’il fit, le 19 mars 1830, Pie VIII voulut récompenser la généreuse hospitalité anglaise envers les prêtres français émigrés pendant la Révolution, en élevant Thomas Weld à la dignité cardinalice. Ce riche anglais, né à Londres, devenu veuf, à l’âge de 42 ans, après dix-neuf ans de mariage dont les premières années avaient été entièrement consacrées à soulager la misère des religieux, et prêtres émigrés, reçut le sacerdoce, à Paris, six ans après la mort de son épouse, et fut nommé coadjuteur de Mgr Macdonall, évêque de Kingston dans le Haut-Canada, trois ans plus tard, sacré évêque d’Amycle, et le 6 août 1820, il dut, pour divers motifs, rester à Londres d’abord, et venir ensuite s’établir à Rome. Là, peu après, devenu membre du S. Collège, il établit dans son palais des conférences dont le but était d’éclairer ses compatriotes sur les erreurs du schisme anglican. Mort en 1836 il fut enseveli dans son titre cardinalice de S. Marcel.
(...)
...en 1848, le Parlement avait abrogé les lois d’Henri VIII défendant toute relation avec la cour romaine, et qu’au surplus, il avait décrété que, le cas échéant, le S. Siège pourrait envoyer un plénipotentiaire à la seule condition que ce fut un civil, restriction qui blessa si profondément Pie IX, mais qui fut abrogée, en 1860.
À la même époque, tandis que l’Université d’Oxford acceptait avec reconnaissance le don d’un magnifique portrait de Léon XIII que lui offrait un riche anglais, la reine Victoria refusa l’hommage d’un livre plein de fiel contre la Papauté, publié par un ministre anglican et ayant pour titre : “Jacques II à Rome”.
Le même sentiment de courtoisie qui avait porté Léon XIII à envoyer un délégué à la reine Victoria, lui fit renouveler cet acte à l’égard d’Édouard VII, lors des fêtes de son couronnement. Leur coïncidence avec deux jours maigres, dont l’un en plus, imposait le jeûne, le vendredi 27 juin, le samedi 28, veille de la S. Pierre, lui fournit l’occasion d’ajouter encore à la bienveillance de son geste, en dispensant, en cette circonstance, les catholiques anglais de la loi ecclésiastique. Chose curieuse, ce ne fut qu’après la promulgation de la dispense papale, que l’évêque anglican de Londres, dans une lettre adressée à son archidiacre, accorda la même permission à ses fidèles, “autant, ajoutait-il, qu’il est en pouvoir de le faire”.
(...)
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