Messages récents | Retour à la liste des messages | Rechercher
Afficher la discussion

Lors de la nuit dramatique du 2 au 3 septembre, un jeune homme de 20 ans sauva 12 prêtres…
par pacem tuam da nobis, Domine 2022-09-03 22:03:09
Imprimer Imprimer

et ce jeune homme n'était autre que l'immense Étienne Geoffroy Saint Hilaire.

Les liseurs intéressés trouveront ci-dessous le récit de cette nuit héroïque telle que l'a rapportée son fils Isidore, lui-même grand biologiste.

Source

Aux pages 11-13 du même ouvrage, le liseur trouvera
également le récit de la façon dont Geoffroy Saint Hilaire sauva son maître
vénéré, Haüy.

Cordialement.

Pacem tuam da nobis, Domine


Geoffroy Saint-Hilaire venait de payer sa
dette à Haüy [<A
HREF="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Just_Ha%C3%BCy"
target="_blank">le grand cristallographe]: mais il ne pouvait se
livrer à la joie, tandis que ses respectables professeurs de
Navarre et du Cardinal Lemoine restaient sous les
verrous. Que faire pour eux? telle est, jour et nuit, sa pensée de
tous les instants. Quelques démarches sont essayées; elles échouent.
Plusieurs jours encore s’écoulent; on touche à la fin d’août, et les
portes de Saint-Firmin ne se sont plus ouvertes pour aucun des
prisonniers. Cependant les circonstances sont devenues plus graves
encore ; Danton a prononcé ces terribles paroles : il faut faire
peur aux royalistes
, et le sens sinistre de cette menace n’est
que trop facile à comprendre! Geoffroy Saint-Hilaire sent que le
moment des démarches est passé: il n’y a plus un instant à perdre;
s’il reste quelque espérance de salut, elle est toute en lui seul et
en son dévouement.

Un plan d’évasion s’était présenté à son esprit: il fait aussitôt ses
préparatifs. A la faveur des relations qui naissent du voisinage, il
avait déjà réussi à gagner l’un des employés de Saint-Firmin;
le 1er septembre, par l’entremise de son barbier, il parvient à se
procurer la carte et les insignes d’un commissaire des prisons. Retiré
dans sa chambre, dont la fenêtre avait jour sur Saint-Firmin,
il attend, plein d’anxiété, le moment favorable. Le 2 septembre, à
deux heures, au moment où le tocsin sonne, où le désordre est partout,
il revêt ses faux insignes ; il se présente à la prison; il y pénètre,
et bientôt ses maîtres connaissent les moyens d’évasion qu’il a
préparés. Tout est prévu, leur dit-il, et vous n’avez qu’à me suivre.
Tout avait été prévu, en effet; tout, sinon le dévouement sublime de
ces vénérables prêtres : «Non, répond l’un d’eux, l’abbé de
Keranran, proviseur de Navarre; non ! Nous ne quitterons pas nos
frères. Notre délivrance rendrait leur perte plus certaine!
» Les
supplications de Geoffroy Saint-Hilaire ne purent vaincre leur
résolution. Il sortit, plein de regrets, suivi d’un seul
ecclésiastique qu’il ne connaissait pas.

Dans la même journée, le massacre, qui, vers trois heures, avait
commencé aux Carmes et à l’Abbaye, devint général.
De sa fenêtre, Geoffroy Saint-Hilaire vit frapper plusieurs victimes :
il vit, et cet horrible spectacle lui est toujours resté présent, il
vit précipiter d’un second étage un vieillard qui n’avait pas répondu
à l’appel, soit qu’il eût voulu se cacher, soit peut-être qu’il fût
sourd! […] Et pourtant, il restait à sa fenêtre, ne pouvant détacher
son esprit de la pensée d’être utile aux ecclésiastiques de
Navarre et du Cardinal Lemoine, et toujours prêt à
saisir les chances favorables qui pourraient naître des circonstances.
Il attendit en vain toute la soirée; mais, dès que la nuit fut venue,
il se rendit avec une échelle à Saint-Firmin, à un angle de
mur qu’il avait, le matin même, afin de tout prévoir, indiqué à l’abbé
de Keranran et à ses compagnons. Il passa plus de huit heures sur le
mur, sans que personne se montrât. Enfin, un prêtre parut, et fut
bientôt hors de la fatale enceinte. Plusieurs autres lui succédèrent.
L’un d’eux, en franchissant le mur avec trop de précipitation, fit une
chute, et se blessa le pied. Geoffroy Saint-Hilaire le prit dans ses
bras, et le porta dans un chantier voisin. Puis il courut de nouveau
au poste que son dévouement lui avait assigné, et d’autres
ecclésiastiques s’échappèrent encore. Douze victimes avaient été ainsi
arrachées à la mort, lorsqu’un coup de fusil fut tiré du jardin sur
Geoffroy Saint-Hilaire, et atteignit ses vêtements. Il était alors sur
le haut du mur, et tout entier à ses généreuses préoccupations, il ne
s’apercevait pas que le soleil était levé!

Il lui fallut donc descendre et rentrer chez lui, à la fois heureux et
désespéré. Il venait de sauver douze vénérables prêtres; mais il ne
devait plus revoir ses chers maîtres de Navarre : au pieux
rendez-vous convenu entre le libérateur et les victimes, le libérateur
seul s’était rendu! […]

Deux jours après les massacres de septembre, Geoffroy Saint-Hilaire
était à Étampes. Sa famille attendait impatiemment de ses nouvelles,
lorsqu’il parait au milieu d’elle. Il n’a pas encore parlé, que déjà
l’inquiétude causée par son absence a fait place à une anxiété plus
vive encore. Il est pâle, défait, épuisé, presque sans voix: à peine
peut-il retracer les effroyables scènes auxquelles il vient d’assister
et de prendre part, ses angoisses durant ces longues heures d’attente
sur le mur de Saint-Firmin, et le succès, pour lui si
douloureusement incomplet, de son dévouement.

C’était le prélude d’une grave maladie. Le jeune homme de vingt ans
avait bien pu élever son énergie morale, mais non ses forces
physiques, au niveau des terribles événements des 2 et 3 septembre, et
maintenant, il succombait sous le poids des émotions si diverses qui
l’avaient tour à tour agité. Les médecins appelés le trouvèrent
atteint d’une fièvre nerveuse qui ne le quitta pas pendant une
semaine. Enfin le malade, que l’on avait transporté à la campagne,
entra en convalescence. Lui-même, dans sa vieillesse , se plaisait
encore à raconter comment la vue de la nature, le spectacle des
paisibles occupations des villageois, leurs chants rustiques, quelques
excursions aux environs d’Étampes, et des études de botanique qu’il
fit alors, d’après le conseil d’Haüy, substituèrent peu à peu dans son
esprit, à de funèbres tableaux, à de sanglantes images, de douces et
calmes pensées, et achevèrent la guérison commencée par la
médecine.

     

Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !


  Envoyer ce message à un ami


 Liste des 191 bienheureux martyrs des Carmes, 2 septembre 1792 par Francis Dallais  (2022-09-02 12:19:59)
      Martyrs de Septembre, pas seulement aux Carmes par Alexandre  (2022-09-02 13:11:29)
          Deux témoignages de rescapés par Sic transit  (2022-09-02 14:07:07)
          [réponse] par Francis Dallais  (2022-09-02 15:36:44)
              Vous allez trouver que je pinaille par Alexandre  (2022-09-02 17:06:42)
      A lire sur le sujet par baudelairec2000  (2022-09-02 20:01:23)
      Lors de la nuit dramatique du 2 au 3 septembre, un jeune homme de 20 ans sauva 1 [...] par pacem tuam da nobis, Domine  (2022-09-03 22:03:09)
          A noter que dans la liste des bienheureux martyrs… par pacem tuam da nobis, Domine  (2022-09-03 22:54:39)
      Le n° 116 est un ancêtre de ma famille par jl dAndré  (2022-09-04 19:28:02)


166 liseurs actuellement sur le forum
[Valid RSS]