Hæreticorum credentes: une étude de cas intéressante par Chicoutimi 2022-07-13 18:14:30 |
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Voici un cas d'étude paru dans la Nouvelle Revue théologique (pages 443-446), volume 36 (1890):
Consultation III
''Berthe, après avoir contracté un mariage mixte, avec toutes les conditions requises pour la licéité, a le malheur d'aller se présenter au ministre protestant, pour en recevoir une sorte de bénédiction nuptiale. Elle agit ainsi pour ne pas déplaire à son mari, sachant bien cependant qu'elle fait un acte condamné par l'Église sous peine d'excommunication. Mais, dès qu'elle a commis ce péché, elle en éprouve un grand remords de conscience. Elle vient se jeter aux pieds de son confesseur et le prie instamment de lui donner l'absolution.
Le confesseur lui demande si, en agissant de la sorte, elle a adhéré intérieurement aux erreurs professées par le ministre protestant. Elle lui répond que non; que jamais elle n'a eu le moindre doute au sujet de la foi.
Le confesseur lui répond que, pour réparer le scandale qu'elle a causé, elle doit se faire absoudre, par l'Évêque ou son délégué, de l'excommunication qu'elle a encourue, au moins pour le for extérieur. Berthe se soumet humblement à cette décision; mais elle déclare qu'elle désire beaucoup recevoir actuellement l'absolution sacramentelle, ne voulant pas rester plus longtemps dans les liens du péché.
Mais le confesseur pense que Berthe a encouru l'excommunication portée même pour le for sacramentel, contre ceux qui se rendent coupables d'une hérésie même implicite et purement externe; parce que, se dit-il, tel doit être le sens du mot Credentes, ajouté à celui de hæretici, dans la Bulle Apostolicae Sedis. En conséquence, il refuse d'absoudre Berthe, avant d'avoir obtenu des pouvoirs spéciaux.
Que faut-il penser de son opinion et de sa conduite ?
RÉP. 1° Berthe a certainement fait tout ce qu'il faut pour pécher mortellement d'abord, et, en second lieu, pour encourir au for extérieur l'excommunication in hæreticorum credentes. Il y a même cette circonstance aggravante, qui est loin de se rencontrer toujours, qu'elle savait faire un acte défendu par l'Église sous peine d'excommunication. A ce premier point de vue, et quoi qu'il faille dire du for intérieur, j'estime que le confesseur a sagement fait de lui refuser l'absolution sacramentelle jusqu'à ce qu'elle ait recouru au juge du for extérieur et se soit mise en règle de ce côté. Il lui inspire ainsi une plus grande horreur de sa faute; et il est bon qu'on sache combien cette faute est grave, et combien il est difficile d'en recevoir l'absolution.
2° Berthe a-t-elle encouru au for intérieur la même excommunication ? La question posée par le confesseur n'a pas été assez précise pour qu'on puisse répondre avec une entière certitude. Il a demandé si Berthe a adhéré intérieurement aux erreurs professées par le ministre, et elle répond qu'elle n'a jamais eu le moindre doute sur sa foi. Soit; mais ce n'est pas la question : s'il y avait eu adhésion intérieure aux erreurs de la secte, Berthe ne serait plus seulement hæreticorum credens, elle serait hæretica.
Il fallait pousser l'interrogatoire plus avant, et rechercher si les pensées intimes de Berthe ne renfermaient pas la créance donnée à l'hérésie. Berthe a pu penser que la cérémonie à laquelle on lui demandait de prendre part est une cérémonie après tout inoffensive, bien plus une cérémonie qui a du bon pour les protestants, que c'est la consécration de leur mariage au point de vue protestant. Elle n'a pas voulu déplaire à son mari : soit, traduisons : elle n'a pas voulu lui déplaire en tant qu'il est protestant et qu'il réclamait la bénédiction de son mariage par le ministre de sa secte; cela, c'est credere, fidere hæretico quatenus hæreticus est; ou ce n'en est pas loin. Combien de catholiques, par exemple, raisonnent ainsi : le mari protestant va bien se marier devant le prêtre catholique; n'est-il pas juste et d'une bonne tolérance que la femme catholique se prête à comparaitre coram ministro? Il est bien difficile que Berthe n'ait pas ces pensées intimes, ou d'autres de même sorte. C'est tout ce qu'il faut pour qu'elle ait été hæreticorum credens, et ait encouru, comme telle, l'excommunication.
Si oui, le confesseur ne pouvait que refuser l'absolution; la donner extra mortis articulum vel saltem grave scandali aut infamiæ periculum, c'eût été s'exposer à encourir l'excommunication portée dans la Bulle Apostolicæ Sedis contre : Absolvere præsumentes, quovis prætextu, ab excommunicatione S. Pontifici speciali modo reservata.
3° Le confesseur en question, à côté du fait de Berthe, me semble soulever un doute de droit. Il est disposé à croire qu'il y a excommunication même au for sacramentel (ou intérieur), pour ceux "qui se rendent coupables d'une hérésie même implicite et purement externe : tel doit être, dit-il, le sens du mot credentes, ajouté à celui de hæretici, dans la Bulle.'' Purement externe est de trop; pour que quelqu'un encoure, au for sacramentel ou intérieur, l'excommunication portée in hæreticos, il faut que son hérésie soit extérieure et intérieure : de même, pour encourir, au for sacramentel, l'excommunication portée in hæreticorum credentes, il faut que la créance ou confiance donnée à l'hérésie soit aussi extérieure et intérieure. On voit par ce que nous avons dit de Berthe combien cette créance est facilement intérieure.''
Source
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