« Dieu, la science, les preuves » : critique par Vexilla Galliae 2022-05-06 11:45:47 |
|
Imprimer |
Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Paris, Guy Trédaniel, 2021.
Partie 1
Ce livre paru en novembre 2021 ne cesse de faire parler de lui dans les milieux catholiques et au-delà : c’est le grand succès de cette année.
Votre serviteur l’a lu et analysé pour vous. Pour les gens pressés, voici la conclusion, les explications venant ensuite : c'est un livre à mettre entre toutes les mains des gens loin de la foi et de Dieu, et dans les mains de fidèles chevronnés dans la foi pour glaner des arguments apologétiques, mais il faut éviter de le lire sans avertissement (que ce modeste ex-libris tentera de donner) ou de le faire lire à des commençants ou à des chrétiens peu assurés dans la foi.
Disons-le tout de suite : ce livre doit être salué pour ce qu’il est, soit un livre d’apologétique osé et adapté à la doxa contemporaine, imbibé de scientisme, de matérialisme et d’athéisme.
Soulignons aussi que le succès de ce livre prouve que le sujet religieux revient sur le devant de la scène, sans honte et sans gêne, et sans que cela ne fasse scandale : nous avons un peu de mal à imaginer qu’un tel livre, il y a 20 ans, n’aurait pas été mis au pilori tout de suite.
Saluons encore la préparation de ce livre sous le patronage de la famille Bolloré, qui a su mettre au service du Christ des savoir-faire économiques et commerciaux, si souvent usés pour des sujets au mieux futiles, au pire pervers, au point que ces techniques ont tendance à être rejetés en bloc par nos milieux, de façon tout à fait compréhensible.
Saluons encore la belle facture du livre en tant qu’objet, chose rare aujourd’hui. La présentation est aérée, le style extrêmement bien travaillé et agréable à lire (malgré ses près de 600 pages, on le lit rapidement), et la nomenclature colorée et illustrée rehausse encore le tout (tout en sobriété et sans exagération, ni surcharge).
Le but du livre est clair : prouver par la science l’existence d’un dieu créateur, rien de plus et rien de moins.
Pour ce faire, les auteurs analysent l’histoire des sciences fondamentales depuis un peu plus de deux siècles, en rassemblant de façon très précise toutes les connaissances sur ces sujets, et en le vulgarisant pour que tout le monde qui a fait un peu de sciences puisse comprendre. Ils ont pour ce faire réussi à obtenir la collaboration de nombreux experts, dont la préface signée par un prix Nobel ajoute encore à l’autorité. Les notes sont nombreuses – peut-être un peu trop nombreuses, pour en rajouter sur l’aspect « nous ne disons rien sans fondement scientifique ».
Il faut ainsi prendre ce livre tel qu’il se présente et se veut : un pur livre d’apologétique qui s’adresse à la personne lambda de notre temps en France en 2022, soit loin de la foi mais avec un fond catholique certain, souvent matérialiste, athéiste et vouant une adoration sans limite pour les sciences et la raison.
Ce n’est ni un traité de théologie, ni un traité de philosophie, ni un manuel scientifique, mais un livre fait pour convaincre la personne lambda qu’un dieu créateur existe, et que cela est prouvé par la raison via les sciences.
L’ambition en soi est juste, car il est de foi que l’on peut prouver par la raison « l’existence d’un dieu créateur ». Aristote l’avait déjà fait. Et ce livre s’attache essentiellement non à des arguments philosophiques, mais scientifiques.
Le livre se divise en deux parties, en fait trois : une partie sur la cosmologie et comment ses résultats depuis un siècle prouve l’existence de Dieu, une partie sur le vivant, et une dernière partie sur les preuves non-scientifiques, soit les preuves philosophiques d’une part, mais aussi une analyse très bien faite du miracle de Fatima.
Notons tout de suite un regret : il aurait été très utile d’avoir aussi quelques chapitres sur la théorie de l’évolution, qui est le credo des contemporains ; mais peut-être que les auteurs ont jugé que s’attaquer à ce sujet aurait freiné les lecteurs potentiels à acheter le livre — car tous les choix ont été fait pour être le plus mordant possible, mais sans s’aliéner le lectorat ; ainsi le choix du miracle de Fatima et non pas celui du linceul de Turin.
Nous n’allons pas résumer le livre car cela serait trop long, nous nous contenterons de citer quelques éléments qui nous ont marqué en matière apologétique. Nous le répétons, mais nous avons appris quelques arguments qui peuvent être très utiles dans des discussions ou débats apologétiques. L’autre grand mérite de ce livre est de donner une présentation objective et synthétique de l’histoire des sciences au XXe siècle : à ma connaissance, c’est la première fois qu’une telle synthèse est réalisée en français, et ce n’est pour rien : exposer cette histoire est déjà un argument apologétique en soi. Car qu’apprenons-nous ?
Qu’aujourd’hui plus aucun scientifique ou presque ne tient véritablement une position athée du fait des découvertes scientifiques – cela ne veut pas dire qu’ils sont convertis, simplement que nombre de scientifiques admettent une existence créatrice.
Qu’ainsi, en un siècle à peu près, la vision de notre univers a été bouleversée si on la compare aux sciences newtoniennes, et que tout tend à prouver l’existence d’un dieu créateur : début et fin de l’univers, règlement de l’univers, temps et espace finis, complexité du vivant et impossibilité de la création du vivant sans acte extérieure, etc. (Notons-le au passage, même si ce n’est pas très important : le fait que l’univers ait un début ou non ne change rien en soi : c’était déjà un vieux débat scolastique au 13e siècle : Saint Thomas affirmait déjà que l'univers aurait pu être créé éternel, même si ce n’est pas le cas dans la réalité).
Le chapitre 6, historique, est très parlant : il expose toutes les persécutions, par les soviétiques en particulier, de scientifiques défendant la nature non-éternel de l’univers. L’argument apologétique est d’autant plus fort que ces scientifiques n’étaient généralement pas chrétiens. Il est aussi intéressant, dans les chapitres 14 et 15, de suivre le cheminement de grands scientifiques, comme Einstein, qui ne voulait pas admettre les conséquences de ses propres découvertes au début, puis a dû se rendre à l’évidence, et est passé d’une position foncièrement athée à une position agnostique.
Certains chapitres de la seconde partie sont aussi utiles : les Hébreux de l’Ancien Testament possédaient des connaissances scientifiques bien plus précises que tous les autres peuples... grâce à la Bible ! Leur science était plus avancée que celles des Grecs eux-mêmes, pourtant censés avoir inventé la science ! Les Hébreux étaient ainsi les seuls à ne pas croire que les astres, le soleil et la lune étaient des divinités, mais seulement des « luminaires ».
L’analyse du miracle de Fatima est aussi bien faite.
Voilà pour tous les bons côtés, nous exposerons dans la seconde partie de notre articles les limites et la grande faiblesse de ce livre.
[Ex-Libris] « Dieu, la science, les preuves » de Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies (1/2)
Partie 2
Après en avoir étudié les bons côtés, exposons les limites et la grande faiblesse de ce livre.
Notons tout d’abord que sur le plan doctrinal, on sent bien que tout a été vérifié et il y a peu d’erreurs – mais il y en a quelques-unes, en particulier page 344, qui veut croire qu’il « n’y a pas de hiérarchies entre les hommes » au paradis terrestre, ce qui est faux et va contre les explications de Saint Thomas.
La grande faiblesse de ce livre néanmoins se trouve ailleurs. Il manque cruellement une bonne explication de la relation entre foi et raison, et les différents niveaux de vérité, qui pourraient penser à croire que la vérité scientifique est plus que ce qu’elle est : soit tout à fait inférieure aux vérités philosophiques et théologiques.
Nous comprenons évidemment que vue l’objet du livre, ce genre de clarification aurait été difficilement mise en début de livre, mais il est aussi évident que mettre clairement l’exposé de la foi au moins en conclusion aurait été un minimum.
Expliquons-nous : démontrer l’existence d’un dieu créateur, c’est bien, mais clairement insuffisant. Car toutes les religions, ou presque, font foi d’un démiurge quelconque, qui n’est en rien le dieu trinitaire incarné et ressuscité dans sa seconde personne, Jésus-Christ.
Il aurait ainsi fallu dire que la foi ne se prouve pas, mais qu’elle est un acte de la volonté à poser envers Dieu et sa vérité révélée. Et là se trouve un saut que seule la volonté peut faire. L’intelligence peut être aussi éclairée que vous voulez, convaincu de l’existence d’un dieu créateur, voire de la supériorité indéniable dans tous ses aspects des évangiles et de la doctrine catholique, qu’elle n’est pas encore convertie tant qu’elle ne décide pas de faire confiance dans un acte de foi authentique à Jésus-Christ.
Sous cet aspect, le bât blesse dans ce livre : un lecteur non averti, ou malintentionné pourrait croire que la science permet de prouver Dieu, voir suffit à saisir l’ensemble de Dieu, et que Dieu serait ainsi une sorte de « gnose »… Les auteurs n’ont pas cette intention à mon avis, car moi-même, en lisant, je n’ai jamais eu cette impression : je me disais juste « dommage qu’ils ne parlent pas plus clairement de la relation foi-raison, et expose clairement les limites de leur propos ».
Ce qui m’a mis la puce à l’oreille est un entretien sur Radio Courtoisie[3], où le pauvre abbé Tanoüarn s’est fait embarquer (sans savoir où il allait, je pense, mais passons) : tout le monde était bien poli, mais les théories farfelues d’un rabbin cabaliste et gnostique, scientifique autoproclamé, avait de quoi mettre mal à l’aise. Personne n’a relevé, j’imagine par politesse, mais c’est regrettable. Les animateurs de l’émission étaient aussi étranges, gnostiques sur les franges, voulant croire semble-t-il que la raison humaine est toute puissante. On se demande comment les auteurs, mais aussi l’abbé, ont pu se retrouver là…
Autre indice, il semble que l’éditeur Guy Trédaniel est connu pour ses penchants éditoriaux gnostiques, cosmiques et œcuméniques…, qui l’empêchent de publier tout livre véritablement catholique.
Là est le problème : il semble qu’un certain œcuménisme conciliariste et une fausse tolérance envers les religions ont conduit les auteurs – qui n’ont peut-être pas demandé aux bons clercs la relecture ? car de bons abbés n’auraient pas laissé passer cet erreur à la fois dommageable et triste, car il s’en aurait fallu de peu pour que le livre passe de bon livre de référence apologétique à une vraie œuvre missionnaire catholique – à ne pas parler clairement des distinctions si importantes de foi et de raison, et de remettre les différentes vérités (scientifiques sur le mode hypothétique, les plus faibles et basses, les vérités philosophiques, et les vérités théologiques) à leur place tout en rappelant que seul l’acte de foi envers Jésus-Christ, vrai homme et vrai Dieu peut sauver, et qu’il faut faire ce pas.
À vouloir trop être consensuel sous couvert d’objectivité on se prend les pieds dans le tapis.
Il est clair en tout cas que, vu comment les gnostiques de tous les bords apprécient ce livre, il n’est pas contradictoire en soi avec leur vision gnostique et anti-catholique du démiurge. Nous en revenons au point de départ : prouver le dieu créateur c’est bien, et apologétiquement parlant certainement nécessaire aujourd’hui dans notre monde, mais insuffisant. Il faut tout de suite appeler à la conversion à Jésus-Christ, sinon il est à craindre que les bonnes volontés convaincues par ce livre de l’existence d’un dieu, n’aille pas vers le Dieu unique, vrai Dieu, trinitaire, et incarné et ressuscité, mais vers un quelconque démon se cachant derrière de jolies oripeaux…
Nous prions pour que les auteurs s’en rendent compte et corrigent le tir dans un second opus.
Mais disons en conclusion que ce livre est forcément inclue dans le plan providentiel : et ce n’est pas parce que certains délires gnostiques voudront se le réapproprier que les lecteurs touchés n’iront pas vers le vrai Dieu. Nous savons nous-mêmes que si nous avions lu ce genre de livre quand nous étions encore loin de la foi, que nous ne savions même pas ce qu’était un abbé, encore moins le Christ, ce livre aurait accéléré notre conversion, sans aucun doute.
Paul-Raymond du Lac
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France !
[Ex-Libris] « Dieu, la science, les preuves » de Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies (2/2)
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|