Qui sont ces Lyonnais qui prient pour la France ? par XA 2022-04-20 08:12:59 |
|
Imprimer |
Lu dans Le Progrès :
Qui sont ces Lyonnais qui prient pour la France ?
Depuis janvier, des milliers de personnes ont pris l’habitude, aux quatre coins de l’Hexagone, de se rassembler, à des jours et horaires fixes de la semaine, pour réciter le chapelet, en petits groupes, aux abords d’édifices religieux. Nous en avons rencontrés devant la cathédrale Saint-Jean (Lyon 5e), un mercredi, à 17 h.
Par Pierre DUJOL (avec S. RAGUIN)
Accompagnée par sa nièce de 9 ans et sa fille de 11 ans, Alexandrine nous a donné rendez-vous sur les bords de Saône, très fréquentés, ce mercredi après-midi quasi printanier. Il est 16 h 40. Dans 20 minutes, cette habitante de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, mère de cinq enfants, se rendra place Saint-Jean (Lyon 5e ) comme tous les mercredis, depuis janvier, afin de réciter le chapelet, en compagnie d’autres catholiques.
Tous font partie de « La France Prie », un mouvement lancé en novembre 2021 par un certain Louis-Pierre Laroche, un importateur de vins français, expatrié en Autriche, qui a souhaité réunir des fidèles dans différents pays du monde, chaque mercredi, près des églises et autres édifices religieux.
Aujourd’hui, le mouvement s’est particulièrement répandu via les réseaux sociaux, notamment Telegram, pour atteindre environ 12 000 membres et 2 810 lieux de chapelet en France, dont une bonne cinquantaine dans la Métropole de Lyon et le Rhône, avec des jours de semaine et horaires de rendez-vous fixes, majoritairement le mercredi, mais pas seulement.
Par exemple, devant la statue de la Vierge Marie, place de la République, à Anse, le jeudi, à 18 h. Ou encore, au pied de la croix à l‘extérieur de l’église Saint Barthélémy, à Genas, le mardi, à 18 h 15.
« Fière d’affirmer ma foi de cette façon »
« Lorsque j’en ai entendu parler, je me suis dit que c’était une bonne idée d’aller prier pour la France », confie Alexandrine, chrétienne pratiquante. Pour elle, la foi en Dieu est essentielle à sa vie. « J’ai du mal à comprendre que l’on puisse être croyant sans pratiquer. C’est un peu comme se dire végétarien, mais ne pas appliquer. J’ai eu des moments de flottement, mais je prie régulièrement. J’espère transmettre ces valeurs à mes enfants », ajoute fièrement cette mère au foyer, titulaire d’un diplôme d’orthophoniste.
Salariée dans l’hôtellerie, son amie, Isabelle, fait également partie de cette France qui prie, depuis le début de l’année. Elle raconte : « J’ai découvert ce mouvement à Paris. La période, que l’on a traversée, amène à se poser des questions. On prie le chapelet pour protéger la France face à cette crise sanitaire ».
« On peut également prier pour ses proches, les conflits dans le monde ou les enfants malades, la prière est quelques de chose de très profond et intime », rebondit Alexandrine.
Doucement, on se dirige vers la place Saint-Jean. Alexandrine et Isabelle trouvent sur le parvis une dizaine de pratiquants, venus méditer, comme eux.
Regards tournés vers la cathédrale et la Vierge Marie, ces derniers récitent à voix basse plusieurs prières, telles “Notre Père”, “Je vous salue, Marie”, “Gloire au Père” et la “prière de Fatima”, dans un ordre bien déterminé.
Isabelle soutient : « À partir du moment où l’on ne gêne personne, ni la circulation, cela est toléré. Nous sommes sur le parvis d’une église, un lieu de culte. Je suis fière d’affirmer ma foi de cette façon ».
Interloqués, les passants jettent un œil curieux devant ces gens, qui prient dehors, aux yeux de tous. C’est le cas d’Agathe, 24 ans, professeur de français. « Je suis athée, mais cela ne me choque pas. On est dans un pays de culture judéo-chrétienne », estime la jeune fille, avant de questionner quand-même : « Est-ce que la religion doit s’exprimer dans l’espace public ? »
De passage, Mélanie reconnaît s’être sentie « un peu gênée ».
Pour Lætitia : « Chacun est libre d’exprimer sa foi. Je n’avais même pas fait attention. Je trouve juste cette façon de prier austère. À choisir, je préférerais entendre des chants, plus vivants, du Gospel par exemple », sourit-elle.
Si le diocèse n’a pas souhaité s’exprimer officiellement, Pierre Farabet, sacristain de la cathédrale Saint-Jean voit d’un bon œil ces « actes de foi », de « dévotion chrétienne ».
« Je n’ai encore jamais dialogué avec eux (sic), mais dans la mesure où ils n’interpellent pas les gens, ni n’entravent l’accès à la cathédrale, je trouve leur démarche plutôt noble, louable. On peut y voir un retour à la simplicité de la prière et cela rappelle la fonction spirituelle de notre cathédrale, où beaucoup de visiteurs viennent, en première intention, pour sa valeur culturelle, en particulier, pour notre horloge astronomique. Vous trouverez toujours des Républicains convaincus, qui trouveront ces faits inappropriés dans une société de laïcité ; la question est complexe ; de mon côté, je n’ai pas d’objection ; les lieux saints n’ont pas le monopole ; on a le droit de prier partout ».
Repères
Que dit la charte de « la France prie » ?Selon le site internet qui lui est consacré, ‘‘La France prie’’ est une initiative « initiée par des laïcs catholiques ».
Une charte a été élaborée. L’objectif ? Promouvoir les chapelets, « priés en public », en petits groupes, dans les villes et villages de France. « Il s’agit de confier notre pays à Notre-Dame et lui demander son aide pour tous les habitants, dans la crise actuelle, afin de retrouver la paix et la liberté́, dans la société, dans le respect de l’ordre et du droit naturel. Il s‘agit d’une pure action de prière au sens de la liberté constitutionnelle de culte, garantie par la République. Notre initiative se distancie, par avance et expressément, de toutes les actions hors de l‘objectif de prière susmentionné́, en particulier les actions politiques ou actionnistes. »
Prier sur la voie publique, est ce légal ?Oui. Les manifestations religieuses, en dehors des lieux de culte (églises, mosquées, synagogues, temples…), comme les prières de rue, sont autorisées, sur la base du « principe fondamental » de la liberté de conscience, découlant de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 et garanti par la Constitution. À une réserve près : ces manifestations ne doivent pas troubler l’ordre public.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|