Ténèbres et Lumière, par le R. P. Jean-François Thomas par Vexilla Galliae 2022-04-18 22:55:37 |
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« La Semaine sainte est rythmée, parmi tant d’offices religieux formant la fine pointe de la liturgie latine, par les Ténèbres du triduum pascal. Il n’est pas étonnant que, parmi beaucoup d’autres pages précieuses, ces psalmodies aient pratiquement disparu de de la réforme liturgique. Le moderne, ou celui qui se veut tel, a horreur de tout ce qui pourrait l’exposer à regarder son péché et sa finitude, et il juge comme pessimisme déplacé ce qui lui rappelle sa responsabilité dans la décadence des temps. L’invitation au deuil et au repentir lui semble être déplacé dans un monde qu’il édifie à l’aide de slogans, de ballons blancs et d’ours en peluche. Comment pourrait-il entonner, avec toute l’Église depuis deux mille ans, les paroles d’un David écrasé, le cœur saisi de remords et désireux de s laisser envahir par la miséricorde : « Eripe me de luto, ut non infigar : libera me ab iis, qui oderunt me, et de profundis aquarum. » (« Retirez-moi de la boue, et que je n’y reste pas enfoncé ; délivrez-moi des ennemis et des eaux profondes ! » Psaume LXVIII, 18) Encore faudrait-il qu’il se reconnût prisonnier de l’ordure, engoncé dans une gangue d’ennemis dont les plus redoutables ne sont pas ceux qui l’agressent de l’extérieur. Lorsque retentit la lamentation de Jérémie appelant Israël à la conversion, l’écho qui nous est renvoyé à travers les siècles est aussi un avertissement qui nous est adressé : « Jerusalem, Jerusalem, convertere ad Dominum Deum tuum. » (« Jérusalem, Jérusalem, convertis-toi au Seigneur ton Dieu. » Lamentations de Jérémie) Les ténèbres, qui ont recouvert le ciel de Jérusalem lorsque Notre Seigneur expira, n’ont pas cessé de s’étendre sur le monde : « Il était environ la sixième heure, et les ténèbres couvrirent toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Et le soleil s’obscurcit, et le voile du temple se déchira par le milieu. » (Évangile selon saint Luc, XXIII. 44-45) Hélas, l’homme qui refuse Dieu se persuade qu’il marche dans la lumière alors qu’il s’enfonce dans la nuit. Léon Bloy, si conscient de l’aveuglement humain, écrit dans son Journal, à propos de la Résurrection : « Je vois toujours Jésus en agonie, Jésus en croix, et je ne peux le voir autrement. » (Le Mendiant ingrat, Tome XI, Journal I) Il y a là les accents pascaliens du fameux : « Jésus est en agonie jusqu’à la fin du monde. Il ne faut pas dormir pendant ce temps‑là. » (Pensées, Brunschvicg 553) L’Église n’aurait pu retenir que la victoire du Sauveur et laisser de côté, discrètement, le gibet du supplice qui valut ce triomphe. Elle aurait pu écarter les ténèbres et se complaire dans une lumière sans ombre. Elle ne l’a point fait car elle savait qu’elle aurait été infidèle si elle avait cédé à cette tentation. Le croyant doit faire face aux ténèbres, celles du monde, celles qui l’envahissent parfois, et se souvenir qu’il n’est pas l’héritier d’un royaume de guimauve où le bien édicté serait celui des passions, des émotions, des opinions, de la sensiblerie, celui des lois purement humaines donc toujours perfectibles ou franchement mauvaises. [...] »
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