Le Mystère de la Rédemption (abbé Côme Rabany, fssp) par XA 2022-02-18 15:26:28 |
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Chers liseurs,
je reproduis ci-dessous, avec son aimable autorisation, un article de M. l'abbé Côme Rabany paru dans le dernier numéro de Communicantes, le Bulletin de la Fraternité Saint-Pierre à Lyon (N°145, fév. 2022, pp. 13 à 19). La note de bas de page est de mon fait.
Bonne lisure !
XA
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LE MYSTERE DE LA REDEMPTION
Introduction
La rédemption est le rachat d’un prisonnier, moyennant une rançon payée par le captif ou par un intermédiaire. Cet intermédiaire sera appelé le médiateur. Ainsi, Moïse – qui était le médiateur entre Dieu et le peuple juif – fut la figure du vrai médiateur : Jésus-Christ le Sauveur.
Jésus va ainsi expier : cette expiation (ou réparation) est l’acceptation volontaire d’une peine pour réparer une faute. Et comme cette réparation est adéquate (suffisante), le Christ va satisfaire parfaitement. On parlera donc de satisfaction quand l’expiation est totale.
La Rédemption
La Rédemption est le mystère de Jésus-Christ mort sur la croix pour nous racheter.
1- La rédemption est un rachat
Par le péché, Adam et Eve avaient perdu pour eux et pour leurs descendants les dons surnaturels que Dieu leur avait octroyés, ils s’étaient rendus coupables d’une offense qui exigeait réparation et ils étaient tombés sous l’emprise du démon. Il fallait donc offrir à Dieu une réparation à laquelle il avait droit.
Racheter l’humanité a donc consisté, pour le Christ, à offrir une rançon, à payer à la place des hommes, les dettes qu’ils avaient contractées vis-à-vis de Dieu par le péché, pour leur reconquérir les biens qu’ils avaient perdus (la grâce et le droit au bonheur du ciel) et pour les libérer de l’esclavage du démon.
2- La rédemption s’est accomplie par la Passion de Jésus-Christ
C’est-à-dire, par ses souffrances et sa mort sur la croix. L’homme étant incapable d’offrir à Dieu une réparation équivalente à l’injure, Jésus-Christ se fit le médiateur, l’intermédiaire entre l’offensé et l’offenseur. « Comme par la faute d’un seul, la condamnation est venue sur tous les hommes, ainsi, par la justice d’un seul vient à tous les hommes la justification qui donne la vie. » (Rm. 5, 18)
3- La rédemption est un mystère
Notre seule raison ne peut comprendre comment Dieu a pu souffrir et mourir sur une croix. Souffrir est impossible à la nature divine en tant que telle (car elle possède toutes les perfections de toute éternité), mais cela devient possible dans la personne de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, dans lequel tous les actes de la nature humaine (donc sa souffrance) sont attribués à la personne divine.
Nécessité de la Rédemption
Etant donné l’existence historique du péché originel, il y avait pour Dieu deux manières de traiter l’homme coupable :
- le punir: en choisissant de supprimer le genre humain ou l’abandonner à son refus de Dieu, qui le privait de sa présence et de son amour, donc du bonheur éternel (c’est la définition de l’enfer).
- lui rendre son amitié : par simple bonté, en pardonnant l’injure sans exiger de réparation ou par bonté et justice, en réparant lui-même.
Pour satisfaire totalement, il fallait une intervention personnelle de Dieu lui- même. Pour réparer la faute d’un homme, il fallait un homme ; et pour réparer l’offense faite à Dieu, il fallait un Dieu. Il fallait donc que Dieu s’unisse à la nature humaine. Dieu devait s’incarner.
Mais devait-il mourir ? De manière absolue, non. Une larme du Christ aurait même pu suffire ! Mais le Christ a voulu donner le plus grand signe d’amour possible qui est de donner sa vie : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn. 15, 17)
C’était la meilleure manière. Qui n’aimerait ce Dieu qui nous a tant aimés ? Car l’amour provoque l’amour et l’exercice des vertus du Christ est exemplaire pour l’humanité. « Le Christ a souffert pour vous ; et il vous a laissé son exemple afin que vous marchiez sur ses traces. » (1 Pi. 2,21)
La nécessite de la rédemption est donc relative. Il était absolument nécessaire que la rédemption s’opère par l’incarnation, mais la passion n’était donc pas le mode nécessaire de satisfaction. Ce moyen a été choisi pour montrer aux hommes l’amour infini de Dieu pour eux ainsi que l’horreur du péché.
La rédemption révélée dans la Bible
Par sa passion et sa mort sur la croix, le Christ a satisfait à Dieu pour tous les péchés des hommes et a mérité leur salut.
1- Cette vérité de foi nous est révélée dans l’Ancien Testament
- l’agneau pascal de l’Ancien Testament délivra le peuple hébreu de la servitude égyptienne. Il est une figure du Christ qui libéra l’humanité de
l’esclavage du péché.
- Isaïe (chapitre 53) et le psaume 21 annonce le Messie comme l’hostie propitiatoire, c’est-à-dire la victime qui doit satisfaire à la justice de Dieu pour nos péchés.
C’est ce que Jésus affirmera tout au long de sa vie :
« C’est ainsi que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. » (Mt. 20, 28)
« Car ceci est mon sang, le sang de l’alliance qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés. » (Mt. 26, 28)
2- Les apôtres témoignent que la mort du Christ est une vraie satisfaction et la cause de notre salut
« Ils sont justifiés par la faveur de sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus : Dieu l’a exposé, instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi ; il voulait montrer sa justice car il avait passé condamnation sur les péchés commis jadis. (Rm. 3, 24s)
3- La Tradition confirme
- saint Irénée (IIe siècle) : « Nous avons été rachetés par le sang du
Christ, par sa mort qui fut un vrai sacrifice et par son obéissance qui expia notre désobéissance. » (Contre les hérésies)
- le concile de Trente déclare : « Jésus-Christ par sa très sainte passion sur l’arbre de la croix nous a mérité la justification et a satisfait pour nous à Dieu son Père. »
Nature de la Rédemption
Le Christ a été tué à la veille de la Pâque, en cet anniversaire où, depuis tant de siècles, l’immolation de l’agneau pascal commémorait la délivrance du peuple d’Israël, et préfigurait le véritable agneau de Dieu dont le sacrifice devait libérer tout son peuple de la servitude du péché.
C’est à Jérusalem, ville sainte, capitale de la nation choisie, que la grande victime vint se substituer aux holocaustes imparfaits et symboliques. Et le sacrifice eut lieu hors de l’enceinte (sur le mont Golgotha), tout comme jadis pour les cérémonies d’expiation, la victime, chargée du péché, était égorgée en dehors des limites du camp.
Jésus-Christ a enduré de multiples souffrances : il est certain que ses tortures ont dépassé celles de n’importe quel martyr, tant en étendue qu’en intensité. On peut se souvenir de tous les épisodes de la passion (agonie, tribunaux, flagellation, couronnement d’épines, chemin de croix, crucifixion, etc.) et les contempler à travers la relique du saint Suaire et les études médicales (ou même dans le film La Passion de Mel Gibson).
Il ne faut pas croire que parce qu’il était Dieu ses souffrances lui étaient plus supportables : bien au contraire ! S’il les acceptait volontairement, il n’a pas moins souffert car il désirait et ne faisait donc rien contre, en se protégeant ou en se plaignant...
De plus, comme il possédait une nature humaine parfaite, le Verbe incarné était doué d’une sensibilité plus affinée et d’une âme plus délicate. Et il ne faut pas oublier, qu’en ayant la vision béatifique, il souffrait de voir les péchés des hommes et l’ingratitude de beaucoup malgré ses souffrances pour eux.
Conséquences de la Rédemption
La Passion a mérité notre rédemption parce qu’elle fut obéissante, amoureuse et volontaire.
1- La satisfaction pour le péché
Pour quel motif le Christ a-t-il souffert ? Le prophète Isaïe répond : « Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. » (Is. 53, 5)
2- La réconciliation de l’homme pécheur avec Dieu
« Si, étant ennemis, nous fûmes réconciliés à Dieu par la mort de son fils, combien plus, une fois réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. » (Rm. 5, 10)
« Et le tout vient de Dieu qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation. Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation. » (2 Co. 5, 18s)
3- La restitution des dons surnaturels
En vertu de son sacrifice, le Christ a permis la restauration de la justice originelle qui a été véritable, bien qu’incomplète.
L’homme est rentré en possession des dons surnaturels: la grâce sanctifiante, les grâces actuelles, la gloire du ciel : « Il ne s’est pas occupé des œuvres de justice que nous avions pu accomplir, mais, poussé par sa seule miséricorde, il nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint. Et cet Esprit, il l’a répandu sur nous a profusion, par Jésus-Christ notre sauveur, afin, que justifiés par la grâce du Christ, nous obtenions en espérance l’héritage de la vie éternelle. » (Tit. 3, 5-7)
Quant aux dons préternaturels (1), (immortalité, impassibilité, science infuse et intégrité), ils n’ont pas été rétablis.
Caractère de la Rédemption
1- Elle fut libre
Tant du côté du Père que du Fils. « C’est pour cela que le Père m’aime, parce que je donne ma vie, pour la reprendre. Personne ne me l’enlève ; mais je la donne de moi-même. » (Jn. 10, 17s)
2- Elle fut surabondante
Elle fut non seulement plénière (suffisante) mais elle alla au-delà de l’offense elle-même infinie. Ainsi, si le Christ a tant souffert, c’est afin de nous faire comprendre la grandeur de son amour et la gravité du péché : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. » (Rm. 5, 20)
3- Elle fut universelle
Attention, cette question est très délicate. D’une façon générale, on peut dire que la Rédemption porta ses fruits pour autant que nous en voulions.
Le Concile de Trente déclare que Jésus « est mort pour tous, encore que tous ne participent pas au bienfait de sa mort. » Notre coopération est donc exigée.
Il est de foi d’affirmer que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes et a expié pour tous les péchés.
Mais attention, cette affirmation ne signifie pas que tous les hommes sont sauvés, mais qu’ils pourraient tous l’être par la rédemption s’ils le voulaient.
4- Elle demande notre coopération
Luther et Calvin professent l’hérésie inverse : « La foi seule suffit sans les œuvres », mais saint Paul dit bien : « En ce moment, je trouve ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son corps qui est l’Eglise. » (Col. 1, 24)
Nous devons donc affirmer que la coopération de notre part est une condition indispensable à notre salut.
Cette affirmation est de foi et est le fondement de la vie spirituelle : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. » (Mt. 16, 24)
Solidaires d’Adam dans la chute, nous le sommes dans le Christ par l’œuvre de la réparation.
Pour obtenir les fruits de la rédemption, il faut expier avec le Christ pour nos péchés en portant notre croix. La foi seule ne suffit pas pour notre justification : il faut y ajouter les œuvres. Ainsi saint Augustin écrit : « Celui qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi. »
Conclusion
N’oublions pas que, comme la Trinité et l’Incarnation, la Rédemption est un mystère. Sans la foi, les rationalistes n’ont vu dans ce mystère qu’un sentiment de vengeance contraire à la volonté de Dieu, alors que c’était la preuve d’un amour infini, tout de justice (en rendant à chacun ce qui lui est dû) et de miséricorde (qui ne demande pas cet acte coupable, mais le fait à sa place, en lui proposant d’y participer). Il faut y adorer Dieu : « Nous vous adorons ô Christ, et nous vous bénissons, car vous avez racheté le monde par votre sainte croix. »
Inspiré du catéchisme des Trois Blancheurs
Abbé Côme Rabany, Fssp
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(1) Dons préternaturels. Dons accordés par Dieu à Adam pour le perfectionner dans sa nature (domination de la raison sur la concupiscence, exemption de la maladie et de la mort), et perdus par le péché originel. L'homme actuel a en naissant la simple «carence» ou absence des dons surnaturels ou préternaturels d'Adam (Théol. cath.t.4, 11920, p.869). (source)
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