Agressions sexuelles dans l’Eglise : une commission va « évaluer la douleur » pour réparer par Bernard Joustrate 2022-02-15 16:29:07 |
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Par SudOuest.fr avec AFP
Une indemnisation financière, pour aider à « tourner la page », mais pas seulement : à la Commission reconnaissance et réparation (CRR), tout récemment installée à Paris, les premières victimes d’instituts religieux catholiques viennent déposer leur récit et évaluer leurs souffrances pour pouvoir se réparer
En ce lundi, Michèle-France Pesneau a poussé la porte des locaux de la CRR pour une première audition avec son président Antoine Garapon.
Cette ancienne carmélite, qui dit avoir été pendant vingt-cinq ans sous emprise spirituelle et sexuelle de deux dominicains - les frères Marie-Dominique Philippe et Thomas Philippe, connus pour leurs théories et pratiques déviantes - n’en est pas à son premier témoignage. Elle s’est déjà confiée à plusieurs médias et dans un livre, « L’Emprise », sorti en 2020.
Lors de ce rendez-vous, auquel assiste l’AFP, il s’agit d’aller plus loin : « Enclencher un processus qui va peut-être me permettre de tourner la page et de vivre paisiblement le reste de ma vie, ce que je ne peux faire aujourd’hui », confie la septuagénaire
La CRR est née de la décision, en novembre, de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref) de mettre en place une instance permettant aux victimes de prédateurs de ces instituts de demander réparation.
Au-delà d’être un espace de dialogue, elle propose une médiation entre la victime et la congrégation, notamment quand la réparation passe - même si ce n’est pas toujours le cas - par une demande d’indemnisation financière.
La CRR réfléchit à mettre en place « un questionnaire d’auto-évaluation du préjudice par la victime », mesuré en fonction des conséquences sur « la vie personnelle, affective, sociale et professionnelle, familiale et spirituelle ».
« Tiers de justice »
« C’est pas si facile de noter sa douleur », répond Michèle-France, qui fait valoir des « souffrances psychiques », qui lui ont valu six ans de thérapie.
La question est de savoir ce qu’on indemnise : la gravité de l’acte ? Ses conséquences ? ». « Les deux, mais comment les combiner ? »
La CRR entend « s’inspirer » de « la jurisprudence des tribunaux français en matière de viol », mais examine aussi des démarches des Boy Scouts of America, accusés d’agressions sexuelles, qui ont ouvert un fonds d’indemnisation.
Sur les 180 dossiers reçus par la CRR depuis janvier, « la plupart demandent une réparation financière mais ne savent pas la chiffrer », souligne M. Garapon.
« Un certain nombre d’instituts masculins ont écrit aux victimes en leur disant être prêts pour la démarche », affirme Véronique Margron, présidente de la Corref, engagée depuis deux ans dans la sensibilisation des 450 congrégations françaises (soit 30 000 moines, moniales, frères et sœurs de l’Église) à cette « justice restauratrice ».
La création de la CRR était l’une des préconisations du rapport de Jean-Marc Sauvé qui a révélé en octobre l’ampleur de la pédocriminalité dans l’Église catholique. Ce rapport a aussi dénoncé les agressions sexuelles subies par les religieuses, majeures mais plus facilement sujettes aux abus de pouvoir, spirituel ou sexuel, du fait de leur isolement.
Une autre instance, qui s’adressera, elle, aux victimes agressées dans d’autres enceintes catholiques (catéchisme, scouts, enseignement) sera installée la semaine prochaine.
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