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Retour sur le XVIe congrès théologique du Courrier de Rome
par Bernard Joustrate 2022-01-21 16:47:02
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Dans Présent, Anne Le Pape revient sur le XVIe congrès théologique du Courrier de Rome :

Plus de 250 personnes se pressaient dans la crypte de Notre-Dame-de-Consolation pour le XVIe congrès théologique du Courrier de Rome en ce samedi 15 janvier. Succès dû notamment au thème annoncé : « Après Traditionis custodes, comment garder la Tradition ? », qui touche les fidèles… et bien évidemment les prêtres, nombreux dans l’assistance.

C’est évidemment la conférence de l’abbé Pagliarani qui était la plus attendue(...). Le premier des points saillants de l’intervention du supérieur de la Fraternité a d’abord été que Mgr Lefebvre avait compris en une nuit l’impossibilité, en fait, d’accepter le protocole du 5 mai 1988. (...) (Il) a continué en évoquant le motu proprio de 1988, qui reposait, a-t-il souligné, sur une contradiction : pour ceux qui l’ont accepté, il s’agissait de garder la Tradition. Pour les autorités romaines, il s’agissait en réalité d’un chemin pour intégrer progressivement les derniers réticents dans le mouvement conciliaire. Le motu proprio de 2007 ? Fondé sur une illusion, dans la mesure où il ne remettait pas en cause le principe des erreurs de la nouvelle liturgie, mais prônait une « réforme de la réforme dans la continuité » qui ne pouvait pas fonctionner et qui, au vrai, n’a même pas été mise en œuvre, en pratique. Pour les autorités romaines, a précisé l’abbé Pagliarani, la liturgie traditionnelle ne peut être tolérée que si l’on accepte la messe nouvelle, le pluralisme liturgique, toute la nouvelle ecclésiologie conciliaire. En résumé, on ne peut conserver cette liturgie traditionnelle que si l’on accepte de déclarer qu’elle n’exprime pas ce qu’elle exprime en réalité, à savoir la foi traditionnelle, la théologie traditionnelle, qui diffère de la théologie conciliaire (ce qui est la conviction des autorités romaines… sauf que c’est en sens inverse des traditionalistes).

« La messe traditionnelle, nous ne la voulons pas sur un autel latéral, ni comme un simple élément de la pluralité dans l’Eglise. Nous la voulons maintenant, pour tout le monde, intégralement, sans aucune condition. C’est ainsi que la FSSPX est d’Eglise, en œuvrant non pour son petit bien propre, mais pour le bien de tous les catholiques, de toute l’Eglise », a conclu l’abbé Pagliarani.

Anne Le Pape s'est également entretenue avec l’abbé Benoît Espinasse rédacteur en chef de La Porte Latine, lui-même intervenant au cours du congrès. En voici quelques extraits.

— Monsieur l’abbé, comment voyez-vous l’application de Traditionis custodes dans les diocèses français ? Pensez-vous qu’il y aura une grande disparité ?

— Déjà, tous les diocèses ne sont pas touchés de la même façon, n’étant pas tous concernés. Je cite une étude faite par La Nef qui manifeste que la présence de ces groupes utilisant le motu proprio Summorum Pontificum est très inégale selon les diocèses, même si, d’après une note de la Conférence des évêques de France, seuls quatre diocèses n’ont pas de messe traditionnelle en France. Un diocèse comme celui de Versailles, par exemple, a de nombreuses messes traditionnelles ; dans d’autres diocèses, c’est quasiment le désert. Donc, bien évidemment, tous les évêques ne vont pas répondre de la même façon, et tous n’y attachent pas le même intérêt, on le voit dans les réactions. Mgr Rey, qui a beaucoup favorisé certaines communautés comme celle des Missionnaires de la Miséricorde divine, qui célèbrent la plupart du temps la messe traditionnelle, ne va pas réagir de la même manière que d’autres. D’ailleurs, chaque évêque a aussi sa sensibilité. (...)

— Ce motu proprio facilite-t-il la tâche des évêques, ou la complique-t-il ?

— Le pape précise bien que Rome a interrogé les évêques pour décider du motu proprio. Il explique que c’est après avoir reçu leurs réponses qu’il a pris sa décision. Les évêques français avaient regroupé leurs réponses, dont on connaît le contenu par une note qui a « fuité », ce n’est pas officiel ; Mgr Leborgne, chargé des relations avec les communautés traditionnelles, a qualifié cette note de « document de travail » lors d’une interview accordée à KTO. Mais cette note précise bien la volonté des évêques français. Peut-être n’envisageait-elle pas des mesures aussi draconiennes que celles prises par le motu proprio Traditionis custodes, mais l’esprit est semblable. L’ultime question de cette note demandait aux évêques de donner un conseil au sujet de la messe traditionnelle. Réponses : « Partager le même calendrier liturgique et le même lectionnaire, revenir sur l’usage exclusif de la forme extraordinaire du rite romain. Point d’attention : être vigilant à ne pas étendre cet usage. » Un évêque suggérait aussi : « Former quelques séminaristes à la célébration de cette messe traditionnelle pour se défaire de la dépendance d’instituts particuliers. » On voit dans ce rapport – où concrètement la Fraternité Saint-Pierre était particulièrement visée – la volonté de revenir sur cet usage exclusif.

— Qu’en concluez-vous ?

— On sent la volonté d’imposer la nouvelle messe et le concile Vatican II sans aucune contestation. Ce moment est important car il oblige, comme dans les moments difficiles, à prendre des positions claires. Or les instituts qu’on appelait Ecclesia Dei ont réaffirmé leur adhésion commune à Vatican II, dans une lettre au pape de septembre 2021. Je cite : « Nous réaffirmons notre adhésion aux magistères (y compris à celui de Vatican II et à ce qui suit). » Quant à la nouvelle messe, même si le supérieur de la Fraternité Saint-Pierre va jusqu’à dire (dans un entretien donné à La Nef dans le numéro de juillet-août 2018), en tout dernier argument venant après des considérations juridiques, que leur refus de célébrer la nouvelle messe est un rappel de ses insuffisances, ils en reconnaissent la légitimité. Ils demandent seulement pour eux, comme un charisme, à ne pas être tenus de la célébrer. Une telle position donne à ce refus absolu des fondements fragiles. C’est ce que leur disent certains évêques, comme Mgr de Kérimel dans sa lettre aux fidèles de la Fraternité Saint-Pierre de son diocèse (qu’il vient de quitter pour Toulouse), à qui il veut imposer le nouveau rite un dimanche par mois : vous ne pouvez pas vous dire privés des moyens de salut, vous-mêmes vous reconnaissez la bonté et la légitimité du nouveau rite, donc vous n’avez pas vraiment d’argument pour vous dire abandonnés. (...)

— (...) Pourquoi ces mesures ?

— Elles ont leur cohérence théologique, car la messe traditionnelle et la messe conciliaire sont l’expression de deux conceptions antagonistes de l’Eglise et de la foi. Comme le développait M. l’abbé Gleize dans un article sur La Porte Latine, « la loi de la croyance est au fondement de la loi de la prière. Si la nouvelle croyance est celle du concile Vatican II, la nouvelle liturgie qui doit lui correspondre ne peut être que celle de la messe de Paul VI, et non celle de l’ancienne messe qui est l’expression d’une doctrine opposée sur plus d’un point à celle de Vatican II ». Sur le plan pastoral, ces mesures manifestent un aveuglement idéologique persistant. On veut imposer ce qui a été un échec. Mais cela ne doit pas nous surprendre ; Mgr Lefebvre citait souvent cette parole de Louis Veuillot : « Il n’y a rien de plus sectaire qu’un libéral… »

D’autre part, l’adversité peut être l’occasion de remises en cause parfois bénéfiques. Les auteurs du Bref Examen critique de la nouvelle messe le rappelaient déjà : « La promulgation du nouvel Ordo Missae met chaque catholique dans la tragique nécessité de choisir. » Nous sommes à l’époque des choix clairs, pour la tradition, pour la messe traditionnelle, sans plus pouvoir rester dans un entre-deux qui n’est plus acceptable.

Entretien à retrouver en intégralité sur le site www.present.fr.

     

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