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"Rencontre avec l'Archevêque de Reims"
par Cristo 2021-05-05 17:23:52
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un homme qui lit Bernanos ne peut avoir qu'un bon fond !




PEOPLE

Rencontre avec l'Archevêque de Reims

Avec Éric de Moulins-Beaufort, nous parlerons de tout et de rien, des plaisirs de la vie, au gré notamment d'une balade en ville.

17/04/2021

Par Paulette et Photos : Ballade Studio

Aujourd'hui, 17 février, j'ai rendez-vous avec l'archevêque, 111e du genre. Totalement stressée, j'ai l'impression d'aller frapper à l'Élysée. Après tout, n'est-il pas le président des catholiques d'Épernay à Givet ? Me voici rue du Cardinal de Lorraine (un prédécesseur du XVIe), entre Carnégie et le Palais du Tau. Car non, l'archevêque ne vit pas tapi entre la Sainte-ampoule et le manteau de Charles X. Il a son propre univers et c'est devant une immense porte en bois que nous sonnons. Une secrétaire nous ouvre et nous introduit.

Puis, Éric de Moulins d'Amieu de Beaufort arrive. Il est beau et fort, grand, élégant, le cheveu grisonnant, et a en toute charité, accepté de se prêter au jeu. À son annulaire droit, un anneau épiscopal, équipé d'une croix, empêche cependant toute méprise : on n'est pas là pour se conter fleurette. D'ailleurs, que faisait-il à notre arrivé ?
« Je suis levé depuis 5 h 30 », dit monseigneur (on a aussi le droit de dire monsieur, « je me reconnaîtrai », plaisante l'écclésiastique, et me voilà rassurée.) Temps de prière, célébration de la messe en la cathédrale à 8 heures, interview sur la radio catho RCF... « À l'instant, je rédigeais une lettre de félicitations pour l'évêque grec, missionné près du Patriarche en Turquie. » À 16 heures, il sera dans une église ardennaise pour une nouvelle messe des Cendres.

Car, heureux hasard, c'est aujourd'hui le début du Carême. Et tandis que je me demandais encore à quelle sauce j'allais être mangée, celle dont l'odeur divine emplissait la modeste cuisine mentait. « La cuisinière a dû prendre un peu d'avance », justifie notre hôte, sourire en coin. Car ce midi, le patron de l'archidiocèse ne déjeunera pas. « Le Carême est un temps spécial pour se consacrer à l'essentiel. Je n'accepte plus les dîners, on reste à l'écoute des fidèles, on communie en attendant Pâques. » 40 jours de peine insupportable, autrement dit, pour tout épicurien respectable.
« Vous avez dit dîners ? » m'enquiers-je. Oui, avec des prêtres, des diacres ou des laïcs engagés, « pour échanger. Cela permet d'avoir une pensée pas trop immobile. » Et du champagne, aussi : une flûte par jour pour l'archevêque, qui en apprécie depuis qu'il vit à Reims, « la subtilité. Je commence à repérer des différences, mais je ne suis pas un amateur éclairé ! » Ce qu'il affectionne, c'est le petit salé aux lentilles de sa cuisinière. « Au premier confinement, elle et la femme de ménage étaient en télétravail (rires). Alors j'ai fait les courses et cuisiné moi-même. » Avis aux intéressés : le poste sera bientôt vacant (et les repas du clergé, retenus sur leurs traitements).

Retour dans le coquet salon, où des portraits d'anciens côtoient du mobilier de style. « Je n'ai pas la télé. Je consulte Internet et j'écoute la radio en roulant dans le diocèse », dit l'archevêque, ultra-érudit, citant la Bible aussi sûrement que Lucchini cite Molière. « C'est mon métier ! Et ici, mon lieu de vie. Il y a des bureaux, de la visio, des salons et des chambres à l'étage. Le vicaire général (mon bras droit) et le chancelier du diocèse habitent là également. La demeure est grande et accueille les évêques en voyage. »

Aujourd'hui, les rôles sont inversés et l’archevêque se confesse. Cette activité fait d'ailleurs partie de ses préférées : « C'est un beau ministère, oui. Il faut de la lucidité et de l'humilité pour entendre quelqu'un raconter ce qu'il a fait. » Monseigneur pèche-t-il parfois par excès ? Par humour, certainement. Car « à part des excès de vitesse, je ne vois pas ! Il me reste sept points sur mon permis. J'aime conduire mais pas trop me garer. »

Revenons-en aux dîners (car on adore manger). « De quoi parlez-vous entre collègues ? » Comme tout le monde : de la crise sanitaire. « De la réorganisation du diocèse, aussi, et de la façon d'accompagner les paroissiens, les mariés... La société mute et les pratiques pastorales s'adaptent. » Nul besoin de l'interroger sur le tabou number one, il en parle tout seul : « Quant aux abus commis par certains prêtres, nous avançons. Une assemblée se tiendra fin mars à ce sujet. »

Le mariage, justement... Quand le prélat a-t-il su qu'il y échapperait ? « J'avais 11 ans, époque où les cours d'histoire étaient calqués sur le caté. Ma famille était catholique, nous allions à la messe mais sans plus... Et puis un jour, un prêtre a parlé. Je me suis senti concerné. » Installée sur mon canapé, j'ai bien essayé de connaître la teneur du message mais en vain. C'est le seul secret que l'archevêque a gardé. J'insiste : « Une femme n'est-elle jamais tombée amoureuse de vous ? » La question l’amuse et la réponse nous distrait : « En pension, à Saint-Cyr-l'École, j'allais danser le samedi, oui... J'ai beaucoup aimé danser. Mais aujourd'hui, c'est fini, on ne mélange pas les genres. » L'archevêque dit ne pas être « tombé amoureux pour avoir à s'interroger. Pendant mon service militaire, mes choix étaient différents de ceux de mes camarades et j'aimais cultiver ça. » Coquin, il se souvient toutefois de quelques « cuites » aux accents formateurs.
Enfin, après un café partagé dans la salle à manger, accompagné de biscuits Fossier et de considérations sur la société (transition écologique, traces humaines laissées à la postérité, bienveillance de l'Église versus violence étatique...), il est temps de sortir dans un Reims à moitié confiné. Sinon le manteau de cérémonie violet accroché dans l'entrée, c'est un autre de ville, sobre, que revêt l'archevêque en livrant un dernier souvenir. « En marchant vers le lycée, jadis, je m'interrogeais sans cesse : qu'est-ce qu'un homme digne de ce nom ? » Et nous invite à nous poser la question.

Un archevêque dans la ville

Longeant la cathédrale, le cours Langlet, remontant les places du Forum, Royale et traversant le square Deneux pour rejoindre l'archevêché.
- Vous prenez le tram ?
Oui, pas plus tard que samedi, pour aller à l'église Saint-Thomas rencontrer des prêtres. J'étais accompagné, difficile d'être à deux sur un vélo ! (Son transport favori, en souvenir de Paris).

- Quelle pâtisserie vous attire dans cette vitrine ?
La tarte au citron. Mais mon vrai coup de cœur, c'est le baba-au-rhum. Quand il est réussi, généreux, plein de saveurs.

- Est-ce qu'on vous reconnaît dans la rue ?
Oui, ça arrive... Mais je ne suis pas non plus une rock star.

- Vous écoutez de la musique ?
Pas assez ! Mon dernier concert était l'ouverture des Flâneries, à Saint-Remi.

- Vous allez chez le coiffeur ?
Oui, j'ai rendez-vous demain, place du Forum, comme d'habitude. Il aurait mieux fallu que ce soit aujourd'hui, pour les photos, mais tant pis !

- Avez-vous déjà fumé une cigarette ?
Jamais ! Mais j'ai déjà fumé trois cigares. Le premier, c'était pour fêter le départ d'un ami chez les moines cisterciens. Le second, c'était pour l'an 2000, avec mon père. La tempête était passée par là, il n'y avait plus d'électricité.

- Qu'achetez-vous avec de l'argent ?
Des livres. Je viens de relire cinq Bernanos à la suite, c'est intéressant. J'achète des vêtements, aussi, dans les boutiques du centre-ville, des costumes. Mes chemises en revanche sont faites à Rome, avec un col spécial appelé col romain. Mais cela n'a rien d'un uniforme militaire obligatoire.

Bio express

État civil : Éric de Moulins-Beaufort a 59 ans. Il est né en Allemagne d'un père officier, a vécu au Maroc, à Lille ou à Paris.
Ce qu'il voulait faire petit : diplomate. Pour l'uniforme, le bicorne à plumes et la paix. Finalement, sa vie n'est pas si éloignée.
Après son bac : bien qu'il connaisse depuis longtemps sa destinée (gardée secrète jusqu'à la terminale), un prêtre lui conseille d'entreprendre des études pour confirmer sa foi. Il est passionné d'histoire, s'inscrit à Sciences Po et n'attend qu'une chose : entrer au séminaire.
Il est ordonné prêtre à 29 ans. Nommé évêque en 2008 à Paris. Puis archevêque de Reims en octobre 2018.
Six mois plus tard, il est élu président de la Conférence des évêques de France, une instance « permettant juste de prendre des décisions en commun. »

https://www.lunion.fr/id247476/article/2021-04-17/rencontre-avec-larcheveque-de-reims


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