Pâques, jour comme un autre en France par JVJ 2021-04-05 19:38:02 |
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Hier dimanche de Pâques, dans mes campagnes langroises, bien des gens coupaient du bois, utilisaient leur tracteur (dans mon propre village...). J'ai fait cette remarque à un membre de l'EAP locale, qui m'a dit que chacun faisait ce qu'il voulait. Paganisme partout. Traire les vaches est une chose obligatoire, ramasser des cailloux en tracteur le dimanche, une autre.
Faire 30 km pour trouver une messe avec un prêtre sérieux, et encore, à condition d'entrer dans l'église 30 minutes avant le début. L'un des rares curés a avoir biné ce dimanche.
J'ai évité la cathédrale en raison de baptêmes et de confirmations. Les chants eussent été totalement quelconques, comme à Orléans.
Les cloches partout ont sonné pendant le triduum comme dans le Loiret et rien de spécial pour les cloches le jour de Pâques. Le Vendredi saint en centre-ville d'Orléans était d'une banalité affligeante, rien sur la façade de la cathédrale pour une piqûre de rappel. Zéro capacité de communiquer chez ces catholiques.
Remarque entendue au sujet d'un curé de 40 ans après la messe de Pâques dans une église où je ne suis pas allé : "oh il était tout beau, avec son costume-cravate". Ceci n'était pas même du second degré de la part de celle qui a dit cela. Miserere.
J'estime entre 0 et 1 le nombre de famille par village qui s'est rendue à la messe dans beaucoup d'endroits, partout, surtout dans les campagnes.
Lors de la messe d'hier, une famille très agitée au premier rang. J'ai mis une minute pour comprendre qu'ils étaient les parents des deux gamins qui faisaient leur première communion (en blouson). La catéchiste était sur son 31, pantalon moulant à son désavantage et fourrure sur le col de son manteau ouvert, mèches poule faisane. Le curé - un grand ami formé à Rome, col romain - est hors de cause, il est le dernier à dire des messes à tous les enterrements qu'il tient à faire (65 villages). C'est l'usure de 60 ans de vide qui est en cause. Les enfants n'ont pas arrêté de bouger, les parents ont communié avec l'hostie dans la main jusqu'à leur retour au banc (j'étais derrière eux, séparé du banc vide obligatoire). Ils ont regardé souvent leur téléphone, pris des photos, laissé taper leurs petits sur les bancs, j'ai vu aussi un chewing gum chez le père qui ne sait pas qu'on met sa chemise dans le pantalon. Le curé a béni à la fin les deux communiants : ceux-ci n'ont pas su faire leur signe de croix, ce qui a fait sourire jaune le curé qui est resté souriant et impassible tout le long de la messe. Quand il leur a donné l'hostie, les gamins ne savaient pas trop quoi faire. Au Sanctus, la moitié de la nef était encore assise, dont les deux dames de 55 ans à ma gauche. Le piano électrique donnait aussi un carillon à chaque note et celui qui jouait faisait le solo, dans le registre du castrat nasillard que j'aurais voulu expédier dehors. C'était à pleurer, stricto sensu. Nous étions une cinquantaine avec en majorité des gens de plus 70 ans, pour une quarantaine de villages (et ma famille n'est pas de cette paroisse). Un servant, africain, très sérieux, réfugié dans la paroisse, prénommé Benoît comme je le sais depuis l'été dernier. Je n'ai rien pu chanter et même mes enfants ont remarqué que le chant final faisait penser à Hissez-haut Santiano, la guitare en moins. C'était du sautillant et du Jésus qui quitte le rivage. Je ne sais plus quelle bêtise. La famille des communiants ont mitraillé toute la messe. Devant moi à droite, deux jeunes femmes tout en transparence et vestes de cuir, lunettes sur la tête, qui étaient au spectacle.
J'admire ces curés qui sont les petits bras de l'Eglise et qui doivent se farcir tout cela. Il leur faut un moral d'acier. Je ne suis pas certain que mon ami a été invité à dîner après le baptême.
Je me rends ce matin dans un cimetière qui m'est cher. Les sauvages du conseil municipal ont voulu améliorer le chemin entre les tombes et l'église. Ils ont fait décaisser sur un mètre le sol où se trouvaient de vieilles tombes, ils ont mis en l'air la tombe d'une religieuse morte dans les années 20, soeur de st Luc Huin, martyr en Corée. Il n'y a pas d'ossuaire dans ce village et les vieilles pierres d'Ancien Régime viennent donc de disparaître, sans les mettre debout contre le mur. Chacun a pu se servir. Tout le monde s'en moque. Les conseils municipaux veulent faire de la place et mettre en place un système de concession, organiser un jardin du souvenir comme on dit, se mettre à la page.
J'ai beaucoup pensé aux travaux de Guillaume Cuchet lors de la messe et au retour, en traversant des villages pauvres, à tous les sens du terme. Les messes covidées donnent encore plus l'illusion du nombre en raison des bancs laissés vides. Bien des gens ne tentent pas de faire 20 ou 30 km pour se voir l'entrée refusée. Et je les comprends.
Les fiers à bras de la Tradition n'ont qu'à se proposer pour avoir ces villages des campagnes. Ils ne feront pas mieux.
Je n'ai aucune solution et l'état des villes ne vaut pas mieux. Le nombre fait lui aussi illusion, mais en pourcentage, on est bien au-dessous des fameux 10 % de bascule théorisés par Guillaume Cuchet.
Me sentir au chaud dans une église où tout le monde est bien propre et docile, ne me réjouit pas davantage. J'entends comme Barrès le cri des églises abandonnées.
Les familles vaguement désireuses d'avoir de bonnes écoles et des liturgies cadrées, hors de quelques grandes villes, ne peuvent rien. Même quand le curé tient la route, il n'arrive pas à changer, sinon à la marge. Hier, personne n'est entré ou sorti dans les bancs en s'agenouillant, comme dans ma paroisse NOM ici. Et ce fut le même bruit jusqu'à la sortie du prêtre de la sacristie.
J'aurais eu bien des raisons de ne pas aller à la messe de Pâques, si j'étais arrivé pour l'heure, par exemple. Et dans la paroisse de laquelle je relevais par ma famille, la gendarmerie était là pour vérifier aussi bien les criminels tentés par une église, que le quorum (une église, une messe pour 35 villages, curé de 40 ans).
Dieu a abandonné ce pays, car nous l'avons bien cherché de multiples façons. Un lecteur de Joseph de Maistre pourra comprendre, même si je ne le suis pas du tout pour expliquer la mort providentielle de Louis XVI. Malgré mon encore jeune âge, je connais à peu près les époques où certains presbytères étaient encore occupés et je me repassais des visages en tête, en zigzaguant dans une campagne souriante mais qui ignorait tout du jour de Pâques. Depuis les années 80, quand un curé meurt, il n'est plus remplacé dans quatre cas sur cinq.
Je connais aussi bien des personnes âgées qui n'ont pas de voiture et personne pour les amener à 30 km de là à une improbable messe. Elles ont France 2 et c'est tout, plus aucune pratique depuis longtemps, car elles ne veulent pas gêner et se savent être un fardeau pour monter dans la voiture, se traîner jusqu'à un banc étroit. Elles savent aussi qu'elles seront enterrées par des laïcs (que font les diacres ?!). Les moins de 70 ans globalement n'ont strictement plus rien à faire de toutes ces affaires. Je ne m'estime pas mieux qu'eux.
Pour le Tradi qui vivrait dans son bocal, qu'il songe à ce qu'il a fait ce jour férié ! Eh bien 99,9 % des Français en ont fait autant hier. Dans mon malheur de sociologie religieuse, j'ai la chance de ne croiser aucun membre de la religion de paix.
J'ai pu aussi longuement méditer sur les autels latéraux et les statues de saints totalement abandonnés, sur cette église ouverte pour Pâques qui ne doit avoir qu'une autre messe dans l'année (messe anticipée du samedi, heureusement, sans quoi, c'est zéro, en dehors des enterrements). Quand nous sommes sortis de l'église (seule jeune famille en dehors des parents des communiants), j'ai vu en face des gens en péquin devant une brouette puis des joggeurs pratiquant la nouvelle religion du dimanche.
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