J'ai lu Bénie soit sixtine par Vox clamantis 2021-04-04 15:17:59 |
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Comme je l'avais observé en le feuilletant, la qualité littéraire est assez faible. Ça se lit sans trop se fatiguer, on va dire. C'est drôle, au moins par moments.
Maintenant est-ce un "brûlot anti-tradi" ? Je ne sais pas. Une première remarque s'impose : je pense que ce n'est pas le catholicisme traditionnel ou traditionnaliste français dans son ensemble qui me semble visé, mais une communauté particulière, la CRC de l'abbé de Nantes. Les communautés "habituelles", notamment la FSSPX, est mentionnée sous son nom véritable, mais elle est clairement extérieure à la communauté visée, quoique jugée fréquentable par celle-ci, même si ce ne sont pas les "vrais". Mais autrement, il y a dans le roman une "milice" qui me paraît largement ressembler à la Phalange de la CRC, les principes sont globalement les mêmes (notamment le refus de la théologie du corps de Jean Paul II vu comme l'Antéchrist), il y a des rumeurs de perversion du fondateur qui me semblent un écho d'accusations de même ordre portées contre l'abbé de Nantes… bref, ça me semble assez bien coller, mais je peux me tromper.
Ou alors c'est une communauté Non una cum mais là j'y connais rien, je laisse les experts en parler.
Quoi qu'il en soit la description n'est pas flatteuse pour la communauté décrite, c'est le moins qu'on puisse dire ! Cependant ce qui m'a le plus frappée c'est le manque d'agentivité totale de la jeune héroïne, mais aussi dans une moindre mesure de toutes les jeunes femmes présentées, sauf l'une ou l'autre qui sont un peu à la limite de la communauté, mais qui sont aussi absolument ridicules (notamment celle qui fait apprendre comme vérité d'évangile à ses amies que le plaisir sexuel féminin n'existe pas, qu'il s'agit d'une invention des modernistes).
L'héroïne elle-même est dépourvue de capacité à agir par elle-même à un point qui est difficilement crédible, et c'est sans doute là ce qui pèche le plus dans ce roman : je ne crois pas qu'il y ait dans les milieux tradis la possibilité que des jeunes femmes soient à ce point dépourvues de volonté et de capacité d'action ; ou alors dans telle ou telle sous-communauté à tendance sectaire, et c'est la tendance sectaire qui est alors à accuser.
J'ai regretté l'absence complète d'analyse psychologique des personnages, sauf celle de Sixtine qui justement ne se développe qu'après son départ, et celle de sa mère qui se dénoue au fil du roman ; et encore, les deux sont bien simplistes. C'est dommage car cela réduit les personnages à de simples marionnettes : la belle-mère intrusive au caractère d'adjudant-chef, le mari membre d'une ligue d'extrême droite… Cela rend ces personnages caricaturaux, voire difficilement crédibles, alors que pourtant… des matrones tradies au caractère d'adjudant-chef, il y en a, et il est de l'ordre du possible que certaines fassent des belles-mères pénibles, parce que ça fait partie de la vie. Mais elles ne sont pas que cela, elles ont aussi de grandes qualités, des fragilités personnelles, et souvent un cœur très généreux. Là, on ne voit que l'adjudant-chef.
Du coup cela crée un "monde tradi" oppressant, mais qui a l'épaisseur du Fifre de Manet (c'est-à-dire celle d'un personnage de jeu de cartes).
Dans l'autre sens, le monde non-tradi de Sauveterre de Rouergue est aussi caricatural : le brave curé catho de gauche qui essaie de l'aider mais ne la comprend pas, et qu'elle méprise un peu ; la coiffeuse au-dessus de qui elle loge ; les occupants de la ferme autogérée plus ou moins ZAD qui évidemment sont des amis d'amis du jeune homme tué par son mari, qui évidemment se droguent, qui évidemment jouent des musiques pas possibles et évidemment ont des soucis de voisinage avec les gens du village, soucis que la merveilleuse Sixtine aplanit en un rien de temps...
Est-ce une satire du petit monde tradi ? J'avoue que je ne sais pas. J'ai l'impression que c'est une satire d'une sous-catégorie du monde tradi, d'une micro-communauté en pleine dérive sectaire, mais qui du coup ne reflète pas vraiment la réalité du traditionalisme français. Aucun danger pour la foi d'adultes qui liraient ça à mon sens (pas pour des adolescents ou des jeunes filles, il y a quelques passages sexuels, mais rien de très pornographique non plus - ça m'eût choquée avant mon mariage, on va dire).
La faiblesse psychologique de l'ouvrage fait qu'à mon sens, il y a moyen de faire une satire beaucoup plus efficace de ce petit milieu.
En revanche, ça va faire mal pour l'image du tradi français, ça oui. Le grand public n'a a priori aucun moyen de faire la différence entre FSSPX et ce qui est décrit dans le roman, et c'est bien ça le problème.
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