Biden, le plus faible dénominateur commun par Athanase 2021-01-21 16:00:25 |
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Je ne sais pas quoi penser de Biden. Mais avec le temps et l'expérience, le phénomène "Biden" ne peut que se penser en fonction de son électorat et, surtout, de ce qu'il représentait pour ses électeurs.
Biden est d'abord élu par le rejet viscéral de son prédécesseur, en raison non tant du caractère clivant de ce dernier (une ressource politique que Trump a utilisé: cela passe... ou cela casse, ce qui arriva effectivement), mais en raison du climat de fragmentation et de crispation extrême qui règne aux Etats-Unis. Parce que les Etats-Unis sont en situation de pré-insurrection depuis mai 2020 (le mouvement BLM, c'est le pendant de gauche des cornes de bison qui sont entrées dans le Capitole), certains ont tout fait pour que l'on trouve à Trump un successeur assez consensuel et rassurant.
Biden cochait plusieurs cases: il a l'expérience du pouvoir, il a un sourire, il dit des choses générales (et pas forcément originales), il a été le Vice-président d'Obama, etc. Dans le climat actuel, cela suffisait pour créer un anti-Trump, dont l'avantage est de ne pas effrayer. Biden, c'est juste une publicité qui peut mordre sur plusieurs publics: il y aura autant de Biden que d'électeurs. Certains seront déçus. C'est même inévitable. Comme Ségolène Royal en 2006-2007, Biden aura dit tout sur tout, servi par l'intérêt des caméras, même si, à la différence de l'élue du Poitou, il a fini par obtenir l'onction du suffrage universel.
Bref, on touche à un phénomène classique aux démocraties modernes: lorsqu'un élu (ou une équipe) est usé ou - ce qui va de pair - usant, on prend sa télécommande électorale en votant pour le candidat qui a le plus de chances d'être élu, mais dont l'avantage est de ne pas être comme son prédécesseur. Quitte à être déçu par la suite, un peu comme le vit avec Hollande par rapport à Sarkozy.
Un autre tait d'une démocratie fragilisée est que les opposants à Trump comme ceux de Biden ont eu une piètre confiance dans les élections: certains s'insurgent contre les entrées sauvages au Capitole, mais oublient que le mouvement BLM était aussi une contestation du pouvoir par la rue. Au fond, qui est cohérent dans l'affaire ? Personne. Normalement, une élection est un moyen de trancher un conflit (parce qu'empiriquement, il n'y en pas d'autres, sauf à souhaiter une guerre civile, ce dont je doute fortement...): or dans les crises de mai-juin 2020 et dans celle de janvier 2021, on a cure du fait que l'élu que l'on conteste a été désigné.
Bref, je crains la même désillusion pour les catholiques progressistes qui encensent Biden que pour ceux qui ne juraient que par Trump quand les conflits de priorité interviendront. La seule différence est que Trump a fait le choix de cliver, de choisir violemment une option, mais avec comme corollaire inévitable une défaite. Biden, lui, fera du "en même temps" ou donnera l'impression de ménager la chèvre et le chou et se trouvera dans es conflits "sectoriels" (ce que vivent les démocraties modernes marquées par la complexification du pouvoir et la concurrence des administrations).
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