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Sermon de M. l'abbé Garnier lors des obsèques de Pierre Deporte (Ewondo)
par XA 2020-10-31 16:17:29
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Chers liseurs,
Je diffuse ci-dessous le sermon prononcé à l'occasion des Obsèques d'Ewondo avec l'accord de l'abbé Garnier.
Merci à Jean-François qui a soutenu Ewondo jusqu'à son dernier souffle et qui m'a transmis ces lignes.
XA


Chers fidèles, proches et amis de Pierre,

Nous voici réunis dans cette belle église Saint Aignan, autour de notre cher Pierre, décédé le 22 octobre dernier, muni des sacrements de l'Eglise – veillé par son cher et fidèle ami Jean François – assisté par la prière de l'Eglise, celle pour les agonisants, et celle du chapelet.

Pourquoi nous sommes là ? Pour faire œuvre de miséricorde. Une œuvre double ;

- donner au corps de Pierre les derniers hommages et les derniers soins, avant de le confier à la terre, dans l'espérance de la résurrection glorieuse.
- onner à son âme le soulèvement de la prière, le levier du sacrifice de la Messe, pour qu'elle soit pleinement purifiée de ses fautes, et préparée à l'entrée dans l'éternité.

Ensevelir nos morts, prier pour nos morts, c'est un devoir sacré, devoir humain et chrétien. Les chercheurs ont dit que la première chose qui permet de faire la différence entre l'homme et l'animal, c'est le soin qu'il prend d'enterrer ses morts. Et Notre divin Maître Lui-même a dit en voyant le parfum de Ste Madeleine répandu sur lui, en devinant l'indifférence et l'avarice des méchants ; « Laisse donc, ce qu'elle a fait là, elle l'a fait en signe de mon ensevelissement ». Un peu plus tard, Il a voulu recevoir ces dernières attentions, avant de reposer dans le tombeau et de ressusciter glorieux.

Mon cher Pierre, vous avez donc quitté notre terre ce 22 octobre, à 8h. Cela faisait longtemps que la pensée du départ, de cet instant suprême vous habitait. Vous m'aviez écrit, au début de cette année scolaire : « Je sens de plus en plus mes forces m'abandonner... Sachez que je n'ai pas peur de la mort physique, mais de la douleur, si, car sur ce plan j'ai du donner beaucoup... L'essentiel est de partir muni des derniers sacrements»

Tout est dit.
Vous n'avez pas recherché la souffrance. Mais elle a été votre compagne de voyage durant un long chemin. Vous l'avez acceptée, pas sans lutte, pas sans plainte, pas sans grâce non plus. C'est la plus rude visite de Dieu, sans doute. Le cancer a marqué votre visage comme les outrages marquaient celui de Jésus en sa Passion. Car la maladie est un lieu de rendez-vous avec le Seigneur. Et pour qui l'accepte, avec sa grâce, c'est un conformité extérieure et intérieure à Jésus souffrant.

L'hôpital était devenu votre deuxième maison, votre « église », pourrait-on dire. Et à votre chevet, à ma place de prêtre, dans la prière, au cœur de la nuit, nous y avons demandé et trouvé la même paix et la même force que les frères du cloître puisent dans la veille spirituelle des Matines. Curieuses « Matines », où les blouses blanches remplaçaient les coules, où les sonneries des appareils de mesure remplaçaient les cloches. Mais Notre Dame veillait avec nous, tandis que nous égrenions les Je vous salue Marie. Vous aviez reçu son habit, sa protection, avec le scapulaire du Mont Carmel. Toute votre prière était de le toucher et de le regarder. Il est des instants où l'on est sans voix, mais pas sans cœur , sans prière ou sans amour. Elle le sait.
Elle donne sa souffrance d'innocence au pied de la Croix, Elle sait si bien la donner avec son divin Fils. Elle vous a aidé, je crois, à donner votre souffrance de pénitence et de suppléance. Ce beaucoup que vous évoquiez... Et devant lequel, comme les amis de Job, nous étions souvent saisis de silence.

Je voudrais, paradoxalement, citer une de vos plus grandes joies. « Une joie extrême », écriviez-vous. Celle d'avoir pu, après opération, communier de nouveau, après un long temps de privation spirituelle. Communier... Ah, vous saviez, vous, le goût spirituel que cela a. Car on estime souvent mieux ce qu'on a longtemps attendu, désiré, préparé. « Communier, c'est recevoir le Corps de Jésus. Corps crucifié, et glorifié. Êtes-vous d'accord avec ce programme ? » demandait gravement Dom Gerard à ses moines.

Je voudrais saluer aussi vos amis de Lourdes Cancer Espérance, présents aujourd'hui. Vous avez aimé cette belle œuvre de charité et de dévouement auprès des souffrants. Vous avez compris que la souffrance est le plus rude échec de notre vie d'homme, le coup le plus fort porté à l'orgueil de la vie. Mais, au-delà, elle est aussi un puissant moyen de faire du bien. D'abord en imitant le Christ, qui a porté jusque-là notre condition d'homme. Ensuite, en suscitant et acceptant le dévouement des plus forts et des bien portants. Enfin en entrant dans le grand mystère de la vie éternelle par la porte de l'humilité. « Tandis que l'homme extérieur s'amenuise et diminue, l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour », dit St Paul.

Vous avez aimé les prêtres. D'une manière simple, essentielle. Pour vous, la visite du prêtre était la visite du Christ. Sa présence, sa prières, ses sacrements étaient des visites et des attentions du Christ pour votre âme. Savoir cela, le dire, l'apprendre aux autres est bien. Le demander, l'accepter, en vivre est mieux. Voilà pourquoi il est bon que le prêtre accepte, sans cesse, de perdre du temps au chevet des malades, comme le disait Benoît XVI lors de l'année du Sacerdoce.

Cher Pierre, cher ami, reposez en paix.
L'Eglise offre maintenant pour vous le trésor de sa prière, que vous aimiez. Elle vous enveloppe de ce manteau pour l'instant si redoutable où « toute chair vient à Dieu » (Introït). Manteau de crainte, car Dieu est tellement saint, tellement grand. Plus encore manteau de confiance, car Dieu est tellement miséricordieux. Elle canalise et oriente en votre faveur la puissance de la Messe, sacrifice rédempteur d'une portée infinie.
Enfin elle vous confie à Notre Dame. « Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort... durant ma vie entière, vous m'avez tenu par la main, ô ma Mère. Se pourrait-il qu'à cette heure-là je sente vos doigts se dénouer et votre main me lâcher ? Certes non ! (…) Mère de mon long cheminement et Mère à mon instant suprême, oui, couvrez-moi dans la retombée de votre manteau durant ce court moment, après lequel je me dégagerai soudain, pour vous faire entendre mon rire d'enfant. L'enfant qui rit parce que, par les soins de sa Mère, il a tout réussi » (Père Jérôme).

     

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 Sermon de M. l'abbé Garnier lors des obsèques de Pierre Deporte (Ewondo) par XA  (2020-10-31 16:17:29)
      Merci par Théotime  (2020-10-31 20:21:12)
      Merci par Fenestri  (2020-11-03 10:37:52)


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