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Présent : Marthe Robin, sainteté ou fraude mystique ?
par Anne Charlotte Lundi 2020-10-31 09:21:21
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Recension de Guy Rouvrais dans le Présent de samedi 31 octobre 2020 :
IL y a désormais une «affaire Marthe Robin» après que le père carme Conrad De Meester eut dénoncé sa «fraude mystique» dans un ouvrage posthume – il est mort en décembre 2019.
Quasi aveugle, alitée, paralysée pendant cinquante ans, Marthe n’aurait jamais dormi, mangé, bu, ne pouvant absorber qu’une hostie. Chaque vendredi, elle revivait la Passion de Jésus dans sa chair. Elle est à l’origine avec son directeur spirituel, le père Finet, des Foyers de charité. Elle meurt le 6 février 1981. Le 7 novembre 2014, Rome a reconnu l’héroïcité de ses vertus, elle est donc vénérable.
Le père De Meester était un des deux experts sollicités pour examiner le cas de la servante de Dieu. Sa conclusion, claire et nette, est celle-ci : « La découverte des secrets de fabrication les plus douteux, dans les mots et dans les actes, quant à la construction volontaire d’une fiction qui aura caractérisé la destinée de la “stigmatisée de la Drôme” ne laisse aucun doute sur le jugement qu’il faut lui appliquer. C’est pourquoi, à mon sens, de la fraude mystique de Marthe Robin, il n’y a rien, à proprement parler, non seulement à vénérer, mais aussi à conserver. »
Rappelons qui est le père De Meester : c’est un spécialiste respecté et réputé des mystiques féminines, ses études sur sainte Thérèse de Lisieux et sainte Elisabeth de la Trinité font autorité. C’est avec un a priori d’admiration qu’il s’est penché sur Marthe Robin. Malgré son verdict, il reste bienveillant : « N’ayant approché que les écrits de Marthe et ne l’ayant jamais rencontrée, je crois pouvoir dire que Marthe n’a pas voulu nuire à la réalité du message de la foi. »
« Anthologie plagiaire » Sur quoi se fonde-t-il pour parler de fraude ? Sur ses écrits et des témoignages. L’auteur a découvert qu’une série de ses manuscrits ne sont attribuables à aucune des personnes de son entourage, des secrétaires introuvables. En comparant les graphies, il constate que ces cinq « secrétaires » font toutes les mêmes fautes, par exemple on trouve partout « etx. » au lieu d’« etc. ». Il en déduit qu’il s’agit du même auteur tentant de changer à chaque fois d’écriture ; ce n’est autre que Marthe Robin elle-même, supposée être paralysée. En outre, ses textes, pour la plupart, sont copiés de mystiques. Conrad De Meester parle d’eux comme d’une « anthologie plagiaire ». Cela signifie qu’elle n’était pas immobile depuis 1942, ses mains étant, disait-on, tout juste capables d’égrener un chapelet. Or, le père carme a établi qu’elle pouvait écrire, voir et recopier des textes et se déplacer. Au cours de son enquête, le religieux a interrogé un membre du Foyer de charité qui assistait Marthe, une femme ayant remarqué plusieurs fois, en revenant très tard dans la soirée, une « forme » glissant sur le sol qui fuyait de la cuisine dans la chambre de la malade. — C’était quelle forme ? interroge le père Conrad — La forme d’une personne… — Un homme ? — Non. Pas un homme… Je pensais que c’était Marthe… Je ne saurais pas vous dire… Je l’ai dit chaque fois… Des cheveux gris comme Marthe… La chemise comme Marthe…
A tout cela, que répond la congrégation pour la cause des saints et la nouvelle postulatrice ? Au Vatican, on explique que le deuxième théologien consulté est en désaccord avec son confrère sur l’authenticité de la vie de Marthe. On omet de préciser que ce théologien a donné son verdict après trois semaines d’études, tandis que le père De Meester a consacré une vingtaine d’années à son enquête. Toutefois, et c’est très important, Sophie Guex, la postulatrice de la cause de béatification, consent à reconnaître que des graphologues ont estimé que ces écritures inconnues pouvaient être de Marthe Robin. Y compris lorsqu’elle affirme dicter ses textes, ce qu’elle ne serait pas en mesure de faire physiquement. Quant aux plagiats, « les emprunts à d’autres mystiques, soulignés par le père De Meester pour accréditer la thèse d’une fraude, ont été évalués par les autres experts non comme des plagiats mais comme une manière de comprendre et relater ce qu’elle vivait », répond Sophie Guex.
Pour l’instant il n’est pas question d’arrêter le processus qui doit conduire à sa béatification.
Reste une question : est-il possible, pendant cinquante ans, de feindre paralysie, cécité, extases mystiques en restant la plupart du temps alité ? Le père De Meester a tenté d’y répondre en ces termes : « Profondément chrétienne […] Marthe devait être consciente (dans quelle mesure ?) de son agir et de sa contradiction avec la sainteté chrétienne. Mais, comme il arrive si souvent, ce qui commence dans de petites choses et par des gestes isolés peut, à la longue, devenir une seconde nature. L’habitude s’impose, l’éloignement s’estompe et les convictions premières sont remplacées par d’autres. La notoriété de Marthe, de ses “expériences mystiques” et le culte qui a entouré sa personne (même si celle-ci s’en défendait) ont rendu difficile, sinon impossible, un retour à la vérité. »

La fraude mystique de Marthe Robin, de Conrad de Meester, édition du Cerf, 416 pages.
Disponible sur Livres en Famille
Et comme pour tous les livres proposés ici par Livres en Famille, une rétrocession est reversée au FC.


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