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Mort du dernier curé de Colombey-les-Deux-Eglises
par JVJ 2020-09-19 11:30:36
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Monsieur l'abbé André Lambert vient de mourir dans sa 99e année.

Sa dernière cure fut celle de Colombey, depuis 1979.

Qu'on le veuille ou non, il est des villages français connus dans le monde entier, qui tiennent sur les doigts de la main.

Quand il est parti de Colombey, personne ne le remplaça et il fut aussi un moment sous Mgr Guéneley où la messe des compagnons de la Libération du 9 novembre ne fut plus assurée par un prêtre du diocèse. Depuis, un prêtre du diocèse a pu venir dire cette messe, à mon avis, plutôt comme une corvée... La chorale longtemps dirigée par feu le chanoine Bernard Chabod (proche de la Tradition, sans discrimination de son côté, mais lui, très discriminé dans le diocèse, démis sauvagement par Mgr Atton en 1970 de sa cure de Joinville car il refusait le nouveau catéchisme...) assurait les chants, comme lors du Grand Pardon de Chaumont. C'était la seule fois dans le diocèse où l'on pouvait entendre des oeuvres de Haendel, de l'abbé Couturier ou de Widor.

L'abbé Lambert vécut sa retraite dans son village natal de Lécourt, dans le Bassigny, en aidant très régulièrement la paroisse couvrant plus de 70 villages. Il était en maison de retraite - laïque - depuis quelques années, puisque Mgr Guéneley a fermé en quinze jours la maison de retraite du diocèse, en suivant docilement la commission de sécurité un début de novembre. Ainsi, quand on est prêtre fatigué, on est contraint de quitter le diocèse ou de se fondre dans le moule impersonnel et archi-sécularisé d'une maison de retraite. La souffrance spirituelle de ces prêtres abandonnés est très grande. Le curé du lieu venait le visiter souvent, ce qui est bien souvent le dernier réconfort d'un prêtre seul entre ce genre de murs... avec la concélébration si le curé peut venir y dire la messe. L'évêque actuel aussi, avec l'amour paternel qu'il a pour ses vieux prêtres. Pendant le confinement, ces prêtres n'ont vu aucun confrère et certains étaient trop faibles pour parler au téléphone.

Nous connaissons tous le mot rapporté par Peyrefitte du Général disant qu'il ne souhaitait pas, en gardant l'Algérie, que son village devienne Colombey-les-Deux-Mosquées.
Colombey (700 habitants), par manque de prêtres dans ce diocèse, est déserté comme des pans entiers de ce diocèse. L'été, les personnes de mauvais goût peuvent y admirer des expositions de peintres du dimanche, histoire de meubler des murs pourtant consacrés. Avec la masse de touristes et de gaullistes qui viennent tous les jours en ce village, l'Eglise pourrait réfléchir à faire vivre cette église. Tout le monde passe par l'église et le cimetière voisin.

L'évêque actuel et quelques prêtres sont remarquables et soucieux de faire vivre la moindre église des endroits les plus reculés, à rebours de ceux qui privilégient toujours les gros centres de rassemblement qui font illusion et méprisent les églises de villages de moins de 100 habitants. Un jeune prêtre vient d'être ordonné le dernier dimanche d'août (contrairement aux chiffres que j'ai pu lire sur le FC...). La dernière litanie des saints appela le secours de st Pie V, st Pie X et st Jean-Paul II le Grand. Hein ?! Vous pouvez voir la chose sur le site du diocèse ou youtube. C'était deux jours après les obsèques d'un curé qui s'est suicidé à 51 ans.
Quand ici certains pointent ce cher diocèse comme l'un des derniers à "refuser" la messe de St-Pie V, c'est parfaitement injuste. Un diocèse qui ne peut aligner à peine trente prêtres en activité (dont un tiers d'étrangers) n'a pas du tout le "luxe" d'avoir des prêtres formés pour ce faire ou soucieux de venir dépanner ce diocèse. Mgr Guéneley ricanait contre ceux qui demandaient la chose, c'est entendu. Les temps ont un peu changé, mais l'urgence pastorale n'est pas du côté de la messe de St-Pie V, et il faudrait mesurer les très mauvaises habitudes lancées depuis les années 70... Un ami curé a 62 villages et fait tous les enterrements, ne prenant jamais de vacances. Des jeunes gens ont préféré à bon droit fuir le diocèse en se réfugiant à Paris, à Rome, chez les St-Martin, plutôt que de subir une ecclésiologie douteuse. Dans les années 80-90, porter le col romain comme je crois seuls trois prêtres le faisaient, c'était perçu par la clique de la curie comme une marque abjecte et "lefebvriste". La lecture de la Croix de la Haute-Marne (hebdo heureusement défunt) pourrait fournir à un historien des kilomètres d'articles creux ou d'endoctrinement de gauche et de néo-catholicisme libéral. On se souvient des deux échecs (voulus par Mgr Taverdet et Mgr Guéneley) de fonder dans l'abbaye d'Auberive : Fontgombault en 1993, puis les actuels chanoines de Lagrasse. Tout était prêt, le propriétaire des lieux donnait l'immense terrain pour le franc/l'euro symbolique... Les conseils de l'évêque et ce dernier en ont décidé autrement, aidés par le conseiller général local, radical de gauche et certainement maçon, qui y est allé d'un article dans la presse sur le danger intégriste. Dans l'histoire officielle du diocèse, ces deux scandales ne font pas l'objet d'une ligne, évidemment. Et les fidèles n'étaient pas du tout au courant. Plutôt un millionnaire amateur d'art contemporain sans queue ni tête (comme aujourd'hui), que des chanoines réguliers ou des bénédictins qui chantent en latin ! Mgr Guéneley s'était réjoui de la venue de l'actuel propriétaire, car cela allait rendre à l'abbaye sa dimension culturelle. On ne doute de rien.

L'abbé Lambert a aidé jusqu'au bout de ses forces, au-delà de ses 90 ans avec sa voiture (quand d'autres prêtres de plus de 75 ou 80 ans furent saqués par les deux précédents évêques). Ce saint prêtre accompagnait les familles jusqu'au cimetière, avec discrétion et douceur, quand dans le même diocèse tel curé de 40 ans refuse par principe de s'occuper du moindre enterrement (1,5 enterrement par semaine, ai-je calculé).
Ce prêtre était en civil avec une petite croix, ne disait pas la messe de St-Pie V. Il ne fut ni un amuseur ni un déviant du point de vue doctrinal. Il fut des derniers curés de campagne, qui ont traversé la dernière guerre comme séminariste dans des conditions pas du tout évidentes (ils auraient pu jeter leur soutane cent fois ! c'est à lui et à deux autres séminaristes que le cardinal Gerlier a dit : "en toutes choses, il faut savoir s'en fouttre un peu !". De Lyon, avec toutes les autorisations, ces trois séminaristes sont allés en vélo (!!!!) présenter les armes à la grotte de Lourdes en 1940). Quand ils étaient au séminaire, ils se lavaient à l'eau froide, dormaient dans des combles jamais chauffés et leurs parents souvent pauvres se saignaient pour financer leurs études. La nourriture était indigente et même parfois immonde. Ils suivaient des cours en latin parfois lus sans aucune grâce, sans avoir accès à une bible en Français et sans avoir le droit à une bibliothèque personnelle. Le séminariste devait être dressé et était vu comme un sauvageon à tailler de tous les côtés. Ils respectaient cela dit leurs professeurs, souvent chenus, qui les tenaient à bonne distance. Le jour de leur ordination, cela faisait l'objet d'une ligne dans le bulletin diocésain, puis d'une autre pour leur affectation. Pas de photos, pas d'éloges. Ils ont tenu bon, et pour ce qui le concerne, sans jamais dire un mot de travers contre les fidèles et les clercs attachés à l'ancienne liturgie. L'abbé Lambert n'était pas un polémiste et était obéissant à ses évêques, mais il n'en pensait pas moins dans son for intérieur.

Ce genre de tour rapide veut aussi ouvrir les yeux à ceux qui ne vivraient qu'en vase clos manichéen. Les purs et les impurs. Les prêtres et la liturgie 100% sainte, et les déviances post-conciliaires 100% atroces.
D'autres lecteurs comprendront, pour l'avoir vécu, ce que j'ai écrit sans me relire et auront une prière pour l'abbé Lambert.
A chaque fois qu'un ami prêtre meurt, c'est plus qu'une bibliothèque qui brûle. Ce sont des dizaines de souvenirs, de moments anodins, une voix qu'on n'entendra plus (la sienne était fluette et perchée, timide). Et la tristesse aussi de ne pouvoir se rendre à ses obsèques et d'aller jusqu'au cimetière comme il a pu le faire pour nos familles. Je sais que l'évêque et ses amis, prêtres et laïcs, l'accompagneront très dignement et avec amitié.

     

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