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l'apparition de la croix sur l'autel vers 1200
par JVJ 2020-07-27 12:58:56
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Dans la série, la liturgie a une Histoire et il serait bon que les militants de la messe traditionnelle en soient avertis, pour ne pas passer pour des fixistes...
Cela ferait une grande différence avec ceux qui "défendent" la messe de Paul VI, s'il s'en trouve en dehors du train-train, et son infinité de variantes plus ou moins odieuses.
C'est une question d'apologétique aussi, mais je sais que tout le monde ici n'est pas convaincu.
Sans parler du degré de crédibilité ad extra.

Si un évêque et une commission diocésaine d'art sacré savent que face à eux, un clerc ou un fidèle leur dit qu'ils ont tort, cela a plus de poids quand derrière soi, la personne a des lectures, et mieux, des travaux. Ad extra, le Tradi ou le prêtre en soutane qui a étudié des années sur un sujet, est respecté.
Comme mes ancêtres majoritairement illettrés du XVe siècle, on peut toujours tirer tout le profit d'une messe traditionnelle sans connaître son Histoire. Mais si jamais l'envie vous prend de savoir à quand remontent tel texte, tel habit et tel objet, mieux vaut puiser chez les chercheurs que dans un ouvrage périmé ou orienté. Et une poignée de gens travaille en langue française !
Comme je suis pessimiste en voyant ce qui se passe en France, je suis surtout convaincu que la liturgie n'intéresse pas du tout les catholiques et que son histoire est le cadet de leurs soucis, même chez ceux qui en ont la responsabilité dans chaque diocèse (l'évêque !). Il y a des exceptions, c'est comme les poissons-volants...

Je signale donc cette étude dont j'ai parlé deux fois ici, pour Gaspard au moins, étude parue récemment par Alain Rauwel, qui n'en est pas à son premier essai sur l'histoire des autels et de la liturgie.
AR a par exemple codirigé la thèse de l'Ecole des Chartes de Julie Glodt, dont j'avais parlé ici, laquelle a donné dans le dernier numéro de la RHEF un travail sans précédent sur l'apparition, par endroits, de la pale au XIVe siècle.
Vous trouverez sa bibliographie en ligne.

C'est par une étude des sources qu'il faut passer, et la lecture de nos prédécesseurs. Non par une répétition servile du premier bouquin qui passe par les mains. Nos successeurs nous corrigeront plus ou moins, c'est la loi.

Lisez dès le début les dernières lignes de l'article, disant mieux que moi ce que je ne cesse de dire : il y a une Chrétienté (disons, latine, pour restreindre déjà la chose), mais des chronologies plurielles. Par l'étude de la liturgie cistercienne ou cartusienne qui relève d'ordres centralisés, cela relativise furieusement toute tentative (ridicule) de faire croire qu'il n'exista qu'une seule messe avec un formulaire. St Pie V prépara les uniformisations romaines du XIXe siècle. Et puis il y aura des choses que l'on ne saura jamais, faute de sources ! Comment était dite la messe dans l'église-majeure de Paris au VIe siècle, par exemple... Nous n'inventerons pas les sources.

Je vous conseille la lecture d'un recueil d'articles du même auteur qui a eu le privilège rare, alors qu'il est loin d'être en retraite, d'être publié chez Picard. Puis j'ajoute les comptes rendus d'ouvrages rédigés par AR que vous trouverez en ligne. C'est revigorant et envoyé. Commencez par le compte rendu du dernier livre de Guillaume Cuchet. Ce médiéviste connaît aussi bon son affaire en liturgie d'Ancien Régime et contemporaine. On ne peut pas dire en revanche que les quelques liturgistes des époques postérieures à 1550 lisent beaucoup les médiévistes et leurs sources.

L'arrivée, par endroits, de la croix sur l'autel vers 1200 est contemporaine de l'Elévation inventée par quelques clercs parisiens avant que Latran IV ne vienne y mettre son nez pour les paroisses. Pour le monde régulier, c'est autre chose ! Ce n'était pas qu'une question d'esthétique, mais cela relevait aussi d'une recherche hyper-réaliste, au sens philosophique de la chose.
Par manière de provocation, je puis affirmer que l'Elévation est plus "moderne" que "traditionnelle", si on veut bien faire un ratio des siècles entre le Ier siècle et aujourd'hui, pour autant qu'on sache ce qui se passait avant la période carolingienne et pour autant qu'on ait le culot d'étendre un manuscrit romain ou alexandrin à l'ensemble de la chrétienté latine... Les Irlandais et les Hispaniques n'apprécieront pas du tout.

L'article devait répondre à des contraintes de mots, comme toujours pour les publications scientifiques. Il faut donc aller à l'os... Cela frustre l'auteur comme le lecteur intéressé.

Vous ne pourrez pas avoir accès aux illustrations, à moins d'avoir le volume ou le pdf... Le chercheur est heureux que les articles soient en ligne, mais c'est aussi la mort des livres et des bibliothèques privées comme publiques.

NB : une image de manuscrit n'a jamais été une photographie "réaliste", pas plus qu'un sceau. On montre ce que l'on peut et ce que l'on veut, en fonction de l'époque.

Cherchez donc, si cela vous intéresse, l'article : "La croix d’autel : image sainte ou objet de culte ?".

Pour avoir une idée très vague de la longue histoire de "la" messe, il faut avoir travaillé presque chaque jour (ou tous les deux jours et dimanche après-midi compris...) pendant au mininum vingt ans. Et encore, on sait alors que tout est plus compliqué et qu'on ne sait rien.

Je peux vous certifier, mais qui suis-je ? comme dirait l'autre, que cet article n'a pas de précédent, pas seulement dans l'historiographie francophone. L'auteur lit d'autres langues, n'ayez crainte.

Je crains que certains en soient à ne pas vouloir lire un laïc, qui plus est de l'Université et de l'EHESS... Je les plains et je ne peux pas discuter avec eux. Je pointe la même bêtise chez les Modernos qui refusent de parler à un prêtre traditionnaliste, d'où qu'il vienne, ou qui pour rien au monde ne mettrait les pieds dans une église VOM.
Quand je pense dans certains diocèses à ceux qui sont responsables délégués de la liturgie... Un DEA en théologie dans la poche et une méconnaissance crasse, osant parfois faire la leçon à de braves vieux curés... C'est encore mieux quand c'est une femme, et j'ai des diocèses en tête. Ladite dame ne peut se prévaloir d'aucun article scientifique et je voudrais bien connaître sa bibliothèque personnelle.

PS : dans le NOM, j'ai des envies meurtrières si je ne vois pas au minimum deux cierges en métal de chaque côté de l'autel et un crucifix au centre, le Christ tourné vers le prêtre. Quand je servais la messe à mon vieux curé dans les années 80-90, nous allumions les six grands cierges du maître-autel en plus des deux cierges de l'autel conciliaire. Il n'y avait pas une andouille locale, ou un prêtre, pour vous dire qu'il n'y a qu'un autel, qu'un seul Christ, etc. C'est ce qu'un certain clergé dit aux services de l'Etat encore de nos jours pour détruire ou déplacer les maîtres-autels ou les autels secondaires. Il se trouve des prêtres NOM qui mettent six cierges sur l'autel, acquis le plus souvent sur leurs deniers. Je connais une cathédrale où le curé en mettait six, et le septième avec l'évêque. Son successeur a vite remplacé cet usage par un cierge sur le côté, avec des fleurs plus ou moins sèches. Son séminaire dut lui dispenser deux ou trois heures d'histoire de la liturgie. Quand on le voit habillé, on comprend aussi le laissez-aller.


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 l'apparition de la croix sur l'autel vers 1200 par JVJ  (2020-07-27 12:58:56)
      Merci par Gaspard  (2020-07-28 20:04:17)
      un peu hors sujet, mais puisque vous suivez ce post par Adso  (2020-07-28 20:33:16)
          Que vaut "Le Moyen Age expliqué aux enfants" de Jacques Le Goff ? par Gaspard  (2020-07-30 08:57:32)
              Oui merci par Adso  (2020-07-30 10:27:21)
                  Dites-en un peu plus ! par Gaspard  (2020-07-30 15:46:47)


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