Le cycle du Graal par Paterculus 2020-04-28 00:34:20 |
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J'aime comme vous cette hypothèse concernant le roi Arthur. Le Père Bouyer citait volontiers l'aphorisme : "On ne sait pas s'il a existé, mais on sait où il est enterré."
Je vous propose ma prose :
Le cycle du Graal
L’Âge d’Or de la chevalerie voit naître à côté de la poésie courtoise un phénomène littéraire qui va marquer l’Occident durablement, c’est la littérature autour de la figure du Roi Arthur et du cycle du Graal. Ces œuvres sont souvent de peu d’intérêt spirituel, et les romans de chevalerie qu’au XVIème siècle un Saint Ignace de Loyola, au cours de la convalescence précédant sa conversion, va demander à lire pour tuer le temps, méritent très peu leur nom. C’est que le cycle de la Table Ronde a de nombreux inconvénients. « L’esprit d’aventures y éteint l’esprit des croisades… Il nous a enlevé notre antique objectif, qui était le tombeau du Christ… Aux austérités du surnaturel il a substitué le clinquant du merveilleux. »[71] Cependant le Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes ne manque pas d’éléments spirituels.[72]
Le Roi Arthur est un symbole christique. Les hypothèses sont variées sur le personnage qui est à l’origine de la légende. Dernièrement on a pensé que ce fut un officier romain, plutôt qu’un roi celtique ; en tout cas il est mort au combat en défendant contre les envahisseurs païens, Angles ou Saxons, des populations bretonnes récemment christianisées. Son épitaphe note Hic jacet Arthurus, rex quondam rexque futurus (ci-gît Arthur, roi autrefois et qui sera roi), comme si son retour annonçait le triomphe final de la vraie religion dans son ancien royaume, ce qui en fait une image du retour glorieux du Christ à la fin des temps. Les chevaliers vont reconnaître dans ce personnage littéraire un modèle pour eux qui défendent la chrétienté. Et le mythe de la Table Ronde, dont la forme manifeste que ceux qui y délibèrent sont tous égaux, reflète l’idéal de la chevalerie où, quand il s’agit du code d’honneur, le juge n’est pas forcément le plus haut dans la hiérarchie sociale.
Plus intéressant encore est le vase appelé Saint Graal que cherchent les chevaliers du roman. Il semble bien qu’on ait là la christianisation d’un mythe celtique, celui du chaudron d’abondance. Quoiqu’il en soit, il est présenté comme le vase où Joseph d’Arimathie aurait recueilli le sang coulant du côté du Christ en croix : on peut y voir un symbole eucharistique. Chercher ce vase est l’œuvre suprême d’une vie, en le voyant on meurt. La quête du chevalier qui le mène vers Jérusalem est transfigurée en une quête de Dieu lui-même, dont plusieurs personnages de l’Ancien Testament pensent qu’ils ne peuvent le voir sans mourir.[73] C’est pour le chevalier comme une forme d’Ascension : voir Dieu suffit à conclure une vie. En tout cas, cette forme de spiritualité est à mettre en rapport avec le fait qu’elle se développe à l’époque où l’on institue l’élévation de l’hostie à la messe,[74] et où l’on va commencer à faire des expositions du Saint Sacrement : la dévotion chevaleresque est en prise directe avec les aspirations du peuple chrétien. La quête du Graal explique donc au chevalier quels écueils il doit éviter et quels renoncements il doit opérer pour atteindre le but de sa vie.
[71] Léon Gautier, La Chevalerie, p. 32.
[72] Perceval ou le conte du Graal, in Chrestien de Troyes, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris 1994, pp. 683-911.
[73] Par exemple « Moïse se voila la face, car il craignait de fixer son regard sur Dieu » - la Bible de Jérusalem commente : « Dieu est à ce point transcendant qu’une créature ne peut le voir et vivre. » (Ex 3, 6) – Ou bien Gédéon s’exclame « Hélas ! mon Seigneur Yahvé ! C’est donc que j’ai vu l’Ange de Yahvé face à face ? (Jg 6,22) – et encore « Nous allons certainement mourir, dit Manoah à sa femme, car nous avons vu Dieu. » (Jg 13, 22)
[74] Pour Dom Cabrol, les cérémonies qui entourent la consécration, dont l’élévation, « ne sont pas antérieures au XIIème siècle » : in Liturgia, Encyclopédie populaire des connaissances liturgiques, publiée sous la direction de l’Abbé R. Aigrain, Librairie Bloud et Gay, Paris 1930, p. 545.
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