La Providence et la confiance en Dieu par Fr.Garrigou-Lagrange par ami de la Miséricorde 2020-04-27 21:53:53 |
|
Imprimer |
CINQUIÈME PARTIE
PROVIDENCE, JUSTICE ET MISÉRICORDE
CHAPITRE VI
LA FIN DU GOUVERNEMENT DIVIN
La vision béatifique et l'amour de Dieu qui en résulte
La théologie apporte ici un peu de lumière en comparant la béatitude naturelle à celle que seule la grâce consommée peut nous donner.
Si Dieu nous avait créés dans un état purement naturel, avec un corps mortel et une âme immortelle, mais sans la vie surnaturelle de la grâce, même alors notre fin dernière, notre béatitude, aurait consisté à connaître Dieu et à l'aimer par-dessus tout, car notre intelligence est faite pour connaître la vérité et par-dessus tout la Vérité suprême, et notre volonté est faite pour aimer et vouloir le bien et par-dessus tout le Souverain Bien.
Si nous avions été créés sans la vie surnaturelle de la grâce, les justes auraient eu pour récompense dernière de connaître Dieu et de l'aimer, mais ils ne l'auraient connu que du dehors pour ainsi dire, par le reflet de ses perfections dans les créatures, comme les plus grands philosophes de l'antiquité l'ont connu, sans doute d'une façon plus certaine et sans mélange d'erreurs, mais enfin d'une connaissance abstraite, par l'intermédiaire des choses, dans le miroir des choses créées.
Nous aurions connu Dieu comme cause première des esprits et des corps et nous aurions énuméré ses infinies perfections connues analogiquement par leur reflet dans l'ordre créé. Nos idées des attributs divins seraient restées comme des petits carrés de mosaïque incapables de reproduire parfaitement sans la durcir la physionomie spirituelle de Dieu.
De même nous aurions aimé Dieu comme l'auteur de notre nature, d'un amour fait d'admiration sans doute, de respect, de reconnaissance, mais sans cette douce et simple familiarité qui est au cœur des enfants de Dieu. Nous aurions été ses serviteurs, non ses enfants.
Déjà pourtant cette fin dernière naturelle est très haute. Elle ne saurait produire la satiété, pas plus que notre œil ne se lasse de voir l'azur du ciel. De plus c'est une fin spirituelle qui, à la différence des biens matériels, peut être possédée par tous et chacun, sans que la possession de l'un nuise à celle de l'autre et engendre la jalousie.
Mais cette connaissance abstraite et médiate de Dieu eût laissé subsister bien des obscurités, en particulier sur la conciliation intime des perfections divines. Nous nous serions toujours demandé comment se peut concilier la toute-puissante bonté et la permission divine du mal, comment peuvent s'accorder intimement l'infinie miséricorde et l'infinie justice.
L'intelligence humaine n'aurait pu s'empêcher de dire : si pourtant je pouvais le voir ce Dieu, source de toute vérité et de toute bonté, d'où s'échappe la vie de la création, la vie des intelligences et celle des volontés !
Ce que la raison la plus puissante ne peut découvrir, la Révélation nous l'a fait connaître. Elle nous a dit que notre fin dernière consiste à voir Dieu immédiatement face à face, et tel qu'il est, sicuti est, à le connaître non plus seulement du dehors, mais intimement comme il se connaît, et à l'aimer comme il s'aime. Elle nous dit que « nous sommes prédestinés à devenir conformes à l'image de son Fils unique, pour que celui-ci soit le premier-né entre plusieurs frères » (Rom., VIII,. 29). Dieu n'était pas tenu en nous créant de nous faire participer à sa vie intime, de nous appeler à le voir immédiatement, mais il le pouvait, et par pure bonté il l'a voulu, en faisant de nous ses fils adoptifs.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|