Mouais par Luc de Montalte 2020-03-29 20:19:02 |
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D'une part, on pourrait déjà vous rétorquer qu'il est bien facile de jeter aux gémonies le progrès moderne lorsque l'on en profite tous les jours. Pas un objet, de votre pince à linge à votre ordinateur, qui ne soit le fruit de ces recherches "inutiles". Abel lui-même chassait-il de ses mains nues ? J'en doute.
Maintenant, doit-on mener des recherches par simple utilitarisme ? Personnellement, j'en doute fort. Pour moi, on tombe encore dans une de ces confusions des ordres dont notre époque est friande.
Que, depuis le péché originel et pour paraphraser Pascal, la raison blessée doive se soumettre, cela est entendu. Qu'il ne soit pas besoin d'être savant pour être saint, cela est tout aussi clair. J'aime la belle phrase de Saint Bernard : Non pedum passibus, sed desideriis quaeritur Deus. Ce n'est pas par les pas des pieds mais par les désirs que l'on cherche Dieu (traduction rapide pardon).
Et pourtant, pour citer encore Pascal, l'ordre de la charité est infiniment supérieur à celui de l'esprit, mais celui de l'esprit l'est aussi de celui des corps. La recherche de la Vérité par les sciences naturelles, les mathématiques… participe aussi à élever l'homme il me semble.
Bon je ne suis peut-être pas très clair, autant citer Pascal directement :
La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité car elle est surnaturelle.
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Tout l’éclat des grandeurs n’a point de lustre pour les gens qui sont dans les recherches de l’esprit.
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La grandeur des gens d’esprit est invisible aux rois, aux riches, aux capitaines, à tous ces grands de chair.
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La grandeur de la sagesse, qui n’est nulle sinon de Dieu, est invisible aux charnels et aux gens d’esprit. Ce sont trois ordres différents de genre.
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Les grands génies ont leur empire, leur éclat, leur grandeur, leur victoire et leur lustre, et n’ont nul besoin des grandeurs charnelles où elles n’ont pas de rapport. Ils sont vus, non des yeux mais des esprits. C’est assez.
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Les saints ont leur empire, leur éclat, leur victoire, leur lustre et n’ont nul besoin des grandeurs charnelles ou spirituelles, où elles n’ont nul rapport, car elles n’y ajoutent ni ôtent. Ils sont vus de Dieu et des anges et non des corps ni des esprits curieux. Dieu leur suffit.
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Archimède sans éclat serait en même vénération. Il n’a pas donné des batailles pour les yeux, mais il a fourni à tous les esprits ses inventions. Ô qu’il a éclaté aux esprits !
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Jésus-Christ sans biens, et sans aucune production au-dehors de science, est dans son ordre de sainteté. Il n’a point donné d’inventions, il n’a point régné, mais il a été humble, patient, saint, saint, saint à Dieu, terrible aux démons, sans aucun péché. Ô qu’il est venu en grande pompe et en une prodigieuse magnificence aux yeux du cœur et qui voient la sagesse !
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Il eût été inutile à Archimède de faire le prince dans ses livres de géométrie, quoiqu’il le fût.
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Il eût été inutile à Notre Seigneur Jésus-Christ pour éclater dans son règne de sainteté de venir en roi, mais il y est bien venu avec l’éclat de son ordre.
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Il est bien ridicule de se scandaliser de la bassesse de Jésus-Christ, comme si cette bassesse était du même ordre duquel est la grandeur qu’il venait faire paraître.
Qu’on considère cette grandeur‑là dans sa vie, dans sa passion, dans son obscurité, dans sa mort, dans l’élection des siens, dans leur abandonnement, dans sa secrète résurrection et dans le reste. On la verra si grande qu’on n’aura pas sujet de se scandaliser d’une bassesse qui n’y est pas.
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Mais il y en a qui ne peuvent admirer que les grandeurs charnelles comme s’il n’y en avait pas de spirituelles. Et d’autres qui n’admirent que les spirituelles comme s’il n’y en avait pas d’infiniment plus hautes dans la sagesse.
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Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre et ses royaumes, ne valent pas le moindre des esprits. Car il connaît tout cela, et soi, et les corps rien.
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Tous les corps ensemble et tous les esprits ensemble et toutes leurs productions ne valent pas le moindre mouvement de charité. Cela est d’un ordre infiniment plus élevé.
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De tous les corps ensemble on ne saurait en faire réussir une petite pensée. Cela est impossible et d’un autre ordre. De tous les corps et esprits on n’en saurait tirer un mouvement de vraie charité. Cela est impossible et d’un autre ordre surnaturel.
(Sellier 339)
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