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Message du uré de la paroisse melkite catholique St-Julien-le-Pauvre pour l'Annonciation
par Francis Dallais 2020-03-26 12:37:53
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À moins d’un mètre de Marie :
L’Acathiste au temps du confinement

Dans l’histoire de l’humanité sauvée, Marie apparaît comme la consolation la plus proche. Elle est le réceptacle de l’Esprit Consolateur qui habite en nous, le don que Jésus fait à son corps mystique en marche. Face à chaque Croix, Marie est donnée. Elle apparaît, c’est-à-dire qu’elle accompagne le peuple de Dieu. En effet, chaque fois que les chrétiens ont touché la limite de l’épuisement et de l’affaiblissement, ils n’ont jamais hésité à serrer d’une manière ou d’une autre le manteau de Marie. Comment ne pas saisir alors, derrière l’actuelle crise provoquée par le Covid-19 et les consignes communiquées par les divers gouvernements pour le combattre, une forte exhortation à s’accrocher davantage à la Vierge ? Oui, la Nation est en vrai péril. C’est toute l’humanité qui est en guerre. Toutefois, Marie est ici parmi nous. Elle va soutenir ses enfants comme elle l’a toujours fait.
Dans notre tradition byzantine, lorsqu’on évoque la proximité de Marie, on pense immédiatement à l’hymne Acathiste. Cette prière affective ravive le temps qui passe, anticipe et prépare le printemps. Elle définit le rythme du Carême en accordant le cycle du Triode à celui des Menées (la fête de l’Annonciation) et laboure le champs pour Pâques. Ces différentes parties cachent des beautés qu’il nous reste encore à découvrir. En ce temps où nous vivons une nécessaire pénurie des rencontres et de toute forme de salut, qu’il soit social, amical ou affectueux, l’Acathiste nous exhorte à nous approcher plus que jamais à la Vierge. Au fond, cela correspond à une longue salutation, “de près”, “face à l’Épouse sans époux”. Comme si nous étions devant un lent et doux développement de “l’Ave Maria” chanté au ralenti pour goûter toutes ses merveilles. Et comme l’on ne salue d’ordinaire que les personnes présentes, Marie se rend présente au moment où l’on salue. Il s’agit d’une présence réelle, vraie et pleine, qui s’étend tout le long de l’acrostiche. Au sein de la communauté, la louange devient pour la Vierge ce qu’est l’Eucharistie pour son Fils : mystère d'une présence qui se donne. Une fois saluée, la Vierge ne tarde pas à répondre par sa présence. En réalité, c’est elle qui prend l’initiative. Ainsi, la communauté se présente face à sa très vénérable icône pour répondre à son salut, pour la célébrer. À cause de l’actuelle pandémie, le silence a pris le dessus dans notre église. Cependant, il ne faut pas cesser de répondre au salut de la Vierge dans nos maisons. Elle est là. Elle nous attend. Si Marie est la gloire de Dieu, toujours prête à quitter mille fois le temple pour suivre le peuple dans son épreuve, l’hymne Acathiste est ce salut “bon et juste” qui ne doit pas s’arrêter. Le chanter en famille n’est pas seulement signe d’une bonne santé spirituelle, mais aussi signe d’invincible espérance. L’Acathiste, c’est la musique de fond de la vie éternelle. Auprès du trône de la Toute-Sainte, entourée par les martyrs, les prophètes et les saints, nous entendrons chanter cet hymne comme nous ne l’avons jamais entendu auparavant. Il faut s’y habituer.
La piété populaire n’a jamais connu de débordement fautif ou d’exagération envers Marie, nécessitant la condamnation officielle de l’Église. En revanche, celle-ci a du intervenir à plusieurs reprises pour contrer ceux qui voulaient réduire la définition du rôle et de la place de Marie dans la vie de l’Église. La Sainte Vierge reste pour les croyants l’adresse sûre de la grâce divine. Elle est la capitale du Royaume. Toute la bonté du Père habite en elle. Si l’on veut envoyer au Père une supplication appuyée, il suffit d’y ajouter le nom de Marie. Or, dans l’Acathiste, ce nom reste couvert par plusieurs attributs. Ces titres sont le fruit d’une très vaste récolte biblique. Ils sont également l’écho de la longue et insurmontable spiritualité patristique. Avec beaucoup d’inspiration, ces attributs, en soi mélodiques, révèlent le nom de l’Épouse et le cachent en même temps. Fidèlement au récit évangélique de saint Luc, le nom de Vierge apparaît comme une perle précieuse gardée au fond d’un océan assez profond qu’il faut humblement et prudemment pénétrer pour le toucher et le déballer. À travers et au bout de ce temps d’attente “liturgique”, la communauté rencontre le mystère de Marie. À travers et au bout de ce temps d’attente “sanitaire”, nous allons rencontrer le mystère de l’autre tel qu’il est vu et aimé par Dieu. Nous allons rencontrer l’autre tel qu’il est, sans titres ni décorations, car nous allons nous rencontrer nous-mêmes sans titres ni décorations. Nous nous recevrons les uns les autres comme des frères et sœurs aimés par le même amour et voulus par le même acte de volonté. Ce temps de quarantaine va nous mettre devant notre commune nudité. Il va purifier le langage et les sentiments en nous rappelant que l’Acathiste est dû seulement à Marie.
Cette très belle prière nous transmet la joie et la paix de l’ange Gabriel, après avoir accompli la mission qui lui fut confiée. C’est la joie et la paix d’être porteur d’un “Oui” plus grand et plus glorieux. Un “Oui” qui a permis à l’éternité de changer l’histoire et vice-versa. Porteur de ce “Oui” qui continue à nous gagner, à chacun de prendre la place de l’Archange et de commencer à chanter. Les acclamations deviennent la langue des déjà-sauvés, l’unique dialecte des fils de Marie. C’est le cri qui nous permet de nous reconnaître et de nous comprendre, mais aussi de connaître et de comprendre le cri des autres. L’hymne a aussi une fonction réparatrice et donc pénitentielle. C’est le premier pas vers le sacrement de la réconciliation. Il nous rend présent à l’Annonciation : moment significatif de l’histoire du Salut. Notre totale implication à ce moment n’est pas une simple ingérence mais une magnifique constatation du don qui nous a été fait. En chantant, nous découvrons qu’à ce moment-là, Marie pensait à chacun de nous. Au moment le plus véridique de son histoire personnelle et de l’histoire de l’humanité toute entière, Marie pensait à moi. Elle a élargi son “Oui” sur mon cœur. “Oui, Seigneur, je veux que celui-ci soit atteint par la grâce que j’accueille et qui sauve”. C’est justement à cause de cette foi qu’on invite les parents à transmettre la passion de l’Acathiste à leurs enfants. On a tous besoin de savoir que nous ne sommes pas isolés, qu’au moment de l’Annonciation, Marie pensait à chacun de nous. Savoir que dès le moment de l’Annonciation Marie pensait à moi peut changer la vie. Savoir qu’aux événements du Salut j’étais moi aussi présent, que tout a été accompli pour moi, par amour envers moi, c’est la voie de ma vraie guérison.
Marie est la pleine de grâce. Chaque grâce trouve en elle sa demeure, y compris celle que, à genoux, aujourd’hui, nous demandons. D’ailleurs, rien ne saurait être sauvé hors l’intercession de Marie. Si le decret-même de notre salut porte aussi le sceau de Marie, à plus forte raison nous ne serons libérés de ce virus que grâce à son intercession. Son icône et son chapelet sont les instruments de notre salut. Faits de la même matière de la Croix, l’amour qui couvre et qui épargne, ils sont la planche du Salut dont le monde a besoin maintenant. Marie sait que nous n’avons pas assez de vin, pas assez de temps. Nos jours sont comme le chapelet entre ses mains. Pour cela nous crions ensemble : “Hâtez-vous, Mère de miséricorde”.
Chers frères et sœurs, nous appartenons à l’Église dans la mesure où nous nous attachons à Marie mère de toute l’Église. Au temps du Covid-19, elle va nous défendre comme une lionne. Celui qui a Marie comme mère va certainement arriver à la Croix, et après la Croix à la Résurrection. Sa présence auprès de nous, surtout aux moments difficiles, nous éduque. Tout ce que nous lui demandons dans la prière, elle le réalise à travers la prière : courage, patience, esprit de communion et guérison. Maintenant, en voyant partout la misère de ses enfants, Marie souffre sans aucun doute. Or la souffrance d'une mère ne peut pas être une souffrance pour la souffrance. Elle ne peut pas être une souffrance stérile. La douleur fait partie de son mystère même car c'est à travers la douleur qu'elle devient mère. La souffrance définit la maternité. Lorsqu'une mère souffre pour n'importe quelle raison, c'est sûr qu'elle va donner de la vie. C'est sûr qu'elle va enfanter une nouvelle réalité. Marie en tant que mère ne fait pas exception. Elle est la "Mère" par excellence. Sa souffrance actuelle pour l'épidémie qui angoisse ses enfants va davantage la révéler en tant que mère. Un monde nouveau est donc en train d’être enfanté à travers la douleur de Marie. Un nouveau peuple de Dieu est en train de naître.
Chers paroissiens,
Un jour, nous allons retourner à Saint-Julien-le-Pauvre pour chanter l’Acathiste et y célébrer nos divines liturgies. Là nous allons entourer de nouveau son icône comme des nouveau-nés qui par leur regard communiquent la joie de la vie. Ce moment critique, peut-être allons-nous l’oublier un jour, mais la mémoire de cet isolement, de cette fragilité, de cette solidarité et de cette renaissance spirituelle sera conservée pour toujours dans le cœur de Marie où tout se transforme, où tout ressuscite.

Abouna Nadim Hadad
Curé de Saint-Julien-le-Pauvre
Fête de l'Annonciation, 2020


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